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Le co-président des Verts au Parlement européen
explique aux "Echos" que "l'incitation à consommer moins d'énergie fossile est clairement insuffisante pour les industries à forte consommation d'énergie". Par ailleurs, selon lui, "il faut se mettre dans la tête que le recours à l'énergie nucléaire ne peut pas durer indéfiniment. Son prix n'a aucun lien avec le marché réel".


C'est demain que Michel Rocard, président de la conférence d'experts sur la " contribution climat énergie", doit remettre ses propositions à Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo.



L'ancien Premier ministre préconise la mise en place, dès 2010, d'une taxe carbone s'appliquant aux énergies fossiles, mais aussi à l'électricité. Le coût serait de 32 euros par tonne de CO2 émise l'an prochain et de 100 euros à compter de 2030. La taxe aux frontières, frappant les pays ne respectant pas les normes environnementales, semble, quant à elle, irréaliste à court terme : samedi, en Suède, la plupart des pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, ont indiqué qu'elle présenterait une "vraie menace" pour le succès des négociations de Copenhague, dans quatre mois. A défaut, l'Union exige des engagements clairs des pays en développement. L'aide qui leur sera fournie en contrepartie d'un "développement économique peu polluan " pourrait atteindre 30 milliards d'euros.

 


Daniel Cohn-Bendit invite le chef de l'Etat français à ne pas reculer sur la taxe carbone.


En période de crise, créer un impôt nouveau vous semble-t-il acceptable ?


Ce n'est pas un impôt nouveau ! C'est une taxe qui rapportera 8 milliards d'euros l'an prochain et qui doit être redistribuée aux ménages et aux entreprises. Les Français doivent comprendre que la contribution climat-énergie n'est pas fatale : si vous faites des économies d'énergie, vous consommez moins et vous payez moins. C'est une mesure révolutionnaire, le début d'une transformation de l'impôt : moins imposer le travail et entrer dans l'ère de l'impôt écologique, en imposant l'utilisation de l'environnement.



Comment faut-il redistribuer le produit de cette contribution ?


C'est le plus compliqué. D'après moi, la redistribution doit se faire en fonction du niveau de vie des familles, en tenant compte du nombre d'enfants. Il est évident qu'une redistribution à un ménage au Smic doit être plus importante que pour quelqu'un qui gagne 500.000 euros par an. Il faut aller vers les revenus les plus bas, soulager ceux qui ont un trajet important pour se rendre à leur travail et ceux qui travaillent à la campagne. La contribution climat-énergie ne peut voir le jour que si elle est socialement juste et équitable.



32 euros par tonne de CO2 émise, n'est-ce pas excessif ?


32 euros, cela me paraît juste. Comme il est juste de prévenir qu'on augmentera de 5% par année. Le réduire de plus de 60% pour arriver à 15 euros serait complètement aberrant.



Craignez-vous que la montagne accouche d'une souris ?


Je ne vois pas pourquoi un président de la République qui dit "je n'ai peur de personne et en tout cas pas de mon ombre" reculerait sur cette question. Il faut tenir bon, jusqu'au bout, parce que c'est une idée juste, proposée d'ailleurs par le Grenelle de l'environnement. Et il faut, surtout, arrêter de faire le lien avec la taxe professionnelle. Ne mélangeons pas l'eau et le feu ! Ne commettons pas d'erreurs pour essayer de calmer les lobbies industriels. Ce serait avancer d'un pas et reculer de deux.



Est-il normal que les ménages soient taxés à hauteur de 32 euros alors que les entreprises le sont à hauteur de 15 euros sur les marchés des quotas européens ?


Le problème n'est pas le niveau de taxation des ménages mais celui de l'industrie à forte consommation d'énergie. C'est une contradiction importante au niveau européen, qui témoigne de la force des lobbies industriels et contre laquelle les Verts se sont déjà beaucoup battus, au niveau européen. L'incitation à consommer moins d'énergie fossile et à privilégier d'autres ressources est clairement insuffisante pour ces industries.



