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Avocat et président de la Ligue des droits de l'homme iranienne, Karim Lahidji dénonce la situation des prisons en Iran et les pressions dont sont l'objet les opposants détenus, depuis l'élection présidentielle contestée du 12 juin.

 


Que penser de ce procès d'opposants et de "casseurs" ouvert par les autorités iraniennes ?

 

Quel procès ? Il s'agit d'une pantomime politique interprétée deux jours avant l'approbation définitive par le Guide Khamenei de M. Ahmadinejad au poste de président de la République. Le but, c'est intimider, montrer des "aveux" d'opposants politiques reconnaissant qu'il n'y a pas eu fraude à l'élection, mais une sorte de complot général contre le régime.


Contrairement à un vrai procès, les avocats n'étaient pas admis, les accusés n'ont pas été interrogés. Qui étaient-ils d'ailleurs ? On ne connaît ni leur nombre exact, ni leur nom pour l'immense majorité. C'est un mélange d'une dizaine de responsables réformateurs connus, de "casseurs" supposés, un journaliste, un chercheur. Ils font un amalgame au service d'accusations étonnantes. Par exemple, ils affirment avoir trouvé au cabinet de Mohammad Ali Dadkhah, un avocat du Centre de défense des droits de l'homme de Shirin Ebadi, des armes, de la drogue et des papiers montrant qu'il est "lié à l'étranger"...

 

Et que dire des "aveux" télévisés ! Nous assistons à une version téhéranaise des procès de Moscou. Je sais par les proches de plusieurs dirigeants réformateurs incarcérés que certains ont passé 40 à 50 jours dans l'isolement le plus complet, avec des pressions terribles, psychologiques et physiques parfois. Les arrestations ont été brutales.



Dans la voiture de l'ex-porte-parole du gouvernement Khatami, Abdollah Ramezanzadeh, il y avait du sang sur les coussins. Said Hadjarian (le théoricien des réformateurs), qui est presque totalement paralysé et ne peut marcher sans aide, a été interrogé des heures en plein soleil. Il s'est évanoui, on lui a jeté un seau d'eau glacé. Sa femme dit qu'il était très faible et pleurait quand on l'a autorisée à lui parler à travers une grille. Mohammad Ali Abtahi (ex-vice président de la République) a perdu 14 kilos. Selon les confidences de sa femme, quand elle l'a aperçu en prison elle a trouvé son comportement étrange. Il lui a dit qu'on lui donnait "des pilules". A chaque interrogatoire on leur répétait qu'il y a eu des centaines de morts en Iran et que tout est de leur faute. Certains ont fini par craquer, c'est leur vie qui est en jeu.

 


Que sait-on sur les conditions d'incarcération ?

 

On ne sait même pas exactement combien il y a de détenus et où ils sont. Un conseiller de M. Moussavi (candidat réformateur malheureux à la présidentielle) dit qu'il a identifié plus de 1 700 personnes arrêtées. Alaeddin Boroudjerdi, qui est à la tête de la commission de sécurité du Parlement, a été autorisé à aller à la prison d'Evin, samedi. Il y a recensé trente personnalités réformatrices connues, internées souvent à la section 209, cette prison dans la prison, tenue par les services secrets. Alors où sont les autres ? Il y a beaucoup de disparus, on parle, mais c'est invérifiable, de 350 morts.


 

Nous avons des témoignages édifiants. Un jeune étudiant de 22 ans, arrêté à Téhéran lors de la manifestation du 9 juillet pour l'anniversaire du soulèvement étudiant de 1999, a raconté avoir été pris par les miliciens bassidji près de l'université. Il faisait partie d'un groupe de dix personnes. Encore étourdis par les gaz lacrymogènes, on les a battus avec des bâtons électriques puis jetés, en pleine nuit, yeux bandés et menottés dans un bus. Direction : le centre de détention de Kahrizak qui vient d'être fermé. Ils ne savaient pas où ils étaient. On les a fourrés dans des containers aménagés pour cinq, ils étaient une quinzaine. En plein soleil, sans boire ni manger pendant 48 heures, avec juste une ouverture de 20 centimètres pour faire passer l'air. Et pas de toilettes. Régulièrement ils étaient interrogés, battus avec des câbles électriques. Certains ont été violés. Lui a été torturé trois fois. Plusieurs sont tombés malades. Cet étudiant dit qu'il y a eu au moins trois personnes battues à mort. Quand on l'a finalement relâché, il a été photographié et fiché et a dû signer un papier dans lequel il s'engage à ne plus manifester.


 

La communauté internationale devrait-elle se mobiliser davantage ?

 

Ce serait bien. Avant même l'élection du 12 juin, l'Assemblée générale des Nations unies avait demandé à M. Ban ki-moon un rapport sur les droits de l'homme en Iran ! Depuis, nous avons demandé avec la FIDH (Fédération des ligues des droits de l'homme) et Shirin Ebadi, si une enquête internationale impartiale ne pouvait être lancée et un envoyé spécial de l'ONU désigné. Aucune décision n'a été prise.


 

Propos recueillis par M.-C. D. Article paru dans Le Monde du 4 août 2009

Tag(s) : #actualités internationales

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