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Les résultats des élections européennes parlent d'eux même : l'UMP s'impose, le PS s'effondre, Europe-Ecologie crée la surprise. Les listes UMP-NC recueillent 27,73 %, le PS 16,66 %, talonné par les Verts, à 16,03%, tandis que le MoDem suit loin derrière, à 8,4%. L'extrême-droite explosée, l'extrême-gauche en déroute, un nouveau paysage politique apparaît, où la droite s'impose dans un camp affaibli et sans réserves et où l'espoir, paradoxalement, renaît à gauche mais avec un PS en déconfiture.


Au final, les électeurs et les électrices ont démontré leur maturité. Ils ne se sont pas trompés d'élection. Une nouvelle dynamique s'est créée ; les partis de gouvernement, à gauche comme à droite, sont incapables de porter un projet de transformation de la société européenne. En sombrant dans le repli franco-français et en multipliant les diversions politiciennes, ils ont encouragé l'abstention. Seule Europe-Ecologie a refusé de tomber dans ce piège. Les urnes ont tranché : 16,2 %, 14 députés élus, un score historique qui laisse loin ceux de 1994 et de 1999.

 

 

 

Les premiers enseignements à tirer de ce tsunami politique, outre l'abstention, concernent les grands perdants de ce scrutin. 
  Le Parti socialiste d'abord : perdu dans la guerre des chefs depuis des années, sans projet, sans âme, sans perspective, le PS n'est plus que l'ombre de lui même. Ce n'est pas en soi une bonne nouvelle pour la gauche. En devenant le parti des institutions locales et régionales, le PS a perdu le sens du combat pour l'intérêt général.



Il mène des campagnes creuses, avec des mots du siècle dernier. Il n'attire plus et ne fait plus rêver. Il est devenu le syndicat de défense de ses élus, gérant ses rentes de situation au petit bonheur la chance, en tentant à chaque fois de jouer sur l'idée du vote utile pour culpabiliser les électeurs. Si elle n'est pas victime d'une révolution de palais, Martine Aubry aura fort à faire pour relever le défi de la reconstruction de la vieille maison sociale-démocrate.



Le Modem ensuite. Le clan Bayrou fait les frais de son obsession présidentialiste. Totalement concentré sur le deuxième tour des présidentielles de 2012, à l'image de Jospin en 2002, il s'est fourvoyé dans sa fuite éperdue vers cet unique objectif. Non seulement le Béarnais s'est trompé d'élection, mais dans les derniers jours il a perdu le sens de la mesure et donc sa crédibilité de présidentiable, par ses attaques contre Europe-Ecologie et la personne de Dany. Il paie au prix fort son inconsistance et son positionnement erratique « et droite et gauche », ses positions sur le plan économique et social, la faiblesse intrinsèque de son message. François Bayrou a sans doute perdu une grande partie de ses chances pour 2012.



La gauche radicale n'a pas non plus réussi son pari. Divisée entre le NPA, LO et le Front de Gauche, elle a cherché pour les uns, le Front de Gauche, à rejouer le référendum de 2005, pour les autres, NPA et LO, à courir après les luttes en méprisant le sens du vote du 7 juin. Les électeurs ne se sont pas retrouvés dans ces choix hors-sol, mélange d'imprécation et de mots d'ordre usés jusqu'à la corde. Le casting du NPA n'a pas joué, démontrant que ce parti était victime précocement du syndrome des médias, les « 3 L » : on vous lèche, on vous lâche, on vous lynche. Le facteur, cette fois, ne sonnera pas.



La droite de gouvernement, elle, s'en tire bien. Dans toutes les régions, l'UMP est loin devant le PS. Elle continue à siphonner les voix d'un Front national en perdition et d'un de Villiers allié cette fois aux chasseurs et personne ne s'en plaindra. La majorité a certes triomphé, mais Nicolas Sarkozy est réduit à son pré-carré. Le parti unique de la majorité et son chef sont confrontés au manque de réservoir des voix de droite. L'opposition est de fait largement majoritaire. C'est un succès en trompe-l'œil pour Nicolas Sarkozy. Le président doit désormais gérer la sortie de crise.



Trois raisons expliquent le succès des listes Europe Ecologie :


1) Depuis des mois, nous appelons à prendre au sérieux les enjeux de cette élection : la transformation écologique de l'Europe, l'issue européenne et écologique à la crise, la citoyenneté européenne. En étant les plus exigeants sur les plans éthique, social et environnemental, nous avons montré que l'on pouvait faire sauter des tabous : la croissance et le « toujours plus » comme seule alternative, la reconversion de secteurs industriels dépassés, avec un « Bruxelles de l'Emploi », le revenu minimum et maximum ; la Turquie comme objet de diabolisation ; seule la liste Europe Ecologie a proposé un projet et un programme européens, écologiste, à la fois réaliste et radicalement réformiste qui ne tombe pas dans l'anti sarkozysme sans perspective.


