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0000013123-Image 1Pascal Canfin, Ministre délégué au développement répond aux questions des internautes de Rue89.

Il est avec Cécile Duflot, le second représentant d’Europe Ecologie - Les Verts du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

 

J’ai accédé au poste de ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement, un peu par surprise après un passage remarqué au Parlement européen.

 

C’est là que je me suis fait connaître comme spécialiste des questions de transparence financière, en participant à la création de Finance Watch ou en étant le négociateur des textes encadrant la spéculation sur les actions et les dettes des Etats.

 

Avant cette carrière politique, j’étais journaliste à Alternatives Economiques. Je connais donc bien les questions de mes ancien-ne-s consœurs et confrères et sais qu’ils adorent me dire que « les écologistes avalent des couleuvres ».

 

La semaine dernière, j’ai fait le déplacement au Mali avec le président de la République. J’y ai vécu « la plus belle émotion de ma vie politique ».

 

Maintenant, je vais m’atteler à « gagner la paix », comme je l’ai expliqué sur France Info et notamment à mettre en place une politique de développement pour le Mali.

 

Pierre Haski : Après ces quelques mois à ce poste, pensez-vous réellement que les réseaux de la Françafrique ont disparu ? Et n’êtes vous pas en train de créer ce qu’un africaniste a baptisé une « Françafrique vertueuse » ?

 

Ce que je sais c’est que la politique du gouvernement consiste à établir une nouvelle relation avec l’Afrique. Ma nomination en est un symbole, comme le nouveau nom du ministère qui ne s’appelle plus ministère de la Coopération mais ministère du Développement. Ainsi que l’intégration de la cellule Afrique dans la cellule diplomatique.

 

Cette relation nouvelle met par exemple en avant les questions de transparence financière. Mais cela ne signifie en aucun cas un désintérêt pour l’Afrique. L’Afrique reste le continent où les besoins sont les plus criants et urgents en matière de développement.

 

Allez-vous mettre un terme au dévoiement indigne des fonds déjà maigres de la coopération au développement française ?

 

Je rappelle que l’aide française au développement n’est pas « liée », c’est-à-dire qu’elle ne doit pas être liée au fait que des entreprises françaises bénéficient des marchés au final. Mais cela n’interdit pas non plus que ce soit une entreprise française qui devienne l’opérateur du projet de développement. Cette neutralité est très importante à mes yeux.

 

Concernant le Mali, j’ai annoncé lundi la reprise de notre aide publique au développement qui était gelée suite au coup d’Etat de mars 2012. Je serai attentif à ce que les projets que nous relançons soient bien en phase avec les besoins des Maliens. Sur le libre-échange, François Hollande a annoncé en octobre dernier que la France souhaitait que l’Europe renégocie les accords commerciaux dits APE [Accords de partenariat économique] dans un sens plus favorable aux pays africains.

 

Que pensez-vous du choix des bailleurs internationaux de toujours privilégier les investissements en dur (inaugurables) plutôt que le fonctionnement des collectivités maliennes qui peuvent permettre d’éviter une part de la corruption (ou des services de l’Etat) ?

 

Je pense comme vous qu’il faut que notre aide puisse financer le fonctionnement des collectivités locales au Mali, (y compris l’essence dans la moto ! : -) ) qui sont souvent des acteurs clés en matière de développement et de bonne gouvernance. C’est d’ailleurs pour cela que j’organiserai courant mars avec les 100 collectivités françaises qui ont des actions de coopération au Mali une grande réunion pour coordonner au mieux la reprise de notre aide.

 

Une ville sur cinq au Mali a un partenariat avec une collectivité française. C’est donc un élément essentiel de notre aide.


La politique de développement pour le Mali passera-t-elle par un soutien à l’autodétermination des populations du Nord-Mali, l’Azawad ?

 

Gagner la paix passe par le développement économique et social mais aussi par le dialogue politique entre les Maliens. C’est leur responsabilité de trouver les grands compromis entre eux, entre les communautés, en terme d’intégration, de décentralisation, etc... Ce n’est pas à un ministre français de pendre position sur ce point. Ce dialogue politique est d’ailleurs un élément clé de la feuille de route adoptée la semaine dernière par l’Assemblée nationale malienne. Cela doit déboucher sur des élections, prévues en juillet. C’est un point essentiel à nos yeux.

