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J'ai lancé l'idée, reprise par le Conseil National Inter-régional (CNIR) des Verts, de boycott du Congrès réunissant les parlementaires des deux Chambres pour entendre pérorer le leader de l'UMP, ci-devant Président de la République. J'ai pris cette initiative en toute connaissance de cause.


Nicolas Sarkozy a fait de la réforme des institutions une de ses priorités. J'avais, comme tous les élus, sénateurs et députés Verts, voté contre cette réforme le 21 juillet 2008. Ce projet de loi constitutionnel avait été adopté par 539 voix contre 357, soit une voix de plus que la majorité requise des deux tiers, grâce à celle de Jack Lang. On nous avait dit que les citoyens auraient la possibilité de s'adresser à un « défenseur des droits » et surtout de pouvoir contester devant le Conseil Constitutionnel des dispositions législatives déjà promulguées, cette promesse a fait pschitt !



Le Président prononcera son discours le 22 juin mais les citoyens, eux, devront attendre encore longtemps avant que le Parlement examine leur éventuelle capacité d'intervention... Pis, ce discours du trône sera suivi d'un débat sans vote et le monarque ne verra pas les représentants du Tiers-Etat puisque les présidents de groupe n'interviendront qu'une fois le Président absent de l'enceinte du Congrès. Nous franchirons ainsi une nouvelle étape dans la confusion absolue des pouvoirs, désormais concentrés en une seule main.



Au moment où l'on s'enfonce chaque jour un peu plus dans le chômage de masse, au moment où les chefs d'Etat et de gouvernement emmenés par Sarkozy, Merkel et Berlusconi prolongent le mandat du calamiteux Monsieur Barroso à la présidence de la Commission, au moment où les engagements du Grenelle de l'environnement sont foulés au pied, nous considérons qu'il est impudent - mais l'impudence n'est pas une qualité pour notre Président ? - de laisser se tenir une telle opération médiatique sans réagir. A quoi sert de mobiliser l'attention des médias pour que les élus de la Nation écoutent sans broncher ?



Il y a un moment où les principes s'imposent. En réalité, le président de la république a imposé cette réforme de la Constitution pour pouvoir pérorer devant le Congrès en imitant le Président des États-Unis. Mais aux États-Unis, le Président doit signer tous les textes de lois approuvés par le Congrès pour qu'ils entrent en vigueur et en cas de blocage, le Congrès dispose à son tour d'un droit d'opposition à un véto du président ; aux États-Unis, l'impeachment - le processus de destitution du Président - est une pratique parlementaire ; aux États-Unis, il y a des Commissions parlementaires dignes de ce nom ; aux États- Unis, les élus disposent de moyens pour faire leur travail d'investigation, de contrôle des lois. Les États-Unis sont un régime présidentiel où s'exerce un véritable contrôle parlementaire.



La France, elle, cumule les inconvénients du régime présidentiel sans les avantages des contre-pouvoirs du Parlement.
C'est un peu : « cause toujours, tu m'intéresses, mais c'est moi qui décide ». La France, n'a plus de Premier Ministre, il doit se contenter d'un Parlement croupion dont le droit d'amendement vient d'être supprimé d'un trait de plume. En France, lorsqu'une loi est rejetée par les députés français, par le Parlement Européen, par le Conseil Constitutionnel, comme ce fut le cas pour Hadopi, on s'assoit joyeusement sur les institutions pour faire passer en force un projet soutenu par les amis artistes de notre nouvelle Marie-Antoinette.


Et vous voudriez que nous approuvions cette démocratie atrophiée, asphyxiée, anémiée, qui charrie l'abstention, la dépolitisation, et relègue les classes populaires dans l'exclusion ! Avons nous été consultés lorsque le gouvernement a accordé au Vatican le droit de reconnaître des diplômes nationaux, à l'encontre du principe de la laïcité inscrit dans la Constitution ? Avons nous été consulté lorsque le charcutier électoral du Président - après avoir été celui de Monsieur Pasqua - a supprimé d'un trait deux des quatre circonscriptions détenues à Paris par les Verts, au moment même où ceux-ci apparaissent comme le pivot de l'opposition ? Sommes nous consultés lorsque le pouvoir veut supprimer le juge d'instruction pour empêcher que des juges courageux, comme Eva Joly, puissent faire leur travail dans l'indépendance, face au parquet, mettant ainsi le pouvoir judiciaire sous la coupe réglée de l'exécutif ?



François Mitterrand a écrit des pages restées célèbres pour critiquer la Vème république. Pour lui, le « gaullisme n'était qu'un coup d'État tous les jours ». Il dénonçait le Général qui n'arrêtait pas, de sa main impatiente, de « froisser la Constitution, ce chiffon de papier qui porte la signature de 18 millions de français ». Lorsqu'il devint Président, il se coula facilement dans ce « chiffon de papier ». Pourtant, ni lui ni son successeur, Jacques Chirac n'allèrent aussi loin dans le déni démocratique qu'a atteint le sarkozysme depuis qu'il s'est emparé de l'État.



