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Décidément Nicolas Sarkozy aime l'Histoire nationale. Après Jaurès, Blum, Guy Môquet, il nous a fait le coup la semaine passée du Conseil National de la Résistance et de Mitterrand.


Le recyclage permanent des icônes de la gauche française par cet héritier des droites nationales et anglo-saxonnes, est devenu un classique du style de gouvernance qu'il prétend incarner. Mais, crier au scandale face à la cascade de références au combat émancipateur de la gauche qui fut mené, d'abord, contre tous les Sarkozy de toutes les époques, ne suffit pas.


Il faut s'interroger sur les raisons et les effets de cette stratégie de la tension historique que les discours d'Henri Guaino nous infligent. Cette confusion, voulue et assumée par le sarkozysme, s'apparente à un empoisonnement de longue durée. Il vise à détruire les résistances immunitaires de la gauche. Dans une nation, le lien social est constitué par la géographie, la langue, la culture et l'histoire. Sans ces éléments interdépendants, nous ne sommes plus que des êtres virtuels, flottant sur l'océan sans aucune boussole. En nous faisant perdre nos repères historiques, en transformant l'histoire en une bouillie pour les chats, le sarkozysme prend à témoin la majorité de la population pour lui dire qu'il n'y a plus besoin ni de fidélité à un camp, ni de respect des valeurs... Bref, que tout se vaut dans un monde où tout s'achète.


En achetant comme un nom de domaine, le patronyme « F.Mitterrand.fr », Nicolas Sarkozy se comporte en contrebandier de l'Histoire ; il s'approprie un peu de l'aura de celui qui, venu de la droite, construisit l'Union de la gauche, abolit la peine de mort, fit adopter la retraite à soixante ans et la cinquième semaine de congés payés, créa les radios libres.


Il annexe l'histoire de la gauche au moment où sa politique consiste à anéantir les conquêtes du CNR en détruisant le service public, en insufflant le débat sur la retraite à soixante-sept ans, en contrôlant l'audiovisuel public et privé, du sol au plafond. Cette perversion ressemble à la stratégie de la triangulation de Tony Blair qui s'appuyait sur les valeurs de droite pour « moderniser » la gauche. Sarkzoy modernise la droite en utilisant les valeurs de la gauche, pour la faire disparaître . Peu importe, dès lors, qu'il ne soit pas parvenu à faire entrer un nouveau socialiste dans son gouvernement. L'arrivée de « F.Mitterrand.fr » au Ministère de la Culture est suffisante pour brouiller les cartes.



L'enfumage continue, il n'y a plus ni gauche ni droite, mais un pays anesthésié, abruti par le désordre des esprits, entretenu volontairement par la cellule de communication du marionnettiste de l'Elysée. La gauche officielle a beau crier au voleur, elle n'est pas entendue, mais discréditée par ses atermoiements. Elle vient écouter le discours de Versailles, mais au lieu de répondre, elle s'en va. Comme les Verts et les communistes, elle aurait pu faire de son boycott une arme politique. Au lieu de cela, elle rajoute du trouble au confusionnisme ambiant. Billancourt n'existe plus mais elle continue à désespérer les enfants des ouvriers de Renault. Elle dit « respecter les institutions », pourtant, Mitterrand et Mendès-France les combattirent et les refusèrent des années durant sans que personne, à gauche, ne trouve à y redire.


En fait, la gauche se comporte avec les institutions comme avec ses valeurs fondamentales, l'égalité et la justice sociale : Elle les conserve dans la naphtaline de l'histoire, les gèlent dans la nostalgie pour mieux s'en détourner lorsqu'elle accède au pouvoir. Sarkozy les embaume pour mieux s'asseoir dessus. Que les salariés, les classes populaires, les jeunes et une partie des classes moyennes, victimes du précariat, se réfugient dans le radicalisme ou l'abstention, se détournent de la politique, personne ne s'en étonnera. Sarkozy se nourrit des abandons successifs de cette gauche-là , de ses petites et grandes trahisons, de son immobilisme et de son conservatisme. Il apparaît - et c'est un autre des traits de sa stratégie de récupération historique - comme au-delà des traditions de la gauche et de la droite, comme un passeur entre deux mondes : j'adapte d'autant mieux la France aux canons de la mondialisation libérale que je suis le seul dépositaire de l'Histoire nationale, transformée en bandes dessinées à ma gloire. Oyez, fils de la République, vous me croyez vaticaniste, je suis laïc. Oyez, fils de la Sociale, vous me croyez libéral, je suis keynesien. Oyez, les écolos, vous me pensiez productiviste, je suis le chantre du développement durable. Et ainsi de suite.


