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Noël Mamère, Député de Gironde

 

Le suicide de Dominique Venner, idéologue de l’extrême droite, face à l’autel de Notre-Dame devant 1 500 fidèles, n’a rien de banal. Il doit être interprété comme un geste politique et calculé de la part d’un homme qui ne se supportait plus dans une époque qui n’était déjà plus la sienne depuis bien longtemps.

 

Cet acte, commis quelques jours avant la dernière manifestation contre le mariage pour tous, s’ajoute à la montée en puissance d’un néofascisme de terrain qui est en train de gangréner une bonne partie de la droite française.

 

Un ex-OAS, païen pratiquant

 

Dominique Venner était au carrefour de trois courants qui convergent aujourd’hui pour créer les conditions d’un contre-mai 68 rampant :

 

- les « nostalgériques » de la colonisation. Anciens de l’OAS, enracinés dans le Sud de la France, ces militants considèrent non seulement que le bilan de la colonisation est positif mais qu’il s’agit maintenant de combattre pied à pied « ceux qui nous envahissent ». De Perpignan à Nice, de Suresnes à Toulon , des dizaines de villes refusent d’appliquer la loi sur le 19 mars 1962, et laissent s’installer plaques de rues, stèles et musées à la gloire de l’OAS et de l’Algérie française ;

 

- les identitaires. Ce groupe exalte l’identité française, voire régionaliste, contre ceux qu’il accusent de vouloir contaminer la nation française. Les identitaires estiment que la France doit se défendre pour préserver son sol de « l’invasion » islamique. Ils recrutent notamment chez les jeunes ;

 

- les cathos intégristes et nationalistes, qui cherchent dans les racines de l’Europe judéo-chrétienne le moyen de redonner une mission civilisatrice à la France éternelle. La France des beaux quartiers et des terres traditionalistes, comme la Vendée, constitue leurs bases territoriales. Ils s« organisent à travers les phalanges du “ Printemps français ” ou de Civitas.

 

Dominique Venner était un ancien soldat de l’OAS, créateur de mouvements et penseur de l’extrême droite moderne identitaire. Païen pratiquant, il admirait cependant la civilisation judéo-chrétienne. Son sacrifice, dans la lignée des écrivains d’extrême droite, comme Drieu la Rochelle ou Mishima, fait de lui le martyr de ces trois courants réactionnaires, les plus virulents et les plus organisés.

 

Pas de place pour l’Autre

 

Dominque Venner a d’ailleurs justifié son geste dans sa lettre testament, où il écrit :

 

“ Je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge contre le crime visant au remplacement de nos populations.”

 

Les néo-fascistes comme lui ont trouvé dans les “ idiots utiles ” de la “Manif pour tous”, animée par Frigide Barjot, le terreau favorable pour diffuser leur vision d’un monde, où l’Autre – l’homosexuel, l’immigré, le musulman, le Noir, le juif, le pauvre – n’a pas sa place.

 

Ces groupuscules ont de l’audience parce que leur volonté d’en découdre, ici et maintenant, avec ce monde qu’ils estiment décadent, correspond à l’état d’esprit des centaines de milliers de manifestants qui descendent dans la rue depuis janvier contre le “mariage pour tous”.

 

Ce contre-mai 68 est l’occasion pour toute une génération de droite de faire ses armes, de se radicaliser contre la gauche, représentante du pouvoir établi, qui exalte la mondialisation.

 

C’est le produit d’une triple crise : morale, identitaire et sociale qui, comme à gauche, est en train de produire ses effets. On ne s’en inquiéterait pas outre mesure si le vide stratégique abyssal de la droite française, enfermée dans l’entre soi de ses querelles de personnes, ne donnait pas de l’ampleur à leurs délires et si leur activisme ne servait pas, in fine, une stratégie qui ne dit pas son nom.

 

Hommage de Marine Le Pen

 

Si Venner était un marginal, un ancien de ces réseaux, Patrick Buisson, maurassien passé par Minute, a, lui, l’oreille d’une grande partie de l’UMP – dont celle de l’ancien président de la République.

