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eva-sas-eelv.jpegPar Eva Sas, députée EELV

 

Le rapport Moreau remis le 14 juin au premier ministre pose le cadre d’une nouvelle réforme des retraites. Dès la fin août, le gouvernement va annoncer les grandes lignes des mesures qu’il envisage. Pour nourrir ce débat et votre réflexion au cœur de l’été, voici 3 billets sur 3 questions clés :

 

1/Le déficit du système de retraites est-il structurel ou conjoncturel ? ou « Faut-il vraiment une réforme des retraites ? »

 

2/ Les retraités sont-ils des privilégiés ?

 

3/ L’allongement de la durée de cotisations a-t-il un impact sur le chômage ?

 

Aujourd’hui Episode I.

 

1/ Le déficit du système de retraites est-il structurel ou conjoncturel ? ou « Faut-il vraiment une réforme des retraites » ?

 

 

Le 11ème rapport du Conseil d’Orientation des Retraites, en décembre 2012, a mis en évidence un besoin de financement de l’ensemble des régimes de retraites de 20 milliards d’euros d’ici 2020. Toutefois cette estimation se base sur une prévision de croissance très optimiste à 2 % par an à partir de 2014. Puis, dans le scénario le moins favorable, oserais-je dire le plus réaliste, la croissance annuelle se stabiliserait autour de 1,5 % annuel et le chômage à 7 %.

 

D’ici à 2014, le poids de retraites passerait à 14,3 % du PIB (+ 0,5 point par rapport à 2011) sous l’effet de la faible progression du PIB, du papy boom et de l’augmentation de la pension moyenne, les nouvelles générations de pensionnés remplaçant des générations de retraités aux pensions plus faibles.

 

Côté recettes, le COR reconnaît avoir sous-estimé jusqu’ici l’impact de la crise. « Les scénarios économiques retenus en 2010 n’avaient pas anticipé les fortes turbulences de la fin de l’année 2011 (…) Or, les scénarios et variantes économiques sur lesquels s’appuie le présent exercice ont pour point de départ l’année 2011 et la croissance du PIB resterait relativement faible en 2012 et 2013. Au-delà, ces scénarios et variantes se caractérisent par une convergence relativement lente de l’économie vers sa croissance potentielle. » Autrement dit, si le COR reconnaît avoir pêché par optimisme en 2010, il réitère la même erreur avec une prévision de croissance à partir de 2014 de 2 %. Le déficit estimé par le COR à 20 milliards en 2017, 21 en 2020 (soit 0,9 % du PIB), est donc encore une fois, probablement sous-évalué.

 

A plus long terme, l’effet papy boom s’attenue à partir de 2030. Néanmoins, dans l’hypothèse la plus réaliste (taux de chômage stabilisé à 7 %), le déficit annuel atteindrait 36 milliards en 2030 et 43 en 2040. La Commission Moreau évoque, quant à elle, un déficit minimum de 0,6 point de PIB en 2040, soit 12 milliards d’euros, après mise en œuvre des mesures permettant d’assurer l’équilibre jusqu’en 2020 (7 Milliards sur le régime général, 20 milliards au total). Ceux qui parlent d’un équilibre structurellement retrouvé à long terme, évoque donc en fait le scénario A qui prévoit en effet un retour à l’équilibre spontané, avec un déficit réduit à 1,7 milliard dès 2040 (rendements décroissants) ou 2,6 milliards en 2050 (rendements Agirc Arcco constants). Or le scénario A, le plus optimiste, est basé sur un taux de chômage maintenu à 4,5 % à partir de 2030 …

 

Conclusion. Une nouvelle réforme des retraites paraît donc nécessaire. Tout d’abord pour faire face au déficit évalué à 20 milliards tous régimes confondus en 2020, déficit déjà sous-évalué puisqu’il se base sur un taux de croissance de 2 % à partir de 2014.

 

Mais aussi, parce qu’à terme le besoin peut être évalué entre 30 et 40 Milliards, si l’on se place dans la configuration la plus réaliste des scenarios envisagés.

 

Enfin, parce qu’au-delà des aspects financiers, les réformes précédentes ne se sont pas attaquées aux injustices persistantes de notre système actuel, et notamment à la différence d’espérance de vie entre cadres et ouvriers qui reste de 6 ans (10 ans en bonne santé), ou aux inégalités femmes-hommes, la pension moyenne des hommes restant supérieure de 50 % à celle des femmes (1 749 euros contre 1165 euros). Il reste donc encore beaucoup à faire.

Tag(s) : #Economie

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