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Eva Joly était l'invitée de Jean-Michel Apathie ce lundi 1er juin. Rappelant son engagement dans la lutte contre la corruption elle a expliqué que "l'injustice dans la crise est un facteur de destruction de la démocratie".

 


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Eva Joly.


Eva Joly : Bonjour.


Vous souhaitez devenir députée européenne pour le compte d'Europe-Ecologie. Quand on lit vos interviewes durant cette campagne, Eva Joly, on se rend compte que vous parlez beaucoup de justice, d'un nécessaire espace judiciaire européen, de la lutte contre les paradis fiscaux mais d'écologie, Eva Joly, vous n'en parlez pratiquement jamais. Alors, êtes-vous une écologiste ou pas ?


Je pense que le combat pour l'environnement est la mère des combats ; et que tous les autres s'insèrent dans celui-là. Si nous ne combattons pas l'émission de CO2, si nous n'arrivons pas à régler la température, les mers continueront à monter, nous aurions des problèmes absolument insolubles : des réfugiés climatiques, par exemple ; et ce n'est pas vrai que je ne parle pas d'écologie, je parle aussi d'écologie mais c'est vrai que ma part dans ce rassemblement, c'est surtout de porter le discours sur la justice.

 

 


Par exemple, est-ce que vous êtes opposée au nucléaire ? Est-ce qu'il faudrait arrêter la construction de centrales nucléaires en France, Eva Joly ?


Alors, je ne suis pas une spécialiste du nucléaire mais il me semble que les arguments que nous entendons contre la construction de nouvelles centrales, sont très pertinents parce que le nucléaire, c'est aussi des ressources fossiles. Les ressources sont rares et il va falloir se mettre aux énergies renouvelables, donc au solaire et aux panneaux photovoltaïques des éoliennes.

 

 


C'est difficile de mener campagne en France, vous savez, on a des champions mondiaux, Areva, Alsthom, EDF dans le domaine du nucléaire...


Absolument et ce sont des monopoles, oui.

 

 


En période de crise, c'est énormément d'emplois, c'est énormément de projets, énormément d'investissements...


Mais c'est aussi des très grands dangers et c'est aussi un manque de transparence comme dans beaucoup de situations en France.

Vous êtes donc candidate sur la liste d'Europe-Ecologie ; en France, l'écologie c'est assez faible. Dominique Voynet, candidate en 2007, n'a fait que 1,57% des voix, 576.000 suffrages (c'est-à-dire : c'est très peu).


Absolument.

 

 


Et sans Daniel Cohn Bendit dans cette campagne, en fait peut-être qu'on ne vous entendrait pas et vous existeriez très peu ?


C'est sûr qu'Europe-Ecologie est un rassemblement, c'est une nouvelle idée, c'est beaucoup plus large que n'étaient les Verts, seuls ; et donc, les sondages qui nous créditent de 11% national, on voit combien c'est remarquable par rapport au résultat de Dominique Voynet, il y a beaucoup d'années aux élections présidentielles.

 

 


Et ça finalement, vous le devez, tous, à la personnalité de Daniel Cohn Bendit, sinon...


Nous le devons au rassemblement et à la composition des différentes personnalités dans ce rassemblement.

 

 


Qu'est-ce qui vous marque dans cette campagne, Eva Joly ?


Mais moi ce qui me marque c'est l'attente que je perçois chez les personnes qui viennent attendre nos meetings qui sont pleins.

 

 


Tous les candidats nous disent ça. C'est-à-dire que les sondages disent : ah les Français vont s'abstenir massivement ; et tous les candidats nous disent : nos salles sont pleines.


Il y a, effectivement, une contradiction, c'est vrai. Nous, nous faisons des réunions avec 1.000 personnes à Lille, un dimanche après-midi où il fait beau. Et il y a beaucoup de jeunes, il y a beaucoup de gens qui posent beaucoup de questions. Et c'est clair aussi qu'il y a une désorientation dans la crise, et qu'il y a un espoir et une attente envers ces élections. Et je pense que c'est une maladie française que de penser qu'il n'y a que l'élection présidentielle qui compte. Zapper l'élection européenne alors que nous devons régler dans les cinq années à venir, les problèmes de l'environnement. Nous n'allons pas attendre 2012 !

