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josebove

 

INTERVIEW – Avec le groupe européen écologiste, José Bové a saisi lundi matin les autorités européennes sur le scandale autour de la viande de cheval ayant remplacé du bœuf dans des plats cuisinés. Il explique au JDD.fr pourquoi "Paris ne peut pas agir à son niveau".

 

Le scandale autour de la viande de cheval révèle-t-il des carences au niveau européen ?

Il n'y a aujourd'hui aucune obligation de signaler l'origine des viandes dans l'étiquetage des plats cuisinés. Par ailleurs, quand les transformateurs utilisent un produit, ils ne doivent effectuer aucune analyse ADN pour vérifier qu'il s'agit du produit indiqué. Il y donc clairement un manque de législation concernant la traçabilité.

 

Le système n'est-il pas assez efficace en termes de lutte contre la fraude ?

Le vrai problème vient de l'organisation de la chaîne alimentaire, qui en devient infernale. Celle-ci est beaucoup trop longue, avec un nombre démesuré d'acteurs. Sur le cas de cette viande de cheval incriminée, il y a vraisemblablement entre deux et trois intermédiaires entre le producteur et le distributeur. On est dans du business, où il s'agit de faire des marges de plus en plus importantes. Il y a une très forte pression de la grande distribution sur les transformateurs puis les producteurs afin qu'ils baissent sans cesse leurs prix. Cette spirale aux ingrédients les moins chers a des conséquences pour les éleveurs et, comme on peut le voir avec ce scandale, sur le consommateur.

 

Michel Barnier affirmait lundi sur Europe 1 qu'"il faut mettre la lumière sur des gens qui n'aiment pas trop cela". Il évoquait alors les traders qui spéculent sur la filière viande

N'importe qui peut être trader de n'importe quoi. Il faut sortir de la logique de financiarisation du marché, car c'est là que s'organise le système mafieux autour de l'alimentation. Des traders se retrouvent à organiser des marchés sans connaître les produits. Ce sont sur leurs marges qui permettent des fraudes à très grande échelle. Il y a une nécessité à la transparence.

 

Une réunion gouvernementale française se déroule lundi après-midi. Qu'en attendez-vous ?

Pour moi, cette affaire est européenne et Paris ne peut pas agir à son niveau. Avec mes collègues du groupe écologiste européen, nous avons saisi lundi matin les commissaires européens que sont Dacian Ciolos (Agriculture), Michel Barnier (Marché intérieur) et Tonio Borg (Santé et consommation), ainsi que le service des fraudes de l'Union, l'Olaf. Ils doivent mettre en œuvre des modifications de réglementation et une politique précise sur l'étiquetage.

 

Le risque sanitaire n'est pour l'instant pas évoqué dans ce scandale. Cette affaire risque-t-elle de jeter l'opprobre sur les producteurs de viande de cheval ?

A priori, il n'y a pas de problème de santé. Mais il faut comprendre pourquoi nous nous trouvons dans cette situation. Depuis deux ans, la Roumanie a multiplié par trois le nombre d'abattage de chevaux à des fins alimentaires. Cela a entraîné un effondrement des prix dans ce secteur, faisant de la viande de cheval un des meilleurs rapports quantité/prix. C'est ça qui a poussé des fraudeurs à remplacer du bœuf par du cheval.

 

Comment expliquer ce phénomène ?

En 2010, la Roumanie a voté une loi interdisant la circulation des chevaux sur la voie publique. Il y avait - il y a encore - beaucoup de chevaux de trait sur les routes. Beaucoup de bêtes ont été abandonnées, la plupart ont été vendues aux abattoirs. Ces chevaux de trait, qui ne sont donc pas élevés pour leur viande, peuvent avoir été traités avec des produits pharmaceutiques qui sont interdits dans l'alimentation humaine. Pour l'instant, les Britanniques (les seuls à avoir rendu les premières conclusions de leur enquête, Ndlr) n'en ont pas trouvé de trace. Mais je ne peux pas écarter l'hypothèse qu'il y ait de la possible présence de produits nocifs dans la viande.

 

Gaël Vaillant - leJDD.fr

 

lundi 11 février 2013

 

Tag(s) : #L'Europe

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