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S
urtout, ne pas jouer les triomphateurs avant l'heure. Mais mercredi 3 juin, au Zénith de Paris, devant 2 500 spectateurs enamourés, les têtes de liste Europe Ecologie, créditées de 13,5 % des intentions de vote, selon le sondage TNS Sofres-Logica réalisé pour Le Monde, France 2, France 3 et France Inter, n'ont pas boudé leur plaisir.


 

D'autant que le MoDem se retrouve sérieusement à la traîne. "Faites attention avec les sondages", avertit pourtant José Bové. Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, prétend ne "pas se laisser griser".


Franchement, personne n'y croit. Parce que rarement une liste écologiste a été aussi bien placée, à quelques jours d'un scrutin traditionnellement favorable aux chantres de l'environnement. Et qu'il se dégage une certaine harmonie de ce rassemblement de personnalités, en cette fin de campagne, où l'on voit Eva Joly, le nouveau totem des écologistes, faire salle comble à chaque meeting, tandis que José Bové harangue les foules.


"Le MoDem ? C'est qui ?", s'amuse un Daniel Cohn-Bendit en pleine forme, lui que l'on disait usé, à 64 ans. "C'est ma dernière campagne, confie-t-il avant de monter sur scène. Les gens ricanaient, ils disaient : "Il revient, il ne comprend plus rien à la politique française." Mais là, on fait éclater l'écolo-mètre. Il nous fallait impérativement nous différencier. Bayrou a pété les plombs, quand il a dit que l'on ne parlait pas d'Europe. Et Sarko, on s'en fout, le vote sanction, c'est dans trois ans, en 2012."


Il n'est donc que très peu question de Nicolas Sarkozy, et même de François Bayrou, dans les discours. On ne change pas une antienne qui gagne. Chacun connaît son créneau, et s'y tient. Eva Joly, par exemple. Elle fascine, l'ancienne juge d'instruction. "Moi qui croyais que les gens me détestaient, finalement, je suis la bonne personne au bon moment, comme dans l'affaire Elf", dit-elle dans un souffle, tétanisée par le trac, alors que Noël Mamère la présente au public.


Elle goûte l'ovation qui lui est réservée. Puis elle parle de l'affaire qui l'a rendue célèbre, forcément, mais elle s'est politisée, au cours de cette campagne. Elle a quasiment la certitude d'être élue en Ile-de-France. Alors, elle se lâche, à sa façon. "Nos ministres touchent toujours des fonds en provenance d'Afrique, affirme-t-elle, j'ai vu que mes efforts étaient vains."


Et elle stigmatise "la corruption de l'esprit européen", quand Nicolas Sarkozy "privatise notre mémoire collective" en oubliant d'inviter la reine d'Angleterre aux cérémonies prévues pour l'anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944.


Cette date référence qui, elle aussi, séduit Daniel Cohn-Bendit, en fin de meeting, lorsqu'il appelle à "débarquer tous ceux qui pensent que le profit, c'est l'avenir".


Il prêche à nouveau pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, réclame des universités "en coopération, pas en concurrence", souhaite un partenariat privilégié avec deux Etats, israélien et palestinien. Et se taille un franc succès lorsqu'il parle de "Nicolas le Petit" : "Non, le 6 juin ne lui appartient pas !"


Il n'a jamais goûté les chapelles. Alors il ne se prive pas, cite le général de Gaulle, et même François Mitterrand, et son dernier discours, ultime message d'amour à l'Europe, en 1995, au Parlement européen.

Gérad Davet - article paru dans Le Monde du 5 juin 2009.

 

 

 

Dany" au Zénith de Paris : "On fait éclater l'écolo-mètre"
Tag(s) : #Elections européennes 2009

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