2) Face à l'urgence sociale et écologique, l'écologie politique est apparue en Europe comme la seule idée neuve de rupture avec le libéralisme et le productivisme ; autour du rêve européen, nous avons réconcilié l'électorat qui s'était divisé sur le oui et le non. Notre engagement était l'expression en France d'une campagne trans-européenne mené conjointement dans 27 pays de l'Union par le Parti Vert européen, formation trans-européenne dont Dany Cohn-Bendit, notre tête de liste, est le porte-parole. Ce résultat n'est donc pas propre à la France. Dans toute l'Europe, une marée verte a déferlé. Le Groupe Vert au Parlement européen est renforcé. L'écologie politique, en Europe comme en France, est désormais incontournable.


3) Nous avons rassemblé et fédéré le peuple de l'écologie dans sa diversité : l'écologie politique, associative, de résistance. Après la candidature de René Dumont, la création des Verts et l'élection de milliers d'élus dans les exécutifs locaux et régionaux, le Pacte Écologique de Nicolas Hulot et le Grenelle de l'Environnement, une nouvelle étape est désormais franchie : celle de la crédibilité de l'écologie politique et son installation durable dans les paysages politiques français et européen.

 

 

 

 

Rassemblement, diversité, autonomie sont les trois piliers de notre succès. Nous devons travailler dur pour le confirmer. Pour que l'essai soit transformé, il faut poursuivre le rassemblement. Nous devons répondre à l'immense attente qui s'est dégagée : 
  en mettant en place le suivi citoyen de l'action de nos députés européens ; 
  en préparant le sommet de Copenhague sur le climat, échéance essentielle pour toute l'humanité ; 
  en mobilisant tous les acteurs sociaux autour de la demande d'un « Bruxelles de l'Emploi » pour créer des millions d'emplois à l'échelle européenne ; 
  en organisant une campagne permanente contre les paradis fiscaux.



Parce que ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise, notre rassemblement doit continuer, s'approfondir et s'élargir.



Les prochaines échéances, les élections régionales, doivent être l'occasion d'appliquer les leçons du 7 juin. Nous devons nous doter d'une organisation souple et mener une campagne nationale décliné dans chaque région, un projet d'éco-région et un programme commun. Nous devons présenter des listes métissées, ouvertes, qui soient l'expression des associations de terrain, environnementales et sociales. L'union de tous les écologistes qui veulent en finir avec le système libéral et productiviste est un combat permanent. Ce combat pour la maison commune de tous les écolos doit trouver de nouveaux prolongements au delà de nos engagements partidaires ou associatifs. Les 500 groupes locaux d'Europe-Ecologie, les 13 000 signataires de notre manifeste doivent déterminer ensemble, avec toutes les composantes qui ont participé au succès des listes Europe-Ecologie, les moyens, les objectifs et le calendrier de la métamorphose de l'écologie politique. C'est avec ce vivier que nous creuserons le sillon de l'écologie de transformation. Il est temps de construire une écologie qui résiste et propose, une écologie qui agit et refuse de donner un chèque en blanc à qui que ce soit.



L'écologie n'est plus le regroupement de ceux qui témoignent pour les générations futures des dégâts du présent. Elle est aujourd'hui une force incontournable de transformation qui portera le projet d'émancipation humaine et réconciliera la nature et l'humanité. Nous ne trahirons pas la confiance que nous ont accordé nos électeurs et qui nous donne d'autant plus de responsabilités. Tout commence le 8 juin. Comme le disait un étudiant aux cheveux roux, il y a 41 ans : « Ce n'est qu'un début, continuons le combat ! » Prenons nos désirs pour des réalités !


Noël Mamère, le 8 juin 2009



P.S. : Le même jour que l'élection d'Eva Joly, nous apprenions la mort d'Omar Bongo. Avec lui, le symbole de la Françafrique s'éteint. Il a pillé les richesses de son pays pour les redistribuer aux plus offrants des politiciens français, de gauche comme de droite, selon les époques, consolidant ainsi son pouvoir. Eva Joly n'a eu de cesse de démontrer les liens qu'entretenaient les parrains de Bongo à l'Elysée, chez Elf Total ou ailleurs, bonne chance Eva. Bye Bye Omar.

Tag(s) : #Elections européennes 2009

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