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Le vivre-ensemble à Bagnolet confisqué par les incendiaires dans la plus grande passivité des élus locaux : le soutien de Marc Everbecq à Ahmadinedjad ne sort pas de nulle part !



Jeudi 24 juin était organisé par l'AJN (Association des Jeunes de La Noue) un débat sur la double identité avec comme principal intervenant Stéphane Beaud, sociologue de renom ayant beaucoup travaillé sur les jeunes issus de l'immigration. Les affiches d'appel au débat listaient des thèmes de débat qui structurent ce problème identitaire, avec une volonté manifeste d'aborder le problème dans sa complexité.



L'introduction de Mohamed Hakem, avec sa double casquette de maire adjoint et d'ancien président de l'AJN, allait également dans ce sens d'ouverture. Mis à part celui du maire, nous ne citerons pas d'autre nom dans cet article pour ne pas semer de polémique inutile.

 

 


Tout avait plutôt mal commencé avec une exposition photo aux commentaires tendancieux et souvent provocateurs. Mais cela n'était qu'un premier aperçu « soft », de ce que devait réserver la suite de la soirée.



Tout d'abord, un film a été projeté pour « lancer le débat », étrange suite d'interviews censées présenter des « avis différents ». Il s'agissait au contraire - semble-t-il a l'insu du réalisateur présent dans la salle, qui s'est vu imposer, soit disant par manque de temps, la liste des « citoyens » à interviewer ! - une suite de propos entièrement convergents : la société française dans son ensemble aurait été de tous temps foncièrement oppressive et raciste, et les immigrés n'auraient qu'un statut, celui de victime de cette société. Seul un vieil Africain, qui avait pourtant vécu des moments très difficiles à son arrivée en France, a présenté les choses avec un vrai regard critique. Au total une bonne dizaine d'interviewés, pas une seule femme. Sans commentaire.

 



Mais le pire était à venir. Sentant probablement que le débat serait un traquenard politique, Stéphane Beaud, loin de réagir négativement à ce film caricatural, a commencé par reprendre à son compte quelques phrases du film, abondant sur la critique de la politique actuelle du gouvernement, pour arriver, avec un talent de didacticien impressionnant, à argumenter sur la complexité du problème, sur la nécessaire vision historique et sur la nécessité de proposer des pistes concrètes pour sortir de cette situation.

 

 


Il a apporté plusieurs exemples qui montraient que dans d'autres circonstances les repères identitaires ethnique ou religieux des immigrés de première ou deuxième génération s'étaient progressivement estompés au profit de repères moins communautaires : deux exemples particulièrement bien choisis ont illustré ses propos, celui des immigrés rentrés en masse dans la résistance lors de la deuxième guerre mondiale au travers des FTP-MOI et s'étant forgée par ce actions une identité française mais surtout anti-nazi et humaniste (l'impôt du sang), et celui des salariés immigrés de l'automobile des années 70, rentrés massivement dans le syndicalisme et s'étant forgée une forte culture ouvrière.

 

 


Ses interventions, pourtant toutes en nuance et appelant au débat sans jamais asséner de position tranchée, avec y compris une prise de position de désaccord avec la loi sur les signes religieux ostentatoires à l'école, ont été systématiquement contrées par des militants associatifs présents dans la salle, particulièrement une poignée d'Indigènes de la République venus mettre de la tension dans le débat. Très rapidement, après la république raciste, oppressive et colonialiste est venue l'accusation d'« islamophobie » (toujours la loi sur les signes religieux), leitmotiv habituel que cette mouvance politique partage avec les tenants de l'islam politique - également très présents dans la salle. Tout une série de propos haineux, visant non pas la politique du gouvernement, mais la république laïque : à une participante qui faisait remarquer que le kärsher et l'identité nationale, c'était la France de Nicolas Sarkozy et pas toute la France, les militants de Indigènes ont évidemment réagi pour dire que la Gauche, Part Communiste en tête, était encore pire, en prenant l'exemple d'André Gérin, maire de Vénissieux, à l'origine de la commission parlementaire sur le port du nikhab - abusivement appelée burka -.

 

 


Et c'est là que la gravité de la situation à Bagnolet peut se mesurer :


face à tous les propos haineux, y compris vis-à-vis de tout ce qui a fait l'identité de la gauche, laïcité en tête, l
es deux élus communistes présents dans la salle n'ont absolument pas cherché à ramener le débat sur le terrain idéologique, sur la citoyenneté, l'égalité des sexes ou autre valeur de la gauche.

 

 

 

 

Pire encore, ils ont pris deux fois la parole, en tout et pour tout, et uniquement pour se justifier de manière complètement défensive face aux accusations vis-à-vis du PC : ils avaient mis une personne issue de l'immigration en deuxième position sur leur liste électorale (ouf, sinon, ils ne sortaient pas vivants), et ils se démarquaient d'André Gérin (sans même préciser qu'ils étaient au moins gênés par la montée en puissance des voiles intégraux chez les femmes musulmanes !).

 

 


Il est vrai que le débat avait pris un tour tellement terroriste que cela rendait toute intervention de contre-argumentation, même mesurée, très difficile. Mais de là à « se déculotter », quand on représente la municipalité dans un débat aussi « chaud », cela en dit long sur l'état des pratiques et des réflexions politiques à Bagnolet, particulièrement sur la place dans la majorité municipale et surtout à la tête de l'administration de la ville, des pratiques communautaristes et anti-laïques.

 

 

 

 

On voit bien que le soutien passif du maire de Bagnolet et de plusieurs élus de la majorité à Ahmadinedjad, par le refus de voter au conseil municipal le vœu rédigé par toute la gauche au niveau national, n'est pas un hasard ni un accident.



Mais là où le maire et sa garde rapprochée se sont finalement trompés, c'est que les réactions commencent à se multiplier à Bagnolet, avec tout récemment ce vœu finalement voté contre son gré, et ce malgré l'appel fait à certains jeunes pour qu'ils envahissent le conseil municipal, et le tollé qu'a suscité à la fête de la ville la place de l'association musulmane fondamentaliste « Amatullah ».

 

 


Mais pour en revenir à cette soirée débat, il y a d'autres motifs d'inquiétude : comment ne pas réaliser que n'importe quel citoyen normalement constitué, même le plus progressiste et le plus tolérant, ayant assisté au débat ressent nécessairement, consciemment ou non, un malaise vis-à-vis de toute la communauté musulmane ? (on l'a bien compris, la « double identité » thème du débat a été réduite par la salle à l'identité française et musulmane). Sans parler du comportement de n'importe quel chef d'entreprise qui fait de la « discrimination ordinaire » et sera complètement conforté dans son comportement par une telle vision des jeunes issus de l'immigration ? Autrement dit, comment ne pas comprendre, quand on est responsable politique ou associatif, que de tels débats caricaturaux et haineux sont de pur générateurs de racisme, capable de ranimer un FN à l'agonie ? Comment la Parti Communiste de la laïcité et des FTP-MOI a-t-il pu tomber aussi bas dans ses analyses politiques ?

 

 


Face à cette complaisance avec les incendiaires, et pour que des  initiatives aussi louables que celle qu'a tenté l'AJN ne puissent plus être confisquées de la sorte, il est grand temps que tout ce que la ville comporte d'humanistes, d'universalistes et de militants de la laïcité et du droit des femmes s'implique dans les débats et dans la vie associative de la ville, aux côtés des associations de jeunesse, pour construire ce vivre-ensemble menacé de toutes parts.

 

Tag(s) : #Vie municipale

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