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Noël Mamère, Député de Gironde le 8 juillet 2013

 

D’un mal, il faut toujours tirer un bien ! L’éviction brutale de la ministre frondeuse a sorti l’écologie des oubliettes et relancé le débat récurrent sur le sens de la présence des écologistes au gouvernement.

 

Si la baisse du budget du ministère de l’Ecologie n’est pas l’alpha et l’oméga d’une politique écologique, son recul sensible agit comme le révélateur de choix gouvernementaux bien éloignés des promesses de transition écologique : l’obsession de la la gestion comptable, une vision réduite à la baisse des dépenses publiques et à la croissance comme horizon indépassable.

 

En osant se révolter pour défendre un budget en capilotade, Delphine Batho a ouvert une crise politique qui couvait depuis quelques mois et a doublé la mise au cours de sa conférence de presse en dénonçant les lobbies qui font pression au cœur de l’Etat.

 

Mox, gaz de schiste et « Ayrauport »

 

A mon grand étonnement, peu de commentateurs se sont émus de cette juste dénonciation, oubliant que Nicole Bricq avait été « remerciée » sur injonction du lobby pétrolier ; aucun ne s’est souvenu des déclarations d’Eva Joly et de quelques-uns d’entre nous dénonçant l’intervention de ces lobbies de l’énergie dans la signature de l’accord Verts/PS, de novembre 2011.

 

A l’époque, ce n’était pas Vallourec mais Areva qui avait imposé au PS de retirer un paragraphe sur le combustible nucléaire Mox.

 

Troublés et choqués que le PS puisse être aussi servile et soumis au lobby nucléaire, nous avions vu là un très mauvais signe pour l’avenir de nos relations et, surtout, une atteinte à la démocratie… Les intérêts bien compris des deux partis pour les législatives et la présidentielle avaient permis de trouver un compromis bâtard !

 

Comme on pouvait s’y attendre, ces mêmes lobbies sont repartis à l’offensive dès l’élection de François Hollande. Si la directrice de cabinet de François Hollande, épouse du patron du leader mondial des tubes sans soudure utilisés pour l’exploitation du gaz de schiste, a été mentionnée par Delphine Batho, celle-ci n’a pas rappelé le rôle particulièrement nocif d’Arnaud Montebourg dans le rappel régulier des bienfaits du même gaz de schiste et du nucléaire, ni celui du Premier ministre dans son entêtement sur Notre-Dame-des-Landes.

 

Malgré des oublis fâcheux, comme sa signature récente d’un décret autorisant le chargement en Mox de deux réacteurs de la centrale du Blayais (Gironde), Delphine Batho fait clairement apparaître le poids démesuré de ces réseaux dans notre démocratie.

 

Hollande va se « reverdir »... un peu

 

Qui dirige la France, EDF ou des représentants élus démocratiquement ? Qui décide de l’avenir de nos enfants ? Bouygues ou le Parlement ? C’est aussi à la question démocratique que devront répondre les écologistes, en faisant un bilan d’étape de leur présence au gouvernement lors des journées d’été de Marseille.

 

Face au poids considérable des conflits d’intérêts qui minent notre démocratie, il faut remettre la pyramide républicaine sur ses pieds. Cette séquence laisse un goût amer à tous ceux qui ont crû aux promesses électorales de François Hollande, réaffirmées l’automne dernier lors de la Conférence environnementale.

 

Même si celui ci va tenter dans les prochaines semaines de se « reverdir » un peu pour faire oublier le calamiteux épisode Batho, il serait naïf de croire qu’un tournant écologique sera donné au quinquennat ; tout juste le cap sur la rigueur sera-t-il repeint en vert… Ce qui risque, de surcroît, d’éloigner encore un peu plus les classes populaires de l’écologie.

 

La liste des trahisons de l’esprit du Bourget

 

Là aussi, il faut entendre ce que dit Delphine Batho : le tournant de la rigueur prépare la marche au pouvoir de l’extrême droite. Il ne sert à rien de demander aux écologistes de serrer les rangs derrière les maires PS, pour les sauver de l’échec aux municipales en jouant sur la diabolisation du FN si, dans le même temps, on crée les conditions de la montée de Marine Le Pen et de ses amis par des contre-réformes.

 

Des retraites aux attaques contre les services publics, du refus des investissements dans les emplois verts aux accords sur l’emploi à la sauce Medef, la liste est longue des abandons, des renoncements, des trahisons de l’esprit du Bourget.

 

Alors, sommes-nous utiles en restant encore quatre ans dans ce gouvernement ? J’ai souvent posé la question durant cette première année, jouant pour mes amis le rôle de Cassandre. Je n’ai pas de réponse définitive, mais je sais que les groupes parlementaires, les élus locaux et régionaux et les militants d’EELV, doivent maintenant affirmer le cap de l’écologie politique.

 

Le Hollandisme, qui dissout l’écologie

 

Nous devons arrêter de dissoudre l’écologie, chaque jour un peu plus, dans le Hollandisme, ce mélange sirupeux de gestion dure de la rigueur et de synthèse molle avec les groupes qui nous sont les plus hostiles, tels les pétroliers, le lobby nucléaire, l’agroalimentaire ou le BTP. Il ne s’agit pas de jouer à plus à gauche que moi tu meurs, mais de retrouver sa capacité d’autonomie en étant à la fois plus écologiste, plus éthique, plus social et plus démocratique… Et de le faire savoir haut et fort.

 

Ce sera alors à François Hollande de dire si les écolos lui sont plus « utiles » au gouvernement qu’à l’extérieur. Plus de paroles, nous voulons des actes. Maintenant.

 

Tag(s) : #actualités nationales

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