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cecile2012

 

Le Journal du Dimanche par Arthur Nazaret le 3 août 2013

 

La ministre du Logement tire un premier bilan d'une année au pouvoir et évoque son propre avenir.

 

 

Quand elle a su que les vacances de ses collègues du gouvernement seraient consacrées à relire Montesquieu, Habermas ou Régis Debray, Cécile Duflot a souri. "Pour moi, ce sera l'intégrale d'Arsène Lupin !" Façon de dire qu'elle n'est pas dupe et de montrer par la même occasion que le pouvoir ne l'a pas tant changée. Assise dans son vaste bureau, la numéro 6 du gouvernement s'autorise, avant la pause estivale, un rapide regard en arrière. "Tout le monde s'attendait à ce que…", commence-t-elle avant de suspendre sa phrase, que l'on complète facilement par un "je me casse la gueule".

 

Il lui a d'abord fallu s'adapter à sa nouvelle classe. Quitter le joyeux bordel écolo pour s'asseoir sur le même banc que les forts en thème socialistes. "J'étais la fille de 3e B qui déboule dans la 3e A et qui découvre toutes leurs histoires", s'amuse-t-elle. Un an plus tard, une loi porte son nom, l'encadrement des loyers se poursuit et le chantier de la rénovation thermique va bientôt être lancé. L'opposition la critique, mais personne ne nourrit de procès en incompétence. "Politiquement, elle a du poids et elle connaît bien ses dossiers. S'est-elle convertie au pragmatisme? Elle n'en avait pas besoin", relève un ministre, entre compliment et petite pique.

 

Situation des Roms, accord sur l'emploi, pacte de compétitivité, manifestation à Notre-Dame-des-Landes et voilà les écolos qui demandent un "changement de cap" en mai dernier.

 

Entre EELV et le gouvernement, l'ex-chef de parti ne pensait pas "que ce serait tendu aussi vite". Lorsque les siens rejettent un pacte budgétaire européen que le gouvernement défend, expliquer sa position à la télé devient compliqué. A-t-elle pensé quitter le navire ? "Il y a des moments où je me suis dit que j'étais sur un fil."

 

Arrive l'éviction de la ministre de l'Écologie, Delphine Batho. Partir ? "C'est la seule fois où j'ai réellement pensé que c'était possible." D'un texto, elle prévient Hollande et Ayrault : "Ne faites pas ça." Ce n'est pas que Batho et Duflot soient complices - loin de là -, mais la ministre du Logement ne veut pas d'une nouvelle martyre de l'écologie.

 

"J'avais peur de décevoir. Depuis, je me suis décontractée"

 

"Je suis venue au gouvernement sur des questions de changement de modèle de développement. Il y a des moments où je me suis dit : 'Tu y as un peu cru toute seule, ma grande.'" Lorsqu'en septembre dernier Hollande s'essaie à son premier discours écolo lors de la conférence environnementale, voici Duflot qui, face caméra, se déclare "réellement émue" par ce moment "historique". "Je vois bien ceux qui peuvent sourire sarcastiquement un an après. Peu de ce qui a été dit s'est incarné dans les faits", reconnaît-elle, même si elle a vu dans l'allocution du 14-Juillet dernier de nouvelles raisons d'espérer

 

Rapidement érigée en maillon faible par l'opposition, Cécile Duflot se voit comme "une cible" pour la droite. Chahutée dès ses débuts pour une robe à l'Assemblée et un an plus tard pour un tweet de son compagnon à propos du défilé du 14-Juillet, elle a "serré les dents". "J'étais plus préparée à répondre aux attaques politiques qu'à celles sur mon physique ou ma vie privée."

 

Pour le tweet, c'est ­Ayrault en personne qui a répondu dans l'Hémicycle, évitant ainsi à sa ministre un exercice redouté. "C'est ça qui m'a touchée." Certains ont cru déceler plus que de l'émotion, mais elle l'assure : "J'ai fait du 'larme-checking', je n'en ai pas versé une seule. Je ne voulais pas faire ce plaisir à la droite."

 

La cuirasse s'épaissit. Les inhibitions tombent. Les municipales à Paris ont longtemps été une hypothèse. Renoncer a-t-il été difficile ? "Oui", lâche la ministre, persuadée qu'elle aurait pu être la surprise de l'élection.

 

Martine Billard, ancienne écolo ralliée à Jean-Luc Mélenchon, la juge "habile politique", "prête à tout pour y arriver". "Une vraie politicienne qui manque encore un peu de vision", renchérit Yves Cochet, seul écolo à prôner la sortie d'un "gouvernement productiviste qui va échouer".

 

L'époque où elle ne se sentait pas les épaules pour être candidate à la présidentielle paraît si loin. C'était il y a un an… "J'avais peur de décevoir. Depuis, je me suis décontractée", répond-t-elle lorsqu'on évoque 2017. Semant une poignée de cailloux sur le chemin d'une candidature, Cécile Duflot ajoute : "J'adore les campagnes électorales."

 

 

 

Tag(s) : #actualités nationales

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