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Par Noël Mamère, Député de Gironde - 29/04/2013

 

A peine la fête du « mariage pour tous » terminée, la gauche retombe dans la morosité. Le lendemain de cette victoire, que personne à droite n’osera remettre en cause, la commission des lois de l’Assemblée rejetait la proposition de loi du Front de Gauche visant à amnistier les syndicalistes et militants associatifs condamnés sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

 

Annoncée par voie de presse sans aucune concertation avec sa majorité, la décision du gouvernement ne peut que susciter, une fois de plus, la colère de celles et de ceux qui, durant cinq ans, ont subi les conséquences des choix politiques du sarkozysme.

 

Oubliés Continental et Xavier Mathieu, oubliés les faucheurs OGM, oubliés les militants de Réseau éducation sans frontières (RESF)… Tous ceux-là se sont retrouvés assimilés, de fait, aux voyous homophobes d’extrême droite dévoyant les manifestations contre le mariage pour tous. Parce que c’est bien le prétexte qu’a osé invoquer le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, pour annoncer le bon vouloir du Prince.

 

Hollande désespère PSA-Aulnay et Goodyear

 

Alors que la majorité sénatoriale avait voté ce texte, moyennant d’ailleurs une réduction a minima de ses objectifs, le gouvernement a effacé ses parlementaires en leur infligeant une nouvelle humiliation dont ils risquent de se souvenir durablement.

 

Cette décision n’honore pas ses auteurs. L’amnistie est une tradition démocratique. François Mitterrand se l’était d’ailleurs appliquée à lui-même, en 1981, lorsqu’il avait fort opportunément arrêté les poursuites contre les militants des radios libres. Il était alors poursuivi pour un acte de désobéissance civile caractérisé : l’organisation, avec Laurent Fabius et quelques autres, d’une émission illicite de « Radio Riposte » au siège du PS… Autres temps, autres mœurs.

 

Dans sa volonté affichée de ne rien faire pour ne pas déplaire au Medef et d’imposer sans coup férir son orientation politique social-démocrate, François Hollande revient sur ses engagements, les uns après les autres. Ce faisant, il se rapproche chaque jour un peu plus d’un piège qui pourrait bien se refermer sur lui dès les élections municipales et européennes de 2014.

 

La droite ne se satisfera jamais assez de ses reniements, la gauche votera avec ses pieds, comme elle l’a déjà fait en 2002, lorsque Lionel Jospin désespérait sa base sociale avec son fameux : « Mon programme n’est pas socialiste. » Aujourd’hui, de la même manière, François Hollande désespère PSA-Aulnay et Goodyear.

 

Le peuple de gauche et de l’écologie déchante

 

Comment expliquer à des ouvriers dont le patron ferme l’usine pour délocaliser et faire plus de profits qu’ils sont en plus des délinquants ?

 

Comment expliquer qu’on a embauché Cahuzac et que l’on soutient ceux qui débauchent les délégués syndicaux des entreprises dont les patrons touchent des retraites chapeaux, des salaires mirobolants ou des stocks-options ?

 

Comment expliquer qu’on continue à faire la même politique de répression contre les sans-papiers ou les Roms et que l’on ne revient pas sur les condamnations prononcées contre les parents et les enseignants qui se sont opposés aux expulsions des enfants d’immigrés dans les écoles ?

 

Comment expliquer que l’on maintienne un statut quo sur les OGM, mais que ceux qui ont osé dénoncer cette arme de destruction massive de notre agriculture soient toujours des justiciables à la merci de Monsanto et consorts ?

 

L’électorat de François Hollande croyait, à tort, que « le changement c’est maintenant ». Il pensait, à tort, que l’on reviendrait, au moins sine die, sur la répression caractérisée des mouvements sociaux dans laquelle s’étaient spécialisés Brice Hortefeux et Claude Guéant.

 

Un an après, le peuple de gauche et de l’écologie déchante. Il constate avec amertume que, non seulement, la continuité l’emporte sur le changement, mais que ceux qui se sont battus sur le terrain pour que ça change vraiment sont considérés comme des pestiférés par le pouvoir qu’ils ont élu, au moins au second tour des élections présidentielles.

 

François, n’oublie pas ceux d’en bas

 

Si ce rejet de l’amnistie sociale perdurait dans les prochaines semaines, il renforcerait la défiance, le fossé, le mur invisible qui est en train de se construire entre le gouvernement et la gauche sociale, associative ou politique. Il illustrerait la stèle qu’ont fait construire les syndicalistes de Florange aux « promesses non tenues de François Hollande », érigée symboliquement à côté de celle de Nicolas Sarkozy.

 

Refuser l’amnistie aux justes du combat social, serait un mauvais signe de plus. Il renforcerait à coup sûr ceux qui estiment que depuis le début de son quinquennat, François Hollande impose à la gauche une politique qui n’est pas la sienne et à laquelle elle n’a pas souscrit.

 

Je te le dis fraternellement, François, n’écoute pas seulement la promotion Voltaire et les sirènes du CAC 40. N’oublie pas ton camp, n’oublie pas ceux qui t’ont élu, n’oublie pas les invisibles, les hussards de la République, les résistants du mouvement social, ceux que l’on va démarcher le temps d’une campagne et que l’on snobe, une fois arrivé au pouvoir. N’oublie pas ceux d’en bas.

 

Et si le Président n’écoute pas, alors chers collègues députés socialistes, joignez vous à nous, députés écologistes et Front de gauche, votez pour la justice, votez pour l’amnistie des syndicalistes, des militants associatifs, votez pour vos convictions. Retirez vos brodequins, enlevez vos godillots, n’ayez pas peur, soyez vous même.

 

A la veille du 1er Mai, rappelez-vous des condamnés de Chicago qui ne furent pas amnistiés et dont le combat pour la journée de huit heures donna lieu à la création de la Journée internationale des travailleurs. Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, August Spies : « Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui. »

 

Tag(s) : #actualités nationales

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