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Édito de Noël Mamère, publié sur le site Rue 89 – 11 mars 2013 -

 

Deux ans après Fukushima, au delà du coût humain, social et économique effroyable que les Japonais paient cash, une seule question se pose : combien de temps un peuple peut-il accepter de vivre au-dessous d’un volcan ? Comment peut-on imaginer son avenir, l’avenir de ses enfants et de ses petits-enfants lorsque l’on vit à proximité de Tchernobyl ou de Fukushima ?

 

Dans un premier temps, sous la pression d’un mouvement antinucléaire puissant, les Japonais ont répondu en fermant les centrales. Puis un démagogue nationaliste, Shinzo Abe, a été élu Premier ministre en utilisant la crise pour relancer la machine nucléaire.

 

Concorde, Minitel, nucléaire

 

Ces deux visions s’affrontent également en Europe. Si l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie et la Suisse ont choisi de sortir du nucléaire ou de ne pas y entrer, la France, elle, continue de camper sur ses certitudes atomiques, sous la pression d’une puissante caste d’Etat, le corps des ingénieurs des Mines, qui a la haute main sur la politique énergétique du pays, depuis de Gaulle et Pierre Guillaumat.

 

Depuis cette époque, l’énarchie qui nous gouverne est née, a biberonné et a grandi avec le nucléaire. Pour elle, son utilité, sa fiabilité et son coût ne se discutent pas. Le nucléaire est une évidence. Comme le paquebot France dans les années 1960, le Concorde dans les années 1970 ou le Minitel dans les années 1980, le nucléaire est à la fois un symbole de la puissance renouvelée de l’Etat centralisé, l’expression de son rayonnement international… et une forme de substitution à l’Empire disparu après le temps des décolonisations.

 

Et c’est bien ce qui constitue le grand malentendu entre la plupart des responsables politiques au pouvoir aujourd’hui et les écologistes. Façonnés par cette idéologie du progrès en forme de religion, ils ont beaucoup de mal à imaginer un monde sans nucléaire. Souvenons-nous de cette phrase terrible de Jean-Marc Ayrault, à propos de Notre-Dame-des-Landes :

 

« Nous ne laisserons pas enfermer dans une vision du monde qui n’est pas la nôtre. »

 

Docteurs Folamour

 

En effet, le nucléaire reste le marqueur le plus emblématique de cette opposition entre deux visions du monde qui pourrait nous conduire à la rupture.

 

Même au moment ou un rapport de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sureté nucléaire) – resté dans les tiroirs depuis 2007 – révèle qu’un accident majeur en France coûterait jusqu’à 5 800 milliards d’euros et met radicalement en doute l’intérêt économique du nucléaire comme énergie peu chère, le lobby, lui, reste attaché à son dogme.

 

Un peu comme le pape Benoît XVI dans une église en proie à ses scandales. Peu importe les scénarios catastrophes dont l’histoire a montré qu’ils étaient des hypothèses plausibles, peu importe le coût de la prévention qui rend maintenant plus chère le nucléaire que les énergies renouvelables, nos docteurs Folamour s’accrochent à leur croyance que rien ne peut entamer.

 

L’EPR, gouffre financier

 

François Hollande avait pourtant affiché l’objectif de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production électrique d’ici 2025. Lorsque nous voyons que le gouvernement freine des quatre fers pour l’arrêt de Fessenheim, qu’on ne nous dit rien sur la mise en place de cet objectif, alors que le vieillissement des centrales s’accélère, que 21 réacteurs sur 58 ont atteint (et même dépassé) 30 ans, et 25 autres les atteindront dans les 5 prochaines années, on peut légitimement se demander si cette promesse sera tenue.

 

Cet engouement pour le nucléaire se traduit aussi en politique internationale. Lorsque François Hollande va en Inde, il cherche encore à « placer » l’EPR, ce gouffre financier dont personne ne veut. Et lorsque les flonflons auront cessé à Bamako, on s’apercevra que la défense des intérêts stratégiques d’Areva au Niger était l’un des combustibles essentiels de la guerre du Mali.

 

Alors, évidemment, nous les écologistes, forts de la mobilisation de samedi, qui a vu une chaîne humaine de 20 000 personnes encercler les bâtiments publics pour commémorer le tragique anniversaire de Fukushima, nous ne lâcherons rien.

 

A l’ENA, la promo du « Trou »

 

Dès mardi, avec mes collègues députés écologistes à l’Assemblée nationale, je déposerai une proposition de résolution demandant :

 

- la transparence sur les études ;

- un complément des audits de sûreté des installations nucléaires, prenant en compte les risques sous-estimés sous les gouvernements Sarkozy-Fillon ;

- la mise en place d’une obligation d’assurance (ou de constitution d’un fonds provisionnant le coût d’un accident majeur) pour l’industrie nucléaire ;

- l’imputation de ce coût dans l’évaluation du coût réel du kilowattheure nucléaire.

 

Que feront mes amis socialistes ? Regarderont-ils ailleurs, mettront-ils la tête dans le sable, iront-ils aux toilettes ? Ou commenceront-ils à penser que modernisation ne rime pas avec nucléaire, que la sécurité des Français vaut peut-être mieux que les ronds de jambes, les courbettes et les génuflexions devant ces messieurs d’Areva, d’EDF et du CEA ?

 

Au fait, saviez-vous que certains jeunes facétieux de la promotion 1978 de l’ENA – la promotion Voltaire, de François Hollande – proposait, alors que le grand sujet du moment était le gâchis des finances publiques lié au grand chantier des Halles de Paris, de rebaptiser leur promotion « Trou des Halles » ? Avec ce que nous savons du trou sans fin du nucléaire aujourd’hui, ça aurait eu de la gueule, non ?

Tag(s) : #Nucléaire

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