Mais est-il réaliste d'imposer un coût de 32 euros sur les marchés européens ?


Réaliste ou pas, c'est nécessaire. L'europe se veut à l'avant garde de la lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons la grande conférence de Copenhague en décembre. Si l'Europe n'a pas des propositions claires, nous n'arriverons plus à nous attaquer aux émissions de CO2. Si nous n'agissons pas fortement tout de suite, nous aurons des dégâts matériels liés au réchauffement climatiques qui nous coûteront beaucoup plus cher.



Pourquoi jugez-vous légitime de taxer l'électricité alors que la part issue des énergies fossiles est extrêmement minoritaire ?


Plus la consommation d'électricité augmente, plus EDF fait appel à ses centrales à charbon pour suivre la demande. C'est donc l'ensemble de la consommation d'électricité qu'il faut limiter. Par ailleurs, il faut se mettre dans la tête que le recours à l'énergie nucléaire ne peut pas durer indéfiniment. Son prix n'a aucun lien avec le marché réel : il ne tient compte ni de la construction des centrales, ni des coûts de stockage et de démantèlement, ni de l'assurance contre les risques écologiques. La situation est aberrante.



La France peut-elle mettre en oeuvre la taxe carbone sans être suivie par l'ensemble de l'Europe ?


La contribution doit être mise sur la table au niveau européen, dès cette année. Ce sera difficile - il faut l'unanimité - mais je crois qu'avec la présidence suédoise, nous pouvons y arriver. C'est ainsi que nous parviendrons à mettre en adéquation les charges pesant sur les familles et sur l'industrie à forte consommation d'énergie. Les pays les plus hostiles sont ceux qui ont un besoin évident de rattrapage économique, donc les nouveaux entrants d'Europe de l'Est. Dès lors, il est indispensable que l'Europe investisse massivement vers ces pays et leur permette de transformer leur industrie et de réduire leur dépendance au charbon. Nous devons y arriver tous ensemble.



Une taxe aux frontières de l'Europe est-elle également nécessaire ?


S'il y a une contribution climat-énergie au sein de l'Europe, elle doit exister à l'entrée en Europe. Sans cela, ça ne fonctionne pas. Dans son nouveau règlement, l'Organisation mondiale du commerce indique d'ailleurs que les contributions écologiques ne sont pas contraires au marché, que c'est une régulation légitime.

Depuis les européennes, Nicolas Sarkozy a multiplié les interventions sur le thème de l'écologie. Préoccupation sincère ou tentative de récupération ?

Je ne suis pas le "psy" personnel de Nicolas Sarkozy. S'il met en place une contribution climat-énergie qui va au bout de la logique, c'est juste. Le reste ne m'intéresse pas.



Quel jugement portez-vous sur l'état du PS après l'épisode Valls-Aubry ?


J'espère que les socialistes sont tous en vacances, qu'ils se calment et comprennent, tous, la dimension de leur crise. C'est une crise très profonde du parti socialiste. Pas seulement une rivalité de personnes mais une crise d'identité de la social-démocratie européenne.



Assommé par le résultat des européennes, François Bayrou a promis de changer sa manière de faire. Le croyez-vous ?


Qui vivra verra.



Avez-vous été en contact avec lui depuis votre accrochage ?


Non.

 

 


Europe Ecologie peut-il être un rassemblement durable ?


Je pourrais vous dire, là aussi, "qui vivra verra". C'est la grande question. La condition, c'est de continuer à être animé, dans l'année qui vient, par le même esprit de rassemblement.



Faut-il des listes écologistes autonomes partout aux régionales ?


Oui. Il faut un rééquilibrage politique à gauche et même en général. Mais cela n'est possible que si nous sommes une force réelle. La logique de l'autonomie aux régionales au premier tour me paraît évidente.


Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury et Lucie Robequain - Les Echos du 27 juillet 2009

Tag(s) : #Déreglement climatique

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