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C’est la rentrée – mais pas de vacances pour les biffins de l’association AMELIOR ! Après un an et demi de marchés mensuels à Croix de Chavaux, ils seront près de 200 à déballer à nouveau, sur leurs draps à même le sol, les objets glanés dans les poubelles et dans les rues, ou issus de leurs biens personnels. Ce, afin de répondre à des besoins économiques, sociaux et solidaires essentiels – les leurs, et ceux d'un public composé d'acheteurs habitués et de passants occasionnels, qui voient là une occasion de participer à un événement solidaire et convivial, et un exemple de réussite dans la lutte contre l'exclusion. Quelle exclusion ? Celle dont les travailleurs de la récupération-revente sont victimes le reste de l'année, en d'autres lieux d'où l'on essaie de les chasser.

Avant le déballage et la vente, les biffins travaillent quotidiennement au tri sélectif, à la récupération des déchets en amont de la collecte des villes et arrondissements. Les biffins ne sont pas inclus dans la gestion locale des "déchets" ; ils sont les héritiers d’un travail bien plus ancien que les modèles communaux existants, et c'est en toute indépendance qu'ils préservent cette économie du recyclage et participent à la baisse des tonnages des collectes d'ordures ménagères et d'encombrants. Cependant, ils ne sont nullement rétribués pour leur travail, qui est pourtant un service public, et les taxes acquittées par les contribuables, qui se calculent en fonction du nombre de tonnes collectées, ne diminuent pas. Bien au contraire, ils sont victimes d’un déni de droit, d’un refus d’accompagnement social et d’une véritable répression de leur activité. Pendant ce temps, les tonnes d’ordures collectées au niveau de la municipalité sont enfouies ou incinérées, donc perdues et causes de graves nuisances environnementales.

Les biffins sont pour la plupart dotés d'expérience et de qualités de professionnels dont la société actuelle, en pleine crise économique et écologique, a grandement besoin. Collecteurs, trieurs, réparateurs de tout type d’objets et appareil, connaisseurs des techniques et des matériaux, vendeurs et chineurs eux- mêmes... Tout cela appris souvent « sur le tas », dans des conditions de travail plus que difficiles. Ce métier prononcé, qui existe depuis plus de 800 ans, lorsqu’il était pratiqué par les chiffonniers et ferrailleurs dont ils sont les descendants, est une porte d'accès vers l'objectif zéro déchet en même temps qu'une certitude de création d'emplois, et notamment d’emplois verts...

C’est pourquoi les biffins méritent l'octroi d'une place pour chacun d'entre eux. C'est là tout ce que réclame la communauté des biffins et leurs acheteurs, dont l'association AMELIOR a été créée dans le but de fédérer leurs revendications, et de rendre possible, en l’organisant, leur activité. Le droit à la biffe devrait, comme le droit au glanage le fut, être reconnu comme un droit fondamental, un droit nécessaire à la justice sociale et à la défense de l’éco-citoyenneté. Et pour que ce droit ait un effet concret, des marchés des biffins sur l'espace public doivent être organisés. La biffe pourrait alors (re)devenir ce qu’elle est : un vivier d’emplois, de formation, de connaissance et de lien social.

C’est ce retour qu’appelle de ses vœux l’association AMELIOR, et qu’elle cherche à élaborer concrètement sur son marché, en offrant des conditions de travail décentes, mais aussi conviviales, à la communauté des biffins. Dans cette optique, l’association est heureuse d’accueillir, ce mercredi, les performances d’artistes montreuillois : de 14h à 15h, musiciens et danseurs de l’école CubanaDanse viendront vous faire découvrir les rythmes et les pas cubains, suivis de près par les chansons de Guyom Touseul – ouvert à tous et à toutes, pour un espace public partagé ! À mercredi !

Tag(s) : #Economie, #Eco-citoyenneté

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