 

 


Donc, je vous disais, vous parliez beaucoup de justice. Donc, je vais maintenant vous inviter à parler de Justice, Eva Joly.


C'est un facteur très important dans la crise : l'injustice dans la crise est un facteur de destruction de la démocratie. Et ce que je reproche à nos dirigeants c'est justement de ne pas l'avoir compris.

 

 


Dirigeants ? Européens ? Français ?


Et de ne pas avoir compris qu'afficher des salaires de 2 millions d'euros pour Dexia, par exemple, alors que les licenciements sont massifs et les Fonds Publics aussi, que cela est révoltant pour les citoyens.

 


Alors, qu'est-ce qu'il faut faire : limiter les salaires des patrons ?


Oui.

 



Ah combien ?


Nous, nous proposons de les limiter à quarante fois le salaire médian.



Quarante fois le salaire médian, d'accord. Et au-dela ? Mais en France ? en Europe ?

 

Au-delà, une fiscalité confiscatoire.



D'accord. Au moins comme ça, c'est clair !

Mais oui, c'est clair.

 

 


La justice a mauvaise presse en France.


Oui, peut-être.

 


Les magistrats sont souvent critiqués. Par exemple, on se rend compte que l'affaire d'Outreau se termine par une simple réprimande pour le juge d'instruction. Hormis les journalistes, je dis bien "hormis les journalistes", est-ce qu'il y a une profession plus corporatiste.

 

Et le truquage des listes électorales se termine avec dix mois avec sursis après douze années de procédure ; et le maire reste en place. Et ça aussi, c'est du discrédit, monsieur Aphatie.

 


D'accord. Oui puisque vous avez demandé, hier, je crois la démission de Jean Tibéri ?


Oui.

 


Voilà. Il a fait appel de sa décision. Vous, vous souhaiterez qu'il démissionne ?


Oui. Mais il se trouve que cela serait conforme aux traditions républicaines parce que le tribunal de grande instance de Paris vous a condamné au nom de la République française pour avoir rajouté 3.000 noms sur votre liste électorale, vous ne devez pas rester en place comme maire.

 


D'accord. Donc, ça c'est dit, Eva Joly. Et vous qui êtes ancienne juge d'instruction, quand vous voyez que le juge d'instruction de l'affaire Outreau, s'en tire avec une simple réprimande, vous dites quand même que la Justice marche aussi sur la tête ou pas ?


Je dis que la Justice en France a des problèmes ; qu'après Outreau, il y a une commission parlementaire qui avait proposé des solutions qui ont été adoptées sous forme de loi et que cette réforme-là a été abandonnée au cours des débats - sans crier gare ! - et qu'on s'est lancé dans une forme sans queue ni tête, improvisée complètement et qui est aussi contraire aux traditions françaises.

 


Mais les magistrats quand ils se réunissent entre eux, ils se protègent. Le juge Burgaud : simple réprimande.


C'est une position trop facile. Vous savez dans l'affaire Outreau qui a abouti à une catastrophe judiciaire, il y avait cinquante magistrats impliqués. C'est un dysfonctionnement global.

Et zéro condamné parmi les magistrats ! Il y en avait peut-être cinquante ; mais du coup, tout le monde passe entre les mailles du filet !


Oui.

 


Oui.Juste pour terminer la phrase d'Alain Juppé page 146 de son livre : "Je ne souhaite à aucun de mes ennemis de tomber dans les mains de la justice, machine inhumaine surtout dans sa relation au temps. Dans aucune autre institution humaine, on ne dispose du temps d'autrui avec autant de désinvolture."


Ca, c'est vrai. Nous mettons beaucoup trop de temps ; et c'est aussi une question de moyens.

 


D'accord. Donc, peut-être qu'il y aura davantage de moyens bientôt. Donc, Eva Joly, candidate aux élections européennes sur les listes d'Europe-Ecologie, était l'invitée d'RTL, ce matin. Bonne journée.


Auteur : Jean-Michel Aphatie

 

Pour visonner la vidéo de l'interview

Tag(s) : #Elections européennes 2009

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