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Au lieu d'augmenter l'impôt pour les revenus les plus aisés, le Président de la République leur propose un nouveau produit d'épargne.

 

 


Nicolas Sarkozy a rappelé devant le Congrès réuni à Versailles sa volonté de revenir à l'équilibre des comptes publics. Un souhait qui semble particulièrement peu crédible : rarement en effet le décalage entre les déclarations et les faits n'a été aussi colossal.

 

 


Les déficits publics devraient dépasser 7% du PIB en 2009 et 2010. Autant dire que la promesse présidentielle de retour à l'équilibre sera au mieux pour la fin de son second mandat. Le président a voulu surtout rappeler que la crise ne le détournerait pas de sa volonté d'agir sur les structures pour rendre la dépense publique plus efficace et limiter la dérive des dépenses sociales.

 

 


La volonté de rigueur affichée à long terme vient ainsi excuser la dérive du court terme. En affirmant sa volonté de continuer à réduire le nombre de fonctionnaires, de simplifier l'administration territoriale, en rappelant qu'il entend poursuivre la réforme des retraites en allongeant les durées d'activité, Nicolas Sarkozy a voulu affirmer face à ses électeurs, mais aussi face à nos partenaires européens, que la France n'a pas fait une croix sur les réformes engagées depuis 2007.

 

 


A écouter attentivement son discours, on entendait également que nous n'étions pas encore sorti de la crise et qu'il fallait bien laisser jouer les stabilisateurs automatiques pour soutenir l'activité. Effectivement, le risque aujourd'hui serait de chercher à réduire les déficits de manière prématurée, alors que la reprise n'est pas du tout au rendez-vous, alors que l'économie française va continuer à détruire des emplois par centaines de milliers au cours des prochains trimestres. Toute réduction des déficits risquerait de nous précipiter dans la déflation, c'est-à-dire dans un mouvement autoentretenu de baisse des prix, des revenus et de l'emploi.

 

 


Dans ce contexte, quel jugement porter sur l'annonce d'un grand emprunt d'Etat ? Disons que cela va surtout permettre de maintenir un haut niveau de dépenses publiques sans être accusé d'être indifférent à la montée des déficits. Mais cela ne change rien au résultat : au lieu d'emprunter sur les marchés, on va s'adresser directement aux Français, mais ce seront les mêmes qui, au final, prêteront à l'Etat. Cette mesure est tout à fait cohérente pour un président de droite qui, depuis son élection, a constamment privilégié les titulaires de hauts revenus.

 

 


Nicolas Sarkozy était face à un choix très clair : il aurait pu demander un effort de solidarité aux plus aisés, ce qui aurait permis de financer une hausse des dépenses sociales au profit de tous ceux pour qui la crise ne fait que commencer. Il a choisi au contraire de réaffirmer son opposition de principe à toute augmentation des impôts, et lance un grand emprunt dont on sait qu'il sera souscrit par les plus aisés, ceux qui épargnent de toutes façons une large partie de leurs revenus et qui cherchent aujourd'hui des placements sûrs, ayant été échaudés par la chute de la bourse. On va donc emprunter aux plus riches l'argent qu'on se refuse à leur prélever, un emprunt qui devra être remboursé demain par ceux qui payent l'impôt. Nicolas Sarkozy s'inscrit ici dans la lignée des Pinay, des Giscard, en offrant une rente de plus à ceux qui ne manquent déjà de rien.



Philippe Frémeaux sur www.alternatives-economiques.fr

Tag(s) : #Economie

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