L'UNRWA, qui a demandé une enquête internationale indépendante, a souligné qu'elle avait transmis à l'état-major israélien toutes les coordonnées GPS de ses établissements. Comme il le fait rituellement, l'état-major a affirmé que, peu avant la frappe, des roquettes avaient été tirées sur Israël depuis l'enceinte de l'école. Israël avait donné cette explication en avril 1996, lors du bombardement d'une base de casques bleus à Cana, au Sud- Liban : une centaine de Libanais, réfugiés dans cette enceinte de l'ONU, avaient trouvé la mort.
"Ce n'est pas la première fois que le Hamas tire des roquettes et des mortiers à partir d'écoles, d'une façon qui utilise délibérément les civils comme des boucliers", affirme le service de communication de Tsahal, l'armée israélienne. "Et alors, est-ce que cela les autorise à massacrer des dizaines d'innocents ?, s'interroge le psychiatre palestinien Eyad Sarraj, joint par téléphone à Gaza. L'Etat d'Israël n'en finit plus de bafouer le droit international. Parler d'erreur comme il le fait n'a plus aucun sens quand on voit à quelle cadence ce genre de carnage se répète."
De fait, depuis le démarrage de la phase terrestre de l'opération "Plomb durci", samedi 3 janvier, la majorité des victimes recensées sont des civils selon les bilans dressés par les Palestiniens. Quelques heures avant le bombardement de Jabaliya, trois membres d'une même famille ont ainsi été tués dans une frappe sur une autre école de l'Unrwa, dans le camp de réfugiés de Shati, sur le front de mer. Ces derniers jours, plusieurs familles ont également été décimées par l'explosion d'un obus sur leur domicile. C'est notamment le cas du clan Al-Samuni, à Zeytoun, en lisière de la ville de Gaza, qui a perdu une trentaine de ses membres dans une attaque israélienne, dimanche 4 janvier. Le lendemain, treize membres de la famille Al-Daiya périssaient dans une situation semblable, ainsi que sept membres de la famille Abou Eishé.
Selon Amos Harel, correspondant militaire du quotidien israélien Ha'aretz, l'emploi d'une puissance de feu très lourde est le produit d'un choix délibéré de l'état-major. "A la suite du traumatisme de la guerre du Liban, en 2006, l'armée a réalisé que de fortes pertes saperaient le soutien populaire dont bénéficie la guerre et limiterait sa capacité à atteindre ses objectifs. Par conséquent, elle a décidé d'employer des tactiques agressives pour sauvegarder la vie de ses soldats." Cette option est d'autant plus facile à mettre en oeuvre que la presse étrangère, absente de Gaza, ne peut pas en décrire les ravages. "Quand nous soupçonnons qu'un combattant palestinien se cache dans une maison, nous tirons un missile, puis deux obus de tank et enfin un bulldozer abat les murs. Cela fait des dégâts, mais nous évitons des pertes", explique un officier cité par le Ha'aretz.
Mercredi 7 janvier, les combats se poursuivaient dans le nord de la bande de Gaza tandis que le sud du territoire était l'objet de raids aériens. Un combattant palestinien a été tué dans le quartier de Zeytoun et trois autres blessés, selon les urgences palestiniennes. "Toutes les rues sont couvertes de gravats, constate amèrement Eyad Sarraj, la bande de Gaza est aujourd'hui méconnaissable."
Benjamin Barthe - Article paru dans l'édition du Monde du 08.01.09
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