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923622-1094062Propos recueillis par Raphaëlle Besse Desmoulières dans Le Monde du 9 février 2013

 

Eva Joly s'était faite discrète ces derniers mois. "Un long silence nécessaire après une campagne fatigante", expliquait, mi-janvier, la députée européenne. Inquiète du "recul" des thèmes écologistes dans l'opinion publique, l'ancienne candidate d'Europe Ecologie-Les Verts, qui a obtenu 2,31 % des voix à la présidentielle de 2012, a décidé de dire sa "part de vérité".

 

Que vous inspirent les résultats du sommet européen, où un accord a été trouvé sur un budget d'austérité ?

 

L'accord s'est fait sur le dos de l'Europe. Sur l'autel d'une austérité sans pareil, le Conseil européen a sacrifié les politiques européennes d'avenir. Cependant, la messe n'est pas dite. Le Parlement européen n'a pas encore validé la proposition. Il peut empêcher l'Europe de se tirer une balle dans le pied. Avec le groupe des Verts, nous ne voterons pas un budget qui ne permet pas à l'Union européenne d'assurer un avenir social, dans la transition écologique et pour nos jeunes.

 

Comment avez-vous trouvé le discours de François Hollande devant le Parlement européen mardi ?

 

C'était comme toujours, un discours habile mais un peu trop général pour être complètement convaincant. Le résultat des négociations confirme mes craintes. François Hollande doit avoir un discours de vérité. Cet accord n'est pas bon. Vouloir faire croire le contraire pour sauver la face, c'est nier le poids des conservateurs.

 

Quel est votre jugement sur la politique du gouvernement en matière d'emploi ?

 

L'austérité est trop importante. Nous savions – et je l'avais dit pendant ma campagne – que lorsqu'on réduit la dépense publique, qui est à l'origine de 70 % des investissements, cela réduit l'emploi. Nous avions prévenu que de passer brutalement à un déficit de 3 %, cela allait dégrader davantage encore la situation de l'emploi dans notre pays. Nous y sommes.

 

Que pensez-vous des fluctuations du gouvernement sur la procréation médicalement assistée (PMA) ?

 

Les promesses données doivent être tenues. Le débat en lui-même n'est pas inutile. Mais je regrette que le gouvernement n'ait eu l'idée de saisir le comité d'éthique que maintenant. Cela va retarder le moment où la PMA pourrait être discutée devant le Parlement : les hésitations du gouvernement servent de fait les opposants à la PMA, ce qui n'est pas acceptable.

 

Les députés socialistes ont abandonné, le 31 janvier, la proposition de loi écologiste sur les ondes électromagnétiques...

 

Le poids des lobbys demeure impressionnant. Nous ne demandions pas l'impossible mais simplement que chaque émetteur soit à une puissance que nous savons inoffensive. Nous sommes au gouvernement pour influencer la politique menée. Sur ce sujet, les socialistes ont bafoué leur propre majorité : voir ce texte aussi mal traité nous inquiète. Tout comme la visite de Delphine Batho à Bure pour faire l'éloge de l'enfouissement des déchets nucléaires.

 

La décision de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques de se pencher sur les alternatives pour extraire le gaz de schiste vous inquiète-t-elle ?

 

Pour nous, l'idée d'extraire du gaz de schiste même en "caressant" la roche, c'est non. Il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour réduire l'augmentation de la température comme nous en avons pris l'engagement au niveau international. Pour nous, les choses sont claires : il faut définitivement fermer la porte aux gaz de schistes.

 

Malgré vos critiques sur la politique gouvernementale, voyez-vous tout de même des choses positives ?

 

Oui. Cécile Duflot mène une politique du logement courageuse et se bat à raison pour la baisse de la TVA dans le secteur de la construction. Christiane Taubira est une grande ministre de la justice. Mais, au-delà des mérites de chacun, le cap fixé n'est pas le bon. Prenez le projet de réforme bancaire, qui ne concerne en réalité que 1 % de l'activité bancaire et qui n'a pas beaucoup d'ambition. Ce projet de loi est insuffisant : il ne règle pas le problème des banques en difficulté. Il faut séparer les activités de dépôt des activités de banque d'affaires. Tel qu'il est proposé, le projet ne permet pas de faire cela. On aurait pourtant tort de renoncer à s'attaquer à la finance.

 

Quelle est la ligne rouge pour les écologistes concernant la participation à ce gouvernement ?

 

Nous avons fait le choix de soutenir ce gouvernement, d'en faire partie, car nous voulons faire réussir la gauche. Notre travail est d'influencer le gouvernement de l'intérieur pour écologiser sa politique. Le pari est chaque jour plus compliqué, parce que l'influence des conservateurs se fait sentir. Notre ligne rouge serait certainement une ligne verte : un recul sur la question des gaz de schistes par exemple.

 

 

 

Tag(s) : #actualités internationales

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