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Par Mounir Satouri, président du groupe EELV au conseil régional Ile De France

 

En ce moment, les yeux des Français sont rivés sur un seul indicateur : la courbe du chômage. Leur moral, leur optimisme en dépend. Mais cette courbe ne s'inverse pas. Au contraire : l'emploi industriel, l’emploi de haute technologie, continue de dévisser, l'ampleur nécessaire au sursaut ne viendra pas de ce secteur.

 

Il existe en France un gisement encore inexploité, un gisement de compétence, de dynamisme, de résilience. Cette ressource, dont les acteurs politiques n'ont pas encore pris la pleine mesure, c'est dans nos quartiers qu'elle se déploie. On trouve en effet dans les banlieues des milliers de jeunes avec la volonté de s'en sortir, de s'adapter, d'apprendre, de réussir, d'inventer. Les banlieues ont changé, il faut le savoir.

 

Collecter cette richesse doit devenir un enjeu majeur de notre gouvernement. Les 27 mesures développées par le Ministre François Lamy, en charge de la politique de la ville, vont dans le bon sens. Dans ce cadre nous devrions accélérer l'implication concrète des habitants dans la transformation de leurs quartiers. L’inscription de clauses (d’intégration) dans les opérations de renouvellement urbain pourrait le permettre. Les régies de quartiers pourraient être généralisées. Les besoins ne manquent pas pour mobiliser les emplois d'avenir : des milliers de jeunes pourraient être employés à créer du lien social, faire de la prévention urbaine, de la sensibilisation environnementale, participer à des opérations de relance des quartiers. C'est le moment de motiver des jeunes jusqu'ici très peu consultés. L'innovation sociale nécessaire ne peut se faire qu'avec eux et elle doit pouvoir toucher les pratiques scolaires, la formation, les activités économiques sous toutes leurs formes. C'est ainsi que les compétences de demain seront visibles dans les quartiers. C'est aussi de cette façon que la politique sociale de la ville cessera de n'être qu'une dépense de fonctionnement et deviendra un investissement durable.

 

Ainsi se profile une politique de la ville ambitieuse et volontariste, qui associe étroitement les emplois d'avenir, l'innovation sociale et la logique participative.

 

Mais, ne nous voilons pas la face, le déploiement de cette politique bute sur de sérieux obstacles. Le risque d'un échec ne peut être exclu. Il est urgent d’en comprendre les raisons et d'infléchir cette tendance par des moyens simples et concrets.

 

Les emplois d'avenir sont au cœur du problème. Cent mille de ces emplois destinés aux jeunes de 16 à 25 ans sans qualification auraient dû être créés dès cette année, puis 150 000 l'année prochaine. Pourtant, à peine 20 000 ont été mobilisés, dont moins de 20% dans les banlieues. Le dispositif tarde à trouver son élan parce que le refroidissement budgétaire a effrayé les dirigeants d’associations à vocation sociale, pour qui il est pourtant le plus pertinent. Quelques mesures peu couteuses permettraient de donner aux associations la visibilité et la stabilité financière nécessaire à franchir le pas. Une cellule de veille dans chaque préfecture de département pourrait être chargée de la sécurité financière des acteurs sociaux et de la mise en place de ces mesures.

 

La première mesure serait de généraliser les conventionnements trisannuels entre les associations à vocation sociale et leurs financeurs publics. Cela les sortirait de l'insécurité financière et leur permettrai de passer de relations de dépendance à des relations de confiance.

 

La deuxième serait de mensualiser le versement des subventions. Le système actuel, l’annualisation, oblige à fonctionner avec de l'avance bancaire. Un versement mensuel économiserait des frais bancaires et éviterait des crises de trésorerie répétitives.

 

La troisième serait de faire bénéficier les associations à vocation sociale créatrices d'emploi des mêmes réductions fiscales à la création d'emploi que celles prévues dans le pacte de compétitivité pour les entreprises.

 

La quatrième serait de décloisonner les dispositifs et de permettre aux jeunes de naviguer entre associations, entreprises et formations. Faire profiter les entreprises de ces dispositifs est une des pistes explorée par le gouvernement. Mais intégrer cette population peu habituée au monde du travail peut être difficile pour le secteur marchand. Un passage initial par le monde associatif peut assurer cette adaptation. A charge pour l’association d’enseigner aux jeunes la ponctualité, le travail en équipe, l'organisation, la hiérarchie… puis de l’aider à développer un projet professionnel en relation avec l'entreprise qui l'intègrera l'année suivante et avec son organisme d'apprentissage. C'est au prix de cet effort politique que les quartiers peuvent devenir le moteur de la relance.

 

Tag(s) : #Economie

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