C'est pourquoi, il faut encore et encore relire ces phrases prémonitoires du « Coup d'État permanent » « D'abord, il s'emparera corps et biens du pouvoir exécutif et réduira le gouvernement à la fonction d'un agent subalterne. Ensuite il isolera le Parlement dans un ghetto d'interdits, il lui ôtera les trois-quarts de sa compétence législative, il lui arrachera la quasi totalité de sa compétence constitutionnelle et, pour achever l'ouvrage, il le livrera aux risées d'une propagande totalitaire en faisant moquer ses sursauts impuissants.



Enfin, il se débarrassera des derniers contrôles importuns qui risquaient de gêner sa marche vers l'absolutisme ; Conseil Constitutionnel qu'une poignée d'avoine fera rentrer à l'écurie ; Conseil d'État qu'on musellera ; magistrature qu'on évincera. Alors ne restera debout, face au peuple abusé, qu'un monarque entouré de ses corps domestiques : nous en sommes là. » De Gaulle a fait l'Histoire, en organisant la Résistance extérieure et intérieure face au nazisme et en mettant fin à la Guerre d'Algérie.



Nicolas Sarkozy, lui écrit la petite histoire, coincée entre le people et l'alignement sur le grand frère américain, entre le dîner du Fouquet's et le bouclier fiscal. Un philosophe du XIXème siècle le disait déjà : l'histoire a tendance à se répéter deux fois : une fois comme grande tragédie et la fois d'après comme une misérable farce. Ne voulant pas que la République soit mise sens dessus dessous par le mandant de Bouygues, Lagardère, Dassault et Bolloré, j'en appelle à toute la gauche et aux démocrates pour boycotter cette mascarade versaillaise, à tous les sens du terme. Et que l'on ne vienne pas me dire, comme les lustrateurs du dimanche, que je ne suis pas dans la lignée de la campagne d'Europe-Écologie. Bien au contraire. Nous étions contre le vote sanction car nous, écologistes, nous respectons, l'objet de l'élection. Cette fois- ci, il s'agit de la politique menée par l'hyper-président, en France.



Il annoncera le 22 juin des contre-réformes encore plus dures que celles qui ont déjà écornées le contrat social et le modèle français. cette fois-ci, il s'apprête à s'attaquer à la retraite à soixante ans pour mieux enfumer les salariés et dissimuler la gravité de la crise. Ceux qui cautionneront cette pantalonnade ne sortiront pas grandis aux yeux du peuple. Je ne serai pas de ceux-là.


Noël Mamère, le 15 juin 2008


P.S. 1 : 150.000 manifestants, la journée du 13 juin est une défaite de la stratégie des organisations syndicales. Alors que les plans sociaux continuent, que l'on annonce une montée sans précédent du chômage des jeunes, que le pouvoir affûte ses mauvais coups, notamment contre les retraites, ce n'est pas une bonne nouvelle. Il ne s'agit pas de donner des leçons aux syndicats qui font leur boulot, mais la rentrée devrait être l'occasion de réfléchir sur des convergences nouvelles entre salariés, chômeurs, consommateurs, sur des propositions en termes de conversion écologique des filières industrielles menacées, sur la notion de contrat de sécurité emploi- formation liées à la reconversion dont les régions pourraient être le pivot, de revenus minimum et maximum... Bref, à appeler à un remue-méninges social qui pourrait se traduire par des États Généraux de l'emploi visant à créer des millions d'emplois. Pierre Larrouturou en a fait la proposition, dans un appel que j'ai signé comme des dizaines d'autres responsables. Au boulot !


P.S. 2 : Une fois n'est pas coutume, le Conseil national des Verts, le CNIR s'est retrouvé unanime pour s'engager sur une feuille de route pour continuer le rassemblement d'Europe-Écologie, au delà de la victoire historique du 7 juin. Et pas seulement pour les élections régionales. Depuis la semaine dernière, les écologistes sont à la une des médias. Ils portent une responsabilité dans la refondation de toute la gauche. C'est lourd, mais tellement exaltant !


P.S. 3 : Ahmadinejad réélu. Mauvaise pioche pour le peuple iranien et sans doute pour le monde. Apparemment, les urnes ont été massivement truquées. Ce second mandat est le résultat de la redistribution de la manne pétrolière aux « déshérités ». Mais la répression de la jeunesse iranienne dans les rues de Téhéran, liée à l'intransigeance du pouvoir israélien sur la question de la Palestine, montre que malgré le discours du Caire de Barack Obama, l'Orient est décidément très compliqué. Le Président américain a eu totalement raison de s'adresser avec respect aux musulmans pour faire naître un nouvel espoir contre la guerre de civilisations. Dommage que l'Europe soit si atone et n'ait pas encore trouvé son ou ses Obama pour faire entendre sa voix dans le concert des faiseurs de paix.
Tag(s) : #actualités nationales

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