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En direct du couloir de la mort de SCI Greene / Waynesburg / Pennsylvanie / USA

MUMIA EST TOUJOURS DEBOUT POUR DEFENDRE SON INNOCENCE !



Une délégation du Collectif Unitaire National « Ensemble, sauvons Mumia » s'est rendue en Pennsylvanie du 25 au 28 juillet 2009 pour rendre visite à plusieurs prisonniers politiques. Elle était composée de trois animateurs du Collectif : Claude Guillaumaud-Pujol, universitaire et auteur d'une biographie de Mumia (1), Jacky Hortaut, syndicaliste CGT, et de Jacques Lederer, écrivain.



Le dimanche 26, elle a rencontré Mumia Abu-Jamal dans le couloir de la mort durant trois heures. Désormais, grâce à l'intervention de l’Archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, il est délivré de ses menottes lors des visites.


Sa santé est bonne (dixit Mumia) et il paraît en forme. S’astreignant à jouer régulièrement à la balle au mur dans une « cage » lui permettant seulement de voir le ciel, il a esquissé devant nous le geste du lancer, montrant ainsi son besoin immense de dépense physique.


Mumia ne se fait guère d'illusions sur le processus judiciaire actuel mais reste serein et déterminé à poursuivre le combat.

La conversation a roulé très librement sur plusieurs sujets, soit sous la forme de dialogues avec chacun des visiteurs soit collectivement. Malgré l'importance qu'il attache à l'élection du Président Obama, il se montre très lucide sur les limites possibles de son action. Il a tenu à souligner le rôle négatif de la presse et des médias dans le modelage de l'opinion publique aux Etats-Unis et dans le monde entier. Insistant sur leur baisse d’audience, il questionne : « comment faire confiance à des gens qui ne disent pas la vérité ? »


Mumia nous parle du racisme qui est « toujours là ». Il en veut pour preuve l'histoire récente du célèbre professeur d'université noir embarqué par la police alors qu'il tentait d'entrer chez lui. L'affaire a fait le tour du monde, notamment le fait que le policier a refusé avec arrogance de s'excuser. « How dare you, comment osez-vous ? » Autrement dit, comment, vous, les noirs, osez-vous exiger des excuses de nous, les blancs ? Cette phrase, Mumia l'a répétée plusieurs fois comme particulièrement typique et révélatrice du racisme encore profondément ancré dans la société américaine.


Il a remercié avec insistance tous ceux qui, de par le monde et notamment en France, soutiennent sa cause. Il a laissé éclater sa joie lorsque Jacky Hortaut lui a raconté qu’il avait déployé une banderole « Free Mumia » au sommet du Kilimandjaro, the africa’s highest point, dont il avait fait l'ascension en février dernier.


Un moment émouvant fut aussi celui où il nous a chanté une ballade de sa composition (paroles et musique) dédiée à sa femme. Il aime beaucoup le jazz, notamment Miles Davis et John Coltrane (Love Supreme, Naima...) qu'il tient pour des génies. Il nous a raconté comment, lorsqu'il était journaliste, il baignait en permanence dans cette musique qu’il qualifie « de plus grand apport du peuple afro-américain à la culture universelle ».


La visite, trois heures passées en un éclair, s'est terminée la main et le poing collés des deux côtés de la vitre qui nous séparait, puis sur le cœur pour nous remercier. Il resta debout dans son box à nous regarder jusqu’à ne plus nous apercevoir, nous qui allions retrouver la liberté, lui « Jamal AM # 8335 » qui devait rejoindre sa cellule.



Le lendemain, beaucoup plus au nord de la Pennsylvanie, non loin du lac Erie, nous rendions visite à Debbie, Janie et Janet Africa (2). Toutes les trois - ainsi que leurs maris - ont été accusées du meurtre d'un policier pendant l'assaut de leur maison, alors qu'elles tenaient leur bébé à bout de bras au-dessus de leur tête dans leur cave inondée par les lances à incendie de la police. Condamnées à cent ans de prison, elles pouvaient bénéficier d'une remise de peine au bout de trente ans à condition qu'elles se reconnaissent comme coupables. D'une seule voix, elles ont refusé de se déjuger et restent donc en prison pour une durée indéfinie.


Elles paraissent remarquablement toniques et déterminées, et continuent de défendre leurs droits dans des conditions qui, pour n'être pas celles d'une prison de haute sécurité comme celle de Mumia, n'en sont pas moins très éprouvantes. Chacune partage sa cellule avec plusieurs autres détenues et doit constamment rester sur ses gardes en raison d'abus divers de l’autorité pénitentiaire et des gardiens. Elles travaillent (50 cents de l'heure !) et se maintiennent en forme, notamment en courant régulièrement sur les pelouses. La prison est en effet un ancien campus reconverti, réalisant à l'envers la phrase célèbre de Victor Hugo : « une prison qui ferme, c'est une école qui ouvre ».


Elles, non plus, ne tarissent pas de remerciements pour les soutiens qu'elles reçoivent. Elles nous ont demandé de les transmettre à toutes celles et à tous ceux qui militent pour leur libération, pour l'instauration d'une justice équitable et pour l'abolition de la peine de mort.



De passage à Philadelphie, nous avons eu également une courte mais chaleureuse rencontre avec Pam Africa, porte-parole de MOVE et des soutiens à Mumia.




(1) biographie publiée aux Temps des Cerises « Un homme libre dans le couloir de la mort » … vous pouvez la commander : règlement par chèque (12 €uros) à MRAP solidarité MUMIA 43 Bd de Magenta 75010 Paris.



(2) Debie, Janie et Janet sont membres de Move, une petite communauté combattant âprement le racisme et les injustices, et défendant des valeurs de respect des droits humains, sociaux et écologiques. Le journaliste Mumia Abu-Jamal a pris fait et cause pour cette communauté victime d’une féroce répression policière à la fin des années soixante dix et début quatre vingts. Depuis la condamnation à mort de Mumia, c’est toute la communauté Move qui s’est engagée dans le combat pour sa libération.

Tag(s) : #Droit de l'Homme

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