 

Le message qu’il vient d’envoyer à Nathalie Kosciusko-Morizet par l’intermédiaire de la “ Droite forte ” est clair : cette droite ne lâchera plus rien. Elle estime que son moment est venu. Un pied dans les institutions, avec une stratégie claire d’alliance FN/UMP, à la base et dans l’action, notamment au niveau des municipales, l’autre dans la rue comme on l’a vu dimanche.

 

Cette mouvance n’est plus aussi marginale que par le passé, elle ne ressemble plus seulement à ses parrains pétainistes. Tout en la tenant en lisière de leur parti, les nouveaux dirigeants du FN l’utilisent comme prétexte de leur lutte contre la mondialisation, mélangeant des accents de gauche et de droite, comme les nationaux-socialistes des années trente.

 

C’est pour cette raison que Marine Le Pen, qui avait pris grand soin de rester à l’écart de ce mouvement sociétal, a salué le suicide de Dominique Venner par ce “tweet” limpide :

 

Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France. MLP— Marine Le Pen (@MLP_officiel) 21 mai 2013

 

Marine le Pen se situe bien dans la lignée d’un homme de la génération de son père, dont un livre paru en 1960 mais réédité ces jours-ci, “ La Pacification ” (Editions Les Petits Matins), nous rappelle que, dès 1957, le lieutenant Le Pen pratiquait la torture contre les Algériens.

 

Par contre, Marine le Pen n’a rien dit d’une autre disparition, cette semaine, celle d’un poète rendu célèbre par son ode aux métèques et aux juifs errants. Pour toute cette canaille, Georges Moustaki était le symbole de l’antiFrance.

 

Bientôt un parti des patriotes ?

 

Ce contre Mai 68 ne serait qu’une libération de la parole, certes dangereuse mais gérable, si les conditions politiques n’offraient pas un boulevard à la création d’un “ parti des patriotes ” – terme de plus en plus utilisé par des franges de l’UMP et les amis de Marine Le Pen.

 

Ce parti construit par le bas grâce aux municipales, se bâtit dans la rencontre tranquille entre les militants FN et UMP de villes petites et moyennes, où pour se débarrasser de la gauche, on enfreint les consignes officielles de l’état - major de l’UMP et on applique le discours de Copé sur la droite décomplexée.

 

Bien sûr le discours n’est pas aussi sophistiqué que celui de messieurs Buisson, Philippot ou Venner. Mais il risque d’être d’une efficacité redoutable, dans une période où la politique gouvernementale efface les frontières entre les centristes et la droite modérée, et isole sa gauche.

 

Cette stratégie, déjà jouée dans les années Mitterrand, est connue. Elle consiste à faire monter l’extrême-droite pour se retrouver face au seul Front national. C’est suicidaire.

 

Un “21 avril à l’envers”

 

Cette fois, le “ 21 avril à l’envers ”, souhaité par les docteurs Folamour de ce scénario, risque d’être plus dangereux encore que le précédent. La France a changé. Le “ printemps des cons ”, comme l’appelle Jean-François Copé, n’est pas qu’une révolte passagère.

 

Il exprime le rejet d’une civilisation qui, comme le disait Dominique Venner, est décadente et spolie moralement les tenants de la nation française en voie de disparition, sous les coups de boutoir du mariage gay et de “ l’invasion de l’immigration maghrébo-africaine ”.

 

Cette pensée existe. Il faut la combattre. Mais si la révolution conservatrice se conjugue avec la stratégie du parti des patriotes, la vulgate nationale-sociale et le rejet de l’Europe de Marine Le Pen, elle peut devenir majoritaire.

 

François Hollande croit qu’il aura toujours les voix de la gauche et du centre droit pour s’opposer en 2017 à cette révolution conservatrice. Il fait un calcul dangereux. Les écologistes, réunis en conseil fédéral ce samedi, le lui ont dit : il faut un changement de cap maintenant !

Tag(s) : #actualités nationales

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