 

Votre ancien journal, Alternatives économiques, dénonce avec constance la politique budgétaire du gouvernement, et critique notamment l’obsession des 3%, qui impose une rigueur peu propice au redémarrage de l’activité. Vous sentez-vous à l’aise avec cet objectif des 3% ?

 

Merci pour cette question : -)

 

Nous avons pris un engagement vis à vis de nos partenaires européens. Il est donc légitime de le poursuivre. Maintenant encore faut-il que cette règle du jeu n’emmène pas l’Europe dans une récession aggravée. D’où le processus de réorientation de l’Europe, enclenché en juin dernier avec un pacte de croissance qui se met progressivement en place.

 

Mais cette réorientation n’est pas achevée et c’est pourquoi la France, et les écologistes également, continuent de faire des propositions en matière d’investissements nouveaux dans une communauté européenne de l’énergie, par exemple. La relance européenne et la bonne gestion au niveau des Etats, c’est cela le grand compromis que nous devons atteindre. C’est un chemin compliqué mais indispensable.

 

Votre gouvernement va-t-il rapidement prendre des mesures concrètes de protection contre les dérives financières, d’encadrement des produits dérivés et de taxation des transactions ? Lesquelles et avec quel calendrier ?

 

FinanceWatch fait un excellent travail depuis plus d’un an maintenant mais je tiens à préciser que je n’ai aucune responsabilité dans la vie de l’ONG. J’ai (largement) contribué à sa création mais elle est totalement indépendante des responsables politiques.

 

Sur le fond maintenant, je voudrais souligner l’adoption mercredi soir en commission des finances à l’Assemblée nationale d’un amendement d’EELV destiné à rendre l’activité des banques plus transparentes. Avec cette nouvelle règle, soutenue par le gouvernement, les banques françaises devront rendre publiques leurs activités, leur chiffre d’affaires et leurs effectifs partout dans le monde. C’est un élément clé dans la lutte contre les paradis fiscaux. La France se dote ainsi des règles les plus ambitieuses au monde en la matière.

 

Quant à la taxe sur les transactions financières, nous sommes les premiers à l’avoir mis en place en Europe et à en affecter une partie au développement.

Comme vous le voyez ce n’est pas parce que je ne suis plus au Parlement européen que je ne suis plus de près ces questions !

 

Que dites-vous à vos collègues ministres sur la reprise des grands travaux anti-écolo en France comme à Notre-Dame-des-Landes ?

 

Si nous participons au gouvernement c’est parce que nous pensons que pour marquer des buts il faut être sur le terrain. Mais nous savons que nous ne marquons pas à chaque fois ! Je trouve votre appréciation trop négative.


Sur NDDL une commission du dialogue et une commission sur la biodiversité sont au travail. Sur les gaz de schiste, la position du Président est claire : pas de fracturation hydraulique tant qu’il est en responsabilité. Cela a encore été rappelé mercredi lors de la présentation de la réforme du code minier.

 

Subventionner la consommation d’énergie fossile comme l’a fait le gouvernement sous prétexte d’aider les plus démunis est-il un acte écologique ?

 

Vous avez raison, notre responsabilité c’est de réformer la fiscalité pour la rendre plus adaptée au XXIe siècle. C’est d’ailleurs un chantier en cours qui trouvera sa première concrétisation dans le projet de loi de finances en octobre 2013. Nous entrons donc dans une phase de débat pour définir les éléments clés de la future fiscalité écologique dont l’un des enjeux est bien comme vous le dites de capter la rente plutôt que de dépenser des dizaines de milliards d’euros par an pour acheter de l’énergie fossile à l’étranger. Mais cette fiscalité écologique ne doit pas affecter le pouvoir d’achat des français les plus modestes. Ce sera l’une des conditions du succès de la réforme et nous savons que des solutions existent.

 

Tag(s) : #actualités internationales

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