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Yannick Jadot, député européen (EELV),milite pour un rééquilibrage des taxes sur le gazole. Il participe au comité pour la fiscalité écologique, qui rend son avis demain.

 

Propos recueillis par Boris Cassel et Frédéric Mouchon dans Le Parisien du 17 avril 2013.

 

Comme il le fait à Bruxelles en tant que député européen et avec la même conviction que lorsqu’il était à Greenpeace ou porte-parole d’Eva Joly, Yannick Jadot (Europe Ecologie-les Verts) milite au sein du comité pour la fiscalité écologique pour une hausse des taxes sur le gazole.


Ce groupe d’experts de tous horizons doit rendre demain son avis sur le diesel à la demande de la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho. Alors que l’Elysée ne veut pas encore alourdir les impôts, Jadot prône un rééquilibrage de la fiscalité de l’essence et l’instauration d’une « prime à la conversion » pour renouveler le parc automobile.

 

Pourquoi prônez-vous une hausse des taxes sur le diesel ?

D’abord pour des raisons de santé. La logique voudrait que, comme aux Etats-Unis, le diesel soit plus taxé que l’essence car les particules fines émises par les véhicules roulant au gazole entraînent la mort prématurée de près de 16 000 personnes en France chaque année, soit quatre fois plus que les accidents de la route.

 

Mais les Français, déjà confrontés à la flambée des prix du carburant, ne sont pas prêts à payer leur plein plus cher…

C’est pourquoi je propose un alignement progressif de la fiscalité diesel sur celle de l’essence. Il faut agir sur les deux carburants. D’un côté en réduisant la première année le prix du sans-plomb de 3 centimes le litre. De l’autre en augmentant pendant quatre ans le litre de gazole de 3 centimes. En 2017, on aurait autant de taxe sur le diesel que sur l’essence. On dégagerait ainsi 1,2 Md€ de recettes fiscales supplémentaires par an. La moitié de cette somme pourrait servir de prime à la reconversion du vieux parc diesel. Ajouté au bonus écologique, cela se traduirait par 3 000 à 5 000 € d’aide à l’achat d’un véhicule neuf répondant à la nouvelle norme Euro 6 sur la pollution en émettant moins de 90 g/CO2 par an et consommant moins de 4 l/100 km.

 

Mais si 70% des nouvelles immatriculations sont des diesels, c’est précisément parce que rouler au gazole est plus économique…

Il faut sortir du piège et de l’illusion entretenue autour du diesel par l’Etat et les constructeurs. Alors qu’ils ont payé leur voiture plus cher à l’achat, les trois quarts des diésélistes n’amortiront pas la différence de prix par rapport à une voiture essence car ils roulent moins de 20 000 km par an. La fiscalité préférentielle accordée au diesel par rapport à l’essence coûte près de 7 Mds€ à la France et ce sont les contribuables qui payent. En 2012, la France a dû importer plus de 50 % de sa consommation de gazole, ce qui a coûté à l’économie nationale 16 Mds€.

 

Mais est-ce le bon moment de s’attaquer au diesel en pleine crise économique et alors que l’industrie automobile française souffre ?

Je sais bien que les constructeurs traînent des pieds et que des usines ferment. Mais c’est justement le moment de transformer le modèle industriel français. Fabriquer des modèles hydrides diesels n’a aucun sens car l’avenir est plutôt à l’hybride essence et à l’électrique. Le diesel nous enferme dans une exception qui n’est pas compétitive au niveau international. Savez-vous qu’aujourd’hui, les bus les moins polluants qui circulent à Francfort, Copenhague ou Bruxelles sont conçus… en Chine ? Fabriquer des voitures françaises avec des moteurs plus efficaces, moins consommateurs, moins polluants, permettra aux constructeurs de créer des emplois qualifiés et peu délocalisables.

 

Tag(s) : #Economie

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