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Edito de Noël Mamèr, Député EELV de Gironde - Le 15/04/2013

 

Même si les décisions prises par le président de la République la semaine dernière vont dans le bon sens, elles donnent en même temps la désagréable impression de ne pas être à la hauteur de la crise politique provoquée par l’affaire Cahuzac. Cette apparente contradiction est le fruit d’une cécité sur la vraie nature du profond malaise qui mine notre pays.

 

Concentrer la curiosité des Français sur le patrimoine des élus, confondre transparence et déballage, légiférer à chaud (comme Sarkozy) pour éteindre le feu allumé par la dérive d’un homme, n’est rien d’autre qu’une tentative de défausse à bon compte pour éviter d’affronter l’essentiel : la défiance grandissante du peuple envers ses représentants, liée à un profond sentiment d’injustice. Il suffit de faire un tour de marché dans sa ville pour constater que le « tous pourris » ne s’est jamais aussi bien porté dans les classes populaires victimes de la rigueur et de la tolérance zéro ; impunité pour ceux « d’en haut » et austérité pour les gens « d’en bas », disent-ils.

 

Nager au milieu des requins

 

Ce qui les choque le plus dans l’affaire Cahuzac est moins la faute de l’homme que celle du responsable politique qui imposait la politique d’austérité tout en fraudant le fisc et les propres règles qu’il édictait. Or toute la défense du gouvernement consiste à séparer la question sociale de la question démocratique, l’impunité de l’austérité.

 

D’où cette incompréhension dévastatrice : si Jérôme Cahuzac était le meilleur d’entre tous dans sa pratique de ministre et qu’il est devenu le diable dans la minute où il a avoué une partie de ses mensonges, c’est qu’il y a anguille sous roche. Si Jérôme Cahuzac a été choisi pour ses supposées compétences, c’est qu’il connaissait admirablement la logique et les pratiques qui régissent le milieu des affaires…

 

On devrait s’intéresser de plus près aux personnalités qui ont occupé ce poste sensible avant lui, comme Sarkozy sous Balladur ou Eric Woerth sous Sarkozy. Faire ce job implique une connaissance du milieu des requins. Nager au milieu des requins sans en être nécessite des convictions plus solides que le seul « sérieux budgétaire » et la défense des 3%.

 

Hyperclasse

 

C’est ce refus de considérer que la politique libérale – dont Margaret Thatcher fut l’initiatrice dans les années 80 – a dissout l’Etat providence, sapé les bases du service public qui a conduit trop de politiques à faire passer au second plan le service de l’intérêt général, fondement de l’action publique.

 

Trop d’élus de la nation vivent aujourd’hui la politique comme un challenge, une compétition dont ils doivent sortir vainqueurs, où le fait d’accumuler les charges équivaut à remporter des trophées.

 

Nous avons passé un cap, celui où l’individu dirige les politiques publiques sans représenter autre chose que lui-même. Il n’est plus l’expression d’une classe ni de l’intérêt général. Le système politique miné par le marché est bloqué et engendre ce type de personnage.

 

Sous la monarchie, la noblesse de cour et les gens d’Eglise s’étaient peu à peu marginalisés par rapport à la société. Nous vivons un moment semblable où les Etats-nations sont incapables de générer autre chose que de l’impuissance, avec une classe politique de plus en plus déconnectée des préoccupations des gens, vivant dans son monde ; une sorte d’hyperclasse, transnationale et mondialisée, coupée des réalités sociales.

 

Posture à la Saint-Just, politique à la Queuille

 

C’est à cette aune qu’il faut juger des mesures annoncées mercredi dernier par le président de la République. Si la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux sont une avancée, elles sont liées à d’éventuelles décisions prises par l’Union européenne. En fait, elles dépendent du bon vouloir d’Angela Merkel ou de David Cameron. C’est pourquoi, l’effet d’annonce passé, l’attention se focalise sur le patrimoine des élus, domaine où l’Etat a encore les moyens d’agir. De fait, la transparence agit comme une diversion. Au lieu de s’intéresser aux 60 milliards d’évasion fiscale qui nous permettraient de combler les trous du déficit budgétaire, nous allons nous intéresser aux quelques milliers d’euros de bijoux détenus par Cécile Duflot ou à la marinière de monsieur Montebourg.

 

Pire, nous allons sombrer dans un voyeurisme généralisé et jamais satisfait. Demain, ce sera la suspicion à tous les étages, alimentée par la seule déclaration des biens des élus. Comment Marisol Touraine peut-elle juger de la politique sociale alors qu’elle est astreinte à l’ISF, vont aussitôt lui rappeler ses interlocuteurs ? Dangereux, injuste et malsain.

 

Nous aurions pu attendre du gouvernement qu’il sorte de l’affaire Cahuzac par le haut, en annonçant des mesures institutionnelles allant vers la refondation de la République, la revalorisation du statut de l’élu, le non-cumul des mandats dès 2014, la proportionnelle à l’allemande, la réforme du statut pénal du chef de l’Etat, le référendum d’initiative populaire ou le renforcement des droits du Parlement. Il n’en a rien été. Ce faisant, on en reste à une posture à la Saint-Just et à une politique à la Queuille, le tout habillé d’une stratégie qui ouvre la porte à Bayrou.

 

6 février 1934

 

Les ouvriers de PSA-Aulnay qui sont intervenus au Conseil national du PS ce week-end ont montré qu’ils sont bien au-delà de ces gesticulations. Ils ne veulent pas finir à Pôle emploi. Ils ressentent le même sentiment de trahison que les délégués du PS. Pas envers un homme qui a failli, mais par rapport à une promesse de campagne oubliée.

 

Nous entrons dans un moment politique dangereux : une partie de la droite mime le 6 février 1934 en attisant tous les feux de l’homophobie et appelle à descendre dans la rue contre le mariage pour tous le 5 mai… Le même jour que Jean-Luc Mélenchon. Populisme de gauche et droite extrême vont donc battre le pavé à quelques encablures l’un de l’autre. De quoi craindre le pire.

 

Dans le même temps, les perdants de la crise, et au premier chef les ouvriers des entreprises en lutte contre la délocalisation, en appellent au gouvernement. Celui-ci ne pourra plus jouer longtemps les équilibristes. La perche va pencher d’un côté ou de l’autre… Et le magicien Hollande risque de tomber de haut.

 

 

Tag(s) : #actualités nationales

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