Mike s'étirait en baillant en ce froid matin du mois de mars qui avait vu sa victoire électorale. Pourquoi n'avait-il pas le moral ?
Il alla consulter son miroir, dans la grande salle de son château. Le miroir fit carrément grise mine en lui renvoyant l'image d'une sorte de Karl Zéro blafard, en moins éveillé. Ca débutait mal
cette mandature ! Parvenu au sommet de sa gloire, il ne désirait vraiment plus rien. Et puis l'attendait tout ce fourbi, les comptes-rendus, les délibérations, les commissions, les bureaux
municipaux et le pire, les conseils municipaux ou une petite bande de renégats continuait, malgré leur défaite récente et cuisante, de ferrailler contre lui. Il sentait poindre la déprime
lorsqu'il croisa dans un coin obscur du château le grand vizir Isnogoud, son premier surintendant. Ce dernier arborait comme à son habitude un air grave, plein de componction et portait sa longue
houppelande couleur de nuit.
- Et bien Mike, lui dit-il d'un ton singulièrement familier, quelle sombre mine !
- Pas l'moral, j'sais pas pourquoi !
- Ecoute grand chef, j'ai une idée géniale !
- Je crains le pire, dis quand même.
- Un téléphérique !
- Quoi, un téléphérique ?
- Il faut que tu laisses ta trace dans cette ville, pour les siècles des siècles amen.
- Grandiose, mais laisse tomber l'amen, on est laïc ou quoi ?
- OK, il s'agit donc d'un téléphérique qui relierai le relais de poste de Galliéni au castel de la Noue. Imagine seulement le scoop dans les journaux, l'admiration de tes pairs, la reconnaissance
d'une population qui te verrait tel Hannibal passant les Alpes mais dans les airs
- Tu en fais trop Isnogoud La butte menant à la Noue, c'est pas les Alpes. Mais je retiens l'idée, débrouille-toi avec l'intendance de cette affaire, communique à fond, dit-il en réfrénant une
folle envie de battre des mains. Génial ce Isnogoud! se dit-il, « cela devrait être un plaisir d'apprécier les lieux depuis le ciel »(1).
Bien entendu ce projet abracadabrantesque ne fut jamais présenté au Conseil municipal et pour cause. Mike ne voulait pas entendre les mauvaises augures de ce petit quarteron (en fait ils étaient
six) d'opposants qui lui rappellerait immanquablement que la ville était au bord de la déroute financière, qu'elle était gérée à la va-comme-j'-te-pousse. Ca l'énervait terriblement. Et
sincèrement, il pensait que ce n'étaient que calomnies. Et pourtant ...
Cette nuit-là, Mike dormit comme un bébé. Il fit un rêve qui lui laissa encore un doux souvenir à son réveil. Il était dans le téléphérique et jetait par la fenêtre des tracts sur lequel sa
figure hilare était surmontée d'un grand « MERCI ». En contrebas la foule en délire l'acclamait.
Il posa la première pierre de ce machin, le 1er Avril de l'an de grâce 2008.
(1) Le Parisien du 3 janvier 2008.
(A suivre)
par Maxime Gotesman
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Notre feuilleton
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