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Noël Mamère, Député de Girondele 16/09/2013

 

Je suggère que le prochain congrès d’Europe écologie-Les Verts décide de compléter le drapeau de cette formation politique avec le dessin de ce petit animal qu’il est si difficile de digérer : la couleuvre.

 

Pour ce qui est de la semaine dernière, cet entremets a réussi à indisposer les plus endurcis… Même si les responsables écologistes ont l’estomac entraîné à déglutir sans broncher.

 

Cette fois, le choc a été si rude que même un de nos deux ministres – grande première – a réagi pour faire part de son insatisfaction sur le fond et la forme. Nous avons eu droit, il est vrai, à un show « hollandais » qui en dit long sur l’orientation réelle du quinquennat. Jugez-en :

 

- d’abord le report du texte sur la transition énergétique prévu pour cet automne ;

- ensuite l’abandon de la fiscalité écologique et de la taxe diesel promises par Philippe Martin au cours des Journées d’été des écologistes, qui passeront dans l’histoire comme de nouvelles Journées des dupes ;

- enfin, l’abandon au début du mois de l’écotaxe pour les poids lourds.

 

Cherche-t-on à tester nos « lignes rouges » ?

 

Ce ne sont plus des couleuvres mais un boa que veulent nous faire avaler les deux têtes de l’exécutif. Pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin ? Nous avons assisté ce lundi sur France Inter, au grand retour des deux feuilletons préférés de M. Montebourg : le nucléaire et la recherche sur les gaz de schiste. Tout se passe comme si on cherchait à tester les « lignes rouges » des écologistes en utilisant la stratégie du yoyo pour enfumer des partenaires que l’on estime plus sensibles aux places qu’ils occupent qu’aux convictions qu’ils défendent.

 

Il est vrai qu’à force de menacer, entre rodomontades et coups de mentons, de poser des ultimatums non suivis d’effets, les écologistes ont affaibli leur crédibilité auprès d’un exécutif blasé et d’une opinion sceptique. La dernière intervention de notre secrétaire national, Pascal Durand, renforce ce sentiment :

 

soit il ne se passe rien dans les « six jours », et les Verts apparaissent une fois de plus comme des Tartarins impuissants ;

soit le gouvernement cède et sape sa propre crédibilité.

 

Le scénario probable est malheureusement connu d’avance. En proposant dimanche soir un crédit d’impôt sur la rénovation thermique des bâtiments et en réaffirmant qu’il introduirait – sans donner de calendrier – une contribution climat-énergie, le Président a déjà fait le job.

 

Hollande et Ayrault, majordomes de patrons

 

Bien sûr, lors de la prochaine Conférence environnementale, il aura des paroles apaisantes, il se lancera dans une ode à l’écologie pour mettre un peu de baume au cœur de responsables et de militants qui se sentent une fois de plus floués et pris pour des imbéciles… Et il maquillera d’une ou deux concessions, (comme le maintien du budget de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) ou d’autres médailles en chocolat…), la réalité de la continuité entre sa gestion de l’environnement et celle de son prédécesseur.

 

Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Sarkozy, l’avait dit, avec sa franche brutalité et sa vulgarité naturelle : l’environnement, ça suffit ! François Hollande le dit à sa manière, avec de la ouate et des roses, tout en douceur. Mais c’est le même refrain.

 

Nous avons fait collectivement une erreur : celle de ne pas avoir su entendre Delphine Batho lorsqu’elle a été virée du gouvernement en disant tout haut ce que tout le monde sait depuis le début du quinquennat : les lobbies sont tout puissants à l’Elysée et à Matignon. Ils distribuent les cartes et imposent leur vision du monde. Le Président et le Premier Ministre ne sont même pas les présidents des patrons, mais leur « majordome », pour reprendre le titre du film sorti la semaine dernière.

 

Il semblerait que ce choix contre l’écologie soit guidé par la volonté de calmer les électeurs qui s’apprêtent à voter en masse pour les candidats de Marine Le Pen. Si telle est la raison, les socialistes perdront les élections et le reste de leur âme. Il y avait pourtant une voie d’avenir, avec un projet reposant sur la « sociale-écologie », ce compromis social-démocrate qui permet de construire l’avenir sans matraquer les salariés et qui s’adosse à la grande réforme fiscale, (inspirée notamment de Thomas Piketty) promise par le candidat Hollande.

 

Si le Président sacrifie l’essentiel, la santé et l’environnement, sur l’autel d’une croissance productiviste autour de l’automobile et du nucléaire, il aura perdu le soutien des écologistes, sans gagner pour autant celui d’une opinion qui ne croit pas en la sortie du tunnel, bobard qu’on lui raconte depuis Raymond Barre.

 

EELV, le doigt dans un engrenage fatal

 

Europe écologie-Les Verts est maintenant attendue au tournant. S’il est vrai qu’en politique on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens, ce théâtre d’ombres ne pourra pas durer aussi longtemps qu’un quinquennat. Existe-t-il un plan B ? Ce n’est pas certain.

 

Les écologistes ont mis le doigt dans un engrenage fatal : s’ils restent, ils sont les dindons de la farce, s’ils partent, ils se confinent dans un splendide isolement où ils cherchent une alliance improbable avec un Front de Gauche lui-même divisé entre un PC pro-nucléaire et un Mélenchon aux foucades imprévisibles.

 

Il nous faudra pourtant procéder au bilan de notre participation au gouvernement. Nous n’avons pas été capables de tirer les leçons de la gauche plurielle sous Jospin, faute d’avoir su négocier la seule chose qui nous aurait permis de sortir de cette situation de dépendance au PS : la proportionnelle. La situation que nous vivons produit déjà des fractures importantes à EELV, devenu parti de gouvernement et syndicat d’élus préservant leurs intérêts politiques. Mais demain, après les bérézina des municipales et des européennes, le brouet n’aura plus le même goût et le réveil sera rude.

 

Instrumentalisée « à l’insu de son plein gré »

 

Une fois de plus, l’écologie aura été instrumentalisée « à l’insu de son plein gré », pour quelques strapontins. Une fois de plus, elle devra se relever. Sans doute y parviendra-t-elle, mais avec une nouvelle génération. Pour l’immédiat, les parlementaires écologistes n’ont qu’un espace politique limité et une ardente obligation : se battre pied à pied sur le budget pour obtenir plus que des concessions, mais je crains que cette bataille ne soit perdue d’avance.

 

Pour ma part, n’ayant pas d’enjeux au prochain congrès, ne visant aucun poste, je me déciderai en mon âme et conscience, en fonction des intérêts de la France, de la planète et de l’écologie.

Tag(s) : #Economie

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