Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

eva sas eelv

 

Par Eva Sas, députée EELV

 

Si le financement de la future réforme des retraites ne peut reposer que sur les actifs, il serait faux de faire croire que la réforme juste consisterait essentiellement à faire payer les retraités, que d’aucun s’évertue depuis quelques années à faire passer pour des nantis.

 

Examinons les faits.

 

Le niveau de vie moyen des retraités, 21 200 € par an[1] (1760 euros par mois), est équivalent à celui des actifs (21 600 €). Ils ne sont donc en moyenne ni plus ni moins privilégiés que ces derniers, et ce en intégrant les revenus du patrimoine et l’équivalent de loyers pour les propriétaires.

 

Certes de fortes disparités existent, entre hommes et femmes d’abord, et entre générations également, mais les inégalités sont globalement moins fortes que chez les actifs. Le rapport entre les salaires perçus par les 10% de salariés les mieux payés et les 10% les moins bien payés est de 5,8, alors qu’il n’est que de 4,1 entre les 10% des retraites les plus élevées et les 10% les plus faibles.

 

Ce qui en revanche doit être noté, c’est que la parité française de niveau de vie entre actifs et retraités est une situation exceptionnelle en Europe, où les retraités ont en moyenne un revenu égal à 88 % de celui des actifs[2]. 90 % en Allemagne par exemple.

 

Faut-il pour autant considérer qu’il faut rentrer dans la norme européenne ? Faut-il considérer que la génération qui a bénéficié des trente glorieuses est une génération de « nantis », comme on l’entend encore trop souvent?

 

Non et cela pour trois raisons.

 

D’une part parce que les réformes déjà mises en place vont pénaliser les futurs retraités et qu’à terme les pensions vont progresser beaucoup moins vite que les salaires. Rapportée au revenu d’activité moyen, la pension moyenne diminuerait entre 18 et 25 % d’ici à 2060[3]. La parité avec le niveau de vie des actifs n’est donc que temporaire.

 

D’autre part parce que les mesures fiscales prises en loi de finances 2013 mettent déjà à contribution les retraités. Le niveau de vie des retraités s’explique notamment par leurs revenus du patrimoine (15 % de leurs revenus). Or la loi de finances 2013 a augmenté de manière significative la fiscalité du capital (dividendes, produits de placement, intérêts) pour l’aligner sur celle des revenus du travail.

 

Enfin, parce que la prise en charge de la perte d’autonomie est encore très insuffisante en France, et que les questions de l’aide financière aux aidants, du reste à charge pour les familles, des structures d’accueil pour le grand âge ne sont malheureusement toujours pas à l’agenda. 2 français sur 3 pensent ne pas être en mesure de faire face aux dépenses liées à leur dépendance, et en premier lieu à la perte de mobilité et à la perte de mémoire. D’où la volonté des retraités d’économiser pour faire face à ces dépenses.

 

En conclusion, on peut comprendre la réaction de jeunes actifs qui subissent la triple peine : chômage, allongement de la durée de vie au travail, cotisations élevées. Au regard de ces efforts, il est légitime de mieux faire contribuer les retraités au financement d’une future réforme des retraites, mais cette contribution doit concerner les retraités les plus aisés et ne peut être mise en œuvre sans une approche nuancée.

 

La première chose est d’abord de reconnaître que ce mode de financement restera marginal au vu des enjeux (1,8 milliard pour l’alignement de la CSG des retraités imposables qui passerait de 6,6 % à 7,5 %). Ensuite, il ne peut être envisagé comme un mode de financement pérenne, les pensions à venir étant amenées à être fortement affectées par la mise en œuvre des réformes passées. Enfin, et peut-être surtout, l’effort demandé aux retraités doit s’accompagner d’une meilleure prise en charge de la dépendance qui leur permette d’envisager plus sereinement leur avenir.

 

Plus globalement, si une réforme juste passe par une meilleure répartition de l’effort entre actifs et retraités, elle passe aussi et d’avantage encore par un effort mieux partagé entre entreprises et ménages. C’est pourquoi au lieu de stigmatiser à dessein des retraités soi-disant privilégiés pour mieux détourner les français de la question du partage des efforts entre entreprises et ménages, il faut réouvrir le champ des possibles modalités de financement. Et l’augmentation des cotisations retraites des employeurs ou la mise sous conditions d’exonérations de cotisations sociales aujourd’hui pléthoriques ne peuvent en être exclus.

 

[1] 2006, source COR

[2] Enquête européenne SILC, 2011, 15 Etats, rapport entre le niveau de vie des plus de 65 ans et des moins de 65 ans.

[3] 11ème rapport du COR, Décembre 2012.

Tag(s) : #Economie

Partager cet article

Repost 0