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Un article publié par Mediapart suite au meeting Europe Ecologie du Zénith.


C'est un petit lapsus, qui en dit long sur l'optimisme d'Europe Ecologie: mercredi 3 juin, pour son ultime meeting à Paris, Daniel Cohn-Bendit s'est cru pendant une seconde à «Bercy», alors qu'il battait la tribune du Zénith (une salle tout de même deux fois plus petite...).



À quatre jours du scrutin, les têtes de liste du rassemblement écologique sont apparues euphoriques, dopées par le dernier sondage BVA, réalisé pour la presse quotidienne régionale, qui les donne à égalité avec le MoDem, à 11% des intentions de vote (jusqu'à 16% en Ile-de-France!). Jeudi matin, une étude TNS Sofres/Logica les plaçait même à 13,5%, contre 11% pour les équipes de François Bayrou.



«Jamais nous n'avions réussi à réunir autant de monde !», s'est enthousiasmé Noël Mamère devant 2.500 personnes. Lapsus ou non, le député Verts a évoqué, à propos du dimanche 7 juin, le «soir de la victoire»... Daniel Cohn-Bendit, qui s'était initialement fixé comme objectif d'atteindre «10% plus X» (c'est-à-dire d'améliorer ses 9,7% de 1999), croit désormais dur comme fer aux chances d'Europe Ecologie de boucler sa campagne («la plus belle du monde» d'après le carton d'invitation) en troisième position, au nez et à la barbe de François Bayrou.



De fait, des électeurs traditionnels du PS, voire de l'extrême gauche, déçus par les divisions de leur propre camp, pourraient bien venir gonfler ce facteur «X». Mercredi soir, quelques-uns ont fait le déplacement jusqu'au Zénith. Afin de tenter de saisir ce «mouvement», impossible à mesurer pour l'instant, Mediapart a traqué sur place ces «primo-écolos», un peu perdus au milieu des «vieux» militants. S'ils théorisent encore peu leur «basculement», ils le revendiquent, et parlent de «copains socialistes sur le point de faire pareil...»


Ainsi Armel, informaticien, qui a voté PS dès le premier tour à la dernière présidentielle, se définit comme une «groupie de Ségolène Royal», mais votera cette fois pour Daniel Cohn-Bendit. «Je n'adhère pas à tout ce qu'il dit,Mais j'ai fait des cauchemars en lisant le bouquin d'Hervé Kempf [Comment les riches détruisent la planète], alors j'ai décidé cette fois d'être concret, en soutenant une nouvelle PAC [politique agricole commune], écolo et durable».



En 2007, Armel avait applaudi «Ségolène» dans plusieurs meetings; depuis, il a participé à des manifs derrière «Désirs d'avenir» (l'association au cœur du «royalisme»), mais n'a pas «supporté le traitement réservé» par le parti à sa favorite. Le «recollage de Rezé», ce rassemblement organisé le 27 mai dernier pour signifier la réconciliation avec Martine Aubry, l'a plutôt agacé: «Ca faisait dernière minute...»


S'il accorde un «bon point» à la Première secrétaire pour son Livre noir sur les libertés publiques (ce réquisitoire contre la politique sarkozyste publié en mars dernier), il juge «le PS encore trop éparpillé». In fine, c'est la présence de José Bové sur les listes d'Europe Ecologie qui l'a convaincu de sauter le pas – «Il a les prises de position pro-palestiniennes les plus franches de la scène française.» Armel assure connaître d'autres «royalistes» qui suivront, dimanche, la même voie
confie ce cinquantenaire.

 


Olivier, 39 ans, avait aussi choisi le PS dès le premier tour en 2007, mais glissera cette fois un bulletin «vert», «parce que l'ancrage à gauche» d'Europe Ecologie lui a paru «assez net pendant la campagne», «parce qu'on n'a pas affaire à des personnalités tiédasses, qui risqueraient de diluer le social dans l'écologie». «Ce vote, c'est une forme de lobbying, souffle-t-il. Si le PS, perdu dans ses conflits d'ego démesurés, subit une grosse claque dimanche, ça le poussera à recadrer son discours, à se reconstruire».

 


Olivier ne vote d'ailleurs pas «contre les socialistes»; simplement, ça lui «fait du bien d'avoir trouvé une liste rafraîchissante, optimiste, où l'on sent la sincérité». «Chez les écolos, ils ne disent pas «On veut niquer Sarko!», ils sont plus constructifs». Encore un peu, il évoquerait Barack Obama. Si la présence de Daniel Cohn-Bendit lui paraît «anecdotique», voire pire («il joue sur son passif soixante-huitard»), Olivier a jugé que le ralliement de la Norvégienne Eva Joly, ancienne juge d'instruction en France et spécialiste de la lutte anti-corruption, bonifiait cet attelage: «Elle a fait largement ses preuves et son intégrité n'est pas discutable», tranche-t-il.



Carlos, statisticien de 57 ans, soutient «traditionnellement» le PS, mais n'a «saisi aucun message cette fois-ci». «Enfin, si, se reprend-il. Ils nous ont d'abord demandé de voter contre Nicolas Sarkozy, puis de voter utile, c'est-à-dire surtout pas sur leur gauche. Mais rien sur l'Europe.» Lui aussi s'est lassé des «querelles de personnes»: «Depuis Jospin, chacun tire la couverture à soi, grogne-t-il. Et là, les socialistes soutiennent Martine Aubry comme la corde le pendu.»



Au référendum de 2005, Carlos avait rejeté le Traité européen, alors ça l'agace de constater que Laurent Fabius, l'un des leaders «nonistes» de l'époque, «s'est fait marginaliser depuis». Mercredi soir, il lui restait toutefois une dernière hésitation vis-à-vis d'Europe Ecologie: «Daniel Cohn-Bendit crie: «Je suis pro-européen! Je suis pro-européen!» Mais je veux l'entendre pour m'assurer qu'il n'est pas prêt à tout avaler au nom de l'Europe, et notamment une dose trop grosse de libéralisme...»



Eric, pour sa part, a longtemps soutenu Jean-Pierre Chevènement. Pour la première fois, ce cadreur de 38 ans glissera un bulletin «écolo» dans l'urne. «En fait, je ne vote pas «écolo», nuance-t-il. Je vote pratique. Il y a urgence, la nature va nous rattraper, nous balayer. Face à un PS de bric et de broc, qui s'enfonce dans la politique politicienne, Daniel Cohn-Bendit ne mâche pas ses mots et prévient qu'on va dans le mur. Les Français sont des enfants gâtés, il faut se réveiller.» Et puis, «l'Europe a besoin d'Eva Joly, juge-t-il, lui aussi. Parce qu'à l'Est, l'Union et ses voisins, comme l'Ukraine, sont gangrenés par les mafia et les gangs». A ses yeux, c'est définitif: «Martine Aubry n'a pas les épaules.»


Combien ces "primo-écolos", irrécupérables pour le PS, seront-ils dimanche ?

 

 

www.europeecologie.fr

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Tag(s) : #Elections européennes 2009

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