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Par J. Bové / D. Cohn-Bendit / R. Harms, députés européens écologistes.


Même si les Verts et la gauche radicale s'étaient prononcés contre, le Parlement européen a voté ce mardi, et pour la première fois de son histoire, un budget en baisse pour l'Europe sur la période 2014-2020. Que reste-t-il des ambitions nationales pour l'Europe ? C'est la question que posent José Bové, Daniel Cohn-Bendit et Rebecca Harms, députés européens. 

 

Il fut un temps où l'on disait : "Le roi est mort ! Vive le roi !"

 

C'est dans la même veine conservatrice que s’inscrivent les grandes tragédies des nations européennes sur le budget de l'Europe.

 

Pour la première fois dans son histoire – en vertu du dernier Traité –, le parlement européen pouvait s’écarter de "la tradition" sans pour autant faire mourir l’Europe, au contraire. Mais les forces politiques majoritaires (conservateurs, socialistes et libéraux) se sont bien gardées de rompre avec cette tradition en adoptant le cadre financier des sept prochaines années proposé par les gouvernements européens.

 

Chacun des pays membres veut récupérer ses billes

 

Restriction budgétaire oblige, direz-vous.

 

Mais avant de s'enfermer dans le dogme de le l'austérité budgétaire, peut-être serait-il sensé de cerner un peu mieux les enjeux.

 

Tout d'abord, le fameux budget européen ne correspond qu'à 1% de la richesse européenne.

 

Pour se faire une idée, la part de la richesse utilisée par le budget central des États fédéraux est de 10 à 20%. Ce dernier pourcentage est celui du budget fédéral américain actuel dont l’augmentation substantielle s’est produite au moment de la crise de 1929 quand Roosevelt a voulu sortir son pays de la Grande Dépression.

 

Mais en Europe, c’est "l’exception culturelle" qui prévaut ! On décide donc de réduire le budget communautaire en période de crise (plus de 6 % de baisse par rapport à 2013) pour faire en sorte que chaque nation puisse reprendre ses "billes". Après tout, le budget de l’Europe, qui est censée nous sortir de la crise et fonctionner à 28 pays, est à peine trois fois inférieur au budget nécessaire pour faire fonctionner la France ! De quoi se plaindrait-on ?

 

Où sont passées les ambitions nationales pour l'Europe ?

 

Certains rétorqueront que, après tout, ce sont les États qui demeurent responsables des politiques sociales, de l'éducation, de la politique étrangère, de la défense. Et qu'il est par conséquent normal que leur budget soit sans commune mesure avec celui de l’Europe. En d'autres mots : "Vu ce que fait l'Europe, ce serait le comble d'en augmenter le budget !" Sous cet angle, le ralliement de tous les gouvernements et du parlement européens à la position budgétaire du Britannique David Cameron et de la nation hollandaise peut presque paraître décente.

 

Si, en effet, certains considèrent que le projet d’union européenne n’apporte aucune valeur ajoutée au rôle des États, il devient logique qu’on ne puisse prétendre à une augmentation substantielle de son budget. Quant à l'idée – inscrite dans les traités – de recourir à des ressources proprement communautaires pour alimenter le budget européen, elle devient en conséquence totalement saugrenue.

 

De ce point de vue, le projet européen n'a pas pour vocation de réaliser la reconnaissance effective des droits fondamentaux de tous les Européens – notamment économiques et sociaux –, autrement dit d'actualiser l'idée d'une démocratie européenne post-nationaliste. Une telle compréhension du projet européen imposerait évidemment aux nations européennes de renoncer à leur guerre économique et fiscale mais également d'élaborer des mécanismes de solidarité pour rétablir, entre autres, les déséquilibres macro-économiques.

 

En résumé, si tous les États européens s'accordent sur le projet britannique européen qui a au moins le mérite d’avoir sa propre cohérence, alors le budget qui vient d'être adopté est à la hauteur de sa non-ambition politique.

 

L'Europe doit être un moteur politique, pas un rouage de la mondialisation

 

Et nous dirions même qu’il est en parfaite adéquation avec la présomption de supériorité morale des dirigeants britanniques qui n’ont pas jugé utile de se lier à la Charte des droits fondamentaux ("infestée" de droits économiques et sociaux) pour garantir l’application de droits universels à leurs concitoyens. Ce n’est d'ailleurs pas un hasard si Monsieur Cameron s'en prend régulièrement à "l'ingérence" de la Cour européenne des droits de l'Homme dans ses affaires intérieures.

 

Autrement dit, si la finalité du projet d’Union européenne est simplement de s'arrimer à la concurrence mondiale sans chercher à la réguler en fonction des exigences démocratiques proclamées par les traités – dont celui d’égalité –, alors force est de reconnaître que tout se tient : le rabais britannique imposé par Thatcher ainsi que les autres rabais des nations qui savent s’imposer et, bien entendu, le plafonnement global du budget à 1,23 % de la richesse européenne décrété à la fin des années 80 au nom de la discipline budgétaire et inséré dans le traité de Maastricht.

 

Par conséquent, si l’on s’intéresse à la généalogie du budget européen, l’on constate que les leaders européens de ces dernières décennies y ont vu le simple accessoire de leurs politiques nationales sans envisager d’en faire le moteur de politiques européennes ambitieuses.

 

Ce déni du projet politique d’Union européenne que traduit la maigreur du budget communautaire est d’autant plus évident que la règle de l’unanimité au sein de l’organe représentant les États (le conseil) constitue le meilleur moyen d’entraver à la fois son augmentation et son alimentation par des ressources indépendantes des nations.

 

Inutile dès lors de chercher à comprendre pourquoi l'Europe ne fait pas de politique et pourquoi elle apparaît souvent comme un simple rouage de la mondialisation...

Tag(s) : #actualités internationales

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