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Interview par Laure Equy sur www.liberation.fr

 

Le coprésident du groupe écologiste au Parlement européen réagit à la polémique autour de la sortie anti-Merkel de Bartolone et du PS et appelle à «établir un nouveau rapport de forces en Europe» au-delà du tête-à-tête franco-allemand.

 

 

Qu’avez-vous pensé de la polémique autour des formules anti-Merkel du texte du PS et des déclarations de Claude Bartolone appelant à une «confrontation» avec Berlin ?

 

L’erreur est de jouer cette «confrontation» comme un tête-à-tête entre la France et l’Allemagne. L’austérité ou la responsabilité budgétaire, ce n’est pas seulement le choix de l’Allemagne mais aussi des Pays-Bas, de la Finlande, de la Suède, etc. Si François Hollande avait refusé le budget européen, il aurait organisé cette confrontation avec ces pays et avec David Cameron, mais il n’a pas mis son veto [Le budget pour la période 2014-2020 a été voté le 8 février et entérine une cure d’austérité pour l’UE. Berlin et Londres, notamment, ont obtenu une baisse des moyens de près de 11%, ndlr]. L’erreur de Bartolone et du PS est de faire comme si on était obligés de se soumettre à cette politique européenne et à la volonté d’Angela Merkel.

 

L’austérité que subit l’Europe n’est-elle pas encouragée par l'Allemagne, au premier chef ?

 

Dire «c’est Merkel», c’est lui donner un pouvoir qu’elle n’a pas, par définition. La chancelière a réussi un tour de passe-passe incroyable en affirmant à son pays : n’ayez pas peur de l’euro car l’euro est allemand. Politiquement, on peut dire que c’est faux, mais tactiquement reconnaissons que c’est un coup de maître ! Mener ce débat est donc juste mais le PS, en s’en tenant à cette confrontation stérile, tombe un peu dans la fainéantise intellectuelle. Le PS et le gouvernement français doivent plutôt expliquer quelle est sa stratégie et quels sont ses alliés. Il faut élargir le champ.

 

Au risque de braquer l’Allemagne ?

 

Elargir ce n’est pas agir contre l’Allemagne mais établir un nouveau rapport de forces en Europe. En refusant le budget européen, Hollande aurait obligé Merkel, la Finlande, les Pays-Bas à bouger. Mais à l’opposé, les Espagnols, les Italiens, les Grecs aussi auraient dû évoluer. Je reproche à François Hollande de ne pas chercher à élever le débat européen.

 

Et quelle peut être la «stratégie» alternative à l’austérité ?

 

Une politique de responsabilité budgétaire est défendable mais seulement si une autre politique se développe parallèlement. L’Europe doit prendre l’initiative d’une croissance «soutenable» ou «intelligente», et engager la transition écologique. Mais pour cela, il faudrait un autre budget européen.

 

Vous avez dénoncé, en février, un «budget rétrograde, conservateur» qui «ne correspond pas à la nécessité de relancer l’économie par l’Europe». Les Vingt-Sept pouvaient-ils se permettre un budget plus important ?

 

Résumons le problème : si on augmente le budget européen, on augmente aussi les contributions nationales. Donc il faut, dans cette période particulière de transition, dire que les contributions nationales sont soustraites du déficit. Et il faut reprendre l’idée de la Commission européenne sur la taxe sur les transactions financières, défendue aujourd’hui par onze Etats de l’UE : il s’agit de consacrer les deux tiers du produit de la taxe à réduire les contributions nationales et l’autre tiers serait versé directement au budget européen.

 

Pourquoi les réactions sont-elles si inflammables dès lors qu’on critique l’Allemagne et la politique d’austérité en Europe ? Le procès en germanophobie contre le PS est-il mérité ?

 

Il faut changer la politique européenne mais attention à ne pas réveiller de vieux démons. C’est facile et pas très malin de jouer sur un affect que l’on croyait depuis longtemps refoulé. Encore une fois, les arguments sont valables mais la forme les falsifie.

 

Depuis la France, l’Allemagne est vue soit comme un modèle soit comme un repoussoir. Pourquoi n’arrive-t-on pas à placer le curseur ?

 

L’un et l’autre sont évidemment trop schématiques. Mais par exemple, ce qui a joué dans le dynamisme de l’économie allemande, c’est de passer de 2 à 22% d’énergies renouvelables en dix ans, avec toutes les modernisations que cela a engendré. La politique de l’Allemagne n’est pas un bloc de marbre, on peut choisir des éléments du modèle.

 

Tag(s) : #L'Europe

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