Le sarkozysme pourrit tout ce qu'il touche, car il transforme en farce l'histoire et les idéologies, produits de la tragédie humaine. Pour Sarkozy, l'Histoire, c'est un peu comme Second Life : cela ressemble à la réalité, cela a l'image de la réalité, mais elle est tellement reconstituée qu'elle se transforme en une succession d'images pixelisées sans rapport avec la réalité. Ce faisant, le sarkozysme tue ce qui restait de lien social sans faire réapparaître une histoire européenne, ni même une histoire locale. En fait, chez Sarkozy, l'histoire n'est qu'un alibi, elle n'existe pas. Elle n'est qu'un habillage, un montage désincarné. Elle ne vise qu'à annihiler l'adversaire. Elle a pourtant une deuxième fonction, démontrée par le discours de Versailles : Elle sert de présentoir, au sens propre, à un Sarkozy qui écrit la première page d'un nouveau livre à sa gloire. Avant lui, il n'y avait rien, hormis des personnages désincarnés lui servant de faire-valoir. Après lui, sans doute, il n'y aura rien non plus, sinon peut être son propre fils, donc une dynastie qu'il aurait fondée un soir de bringue au Fouquet's.



Qui n'a pas de passé, n'a pas d'avenir. Lorsqu'on joue avec l'histoire en la brûlant comme un pompier-pyromane, on atteint l'âme même du pays. On désintègre ce qui se trouve enfoui au plus profond d'une nation, son rapport aux générations passées et futures, ce qui fait sens et société, au-delà des contingences du temps présent. En fin de compte, Nicolas Sarkozy n'aime pas l'histoire. Il l'instrumentalise pour la dépolitiser, pour neutraliser ses symboles historiques. Ce nouveau syncrétisme historique est une captation d'héritage par un voleur de grand chemin.


Accepterons-nous plus longtemps de voir Blum, Jaurès, Guy Môquet, la Résistance et tous ceux qui se sont battus pour les valeurs de la République, être assassinés une seconde fois, au petit matin, par un usurpateur ?


Noël Mamère, le 29 juin 2009


P.S. 1 : La mort de Mickaël Jackson aura donné lieu à un torrent de commentaires, d'images et de condoléances sur-médiatisées. Pourquoi ce déferlement à propos d'un saltimbanque de génie qui n'était ni Mozart ni Picasso ? Peut-être parce que Mickaël Jackson était la première star de la mondialisation. Émergeant dans les années soixante-dix, il s'est épanoui comme pop star dans les années quatre vingt, avant de s'étioler dans les deux décennies suivantes. Il n'était ni complètement black, à force de se blanchir, ni complètement blanc. Il n'était ni homme complètement achevé, ni enfant puisqu'il n'a jamais connu la vie d'un enfant normal, devenu star à l'âge de cinq ans. A tort ou à raison, il avait donné l'image d'un parangon du tourisme sexuel. En fait, pour le meilleur et pour le pire, il ressemblait à un personnage sorti tout droit d'un livre de Michel Houellebecque, une sorte de tableau de l'homme moderne hors-sol, nous renvoyant l'image d'un monde virtuel de plus en plus éloigné de ses racines. Je ne suis pas Jack Lang et ne serais donc pas le chantre d'un « génie hors norme » là où je ne vois qu'un grand artiste devenu trop vite une star « globale » victime de sa notoriété.


P.S. 2 : Un autre homme est mort cette semaine, Robert Laffont. Moins connu que le précédent, il a pourtant apporté sa contribution à ce qui, au côté du féminisme et de l'écologie, restera comme l'autre révolution de la fin du XXème siècle, « la révolution régionaliste » titre de l'ouvrage qui avait contribué à le faire connaître. Les centaines de milliers de marcheurs sur le Larzac manifestaient au nom de « volem viure al païs ». Lui, il théorisa cette démarche qui, loin d'être un retour réactionnaire aux provinces du passé, appelait à une réorganisation de la vie à partir des territoires et opposait à la centralisation jacobine, l'appel girondin à une régionalisation qui se concrétisa sous le premier septennat de François Mitterrand. Les écologistes lui doivent beaucoup. Il aurait été heureux de savoir que son message allait être porté par des listes de rassemblement autour des écologistes et des régionalistes non violents de Régions et Peuples Solidaires.


P.S. 3 : A Hénin-Beaumont, le FN refait surface. Le premier tour d'une élection municipale est-il l'annonce d'un retour de la bête immonde qui a paralysé la vie politique durant les vingt dernières années ? Je ne le sais pas. Mais, ce deuxième effet Dreux devrait rappeler à la gauche, toutes affaires cessantes, qu'elle doit arrêter de s'auto-détruire pour construire un projet crédible et audible pour ceux qui se sentent abandonnés par tous les présidentiables du PS qui n'a jamais osé sortir de ses rangs des corrompus comme Dalongeville, l'ex-maire de Hénin-Beaumont qui croupit en prison. Ce PS là, est celui du déshonneur. Espérons que cette semaine sera l'occasion d'un sursaut salutaire. On a déjà donné avec un Le Pen, ce n'est pas le moment, en pleine crise, de laisser une autre prendre la succession.

Noel Mamere le 29 juin 2009
L’Histoire vue par Sarkozy, arme de destruction massive de l’im
Tag(s) : #actualités nationales

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