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pascal canfin onu

 

 

 

 

Entretien de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développementavec avec Olivier Tallès dans le journal La Croix

 

« La Croix » : Quelles sont les leçons à retenir des Objectifs du millénaire, qui arrivent à échéance en 2015 ?

 

Pascal Canfin : C’est un outil fédérateur dont il ne faut pas perdre la force mobilisatrice, même si beaucoup d’objectifs ne seront probablement pas atteints. Pour la première fois, la communauté internationale a dressé une liste limitée, chiffrée et mesurable de buts à atteindre. Il est absolument nécessaire de rester dans cette logique dans la rédaction des nouveaux objectifs de l’après-2015, quel que soit le nom qu’on leur donnera.

 

De nombreux pays occidentaux s’étaient engagés en 2000 à consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide. La France y parviendra-t-elle d’ici à 2015 ?

 

P. C. : La France devrait dépenser 5 milliards d’euros supplémentaires pour remplir cet objectif, ce qui semble difficilement concevable au regard de nos contraintes budgétaires actuelles. De nombreux pays ont baissé leur aide publique à cause de la crise, la France l’a préservée en 2013. Nous avons également été les seuls à avoir mis en place une taxe sur les transactions financières dont une partie des recettes (10 %) sera consacrée au développement. Avec cet argent, nous avons lancé une initiative pour que deux millions d’enfants du Sahel aient accès aux soins gratuits. La couverture médicale universelle, l’égalité entre les femmes et les hommes et la transparence financière seront trois dossiers que défendra la France lors des négociations pour fixer les nouveaux objectifs de l’après-2015.

 

L’environnement était absent des OMD définis en 2000. La question sera-t-elle prise en compte à l’avenir ?

 

P. C. : Pour faire reculer la pauvreté, on ne peut plus faire abstraction de l’insoutenabilité de nos modes de développement. Un exemple : l’érosion côtière affecte aujourd’hui la baie de Dakar, capitale du Sénégal. Les eaux ont grignoté un kilomètre de côte en vingt ans. Dans la banlieue de Dakar, des maisons s’affaissent ou disparaissent sous les eaux et les familles retombent dans l’extrême pauvreté.

 

Cet exemple montre que les agendas « climat » et « pauvreté » sont amenés à fusionner. C’est, en tout cas, le sens politique que nous voulons donner aux négociations internationales des deux prochaines années.

 

Les précédents OMD se focalisaient sur les paysen développement. Était-ceune autre de leur faiblesse ?

 

P. C. : Ils correspondaient à une réalité politique, mais aussi à la vision des rapports Nord-Sud pendant les années 1990-2000, avec, d’un côté, les bailleurs de fonds et, de l’autre, les États qui reçoivent l’aide. Dix ans plus tard, nous sommes passés à une autre phase. Le monde doit trouver des solutions à cette équation : comment faire vivre sur une planète aux ressources limitées neuf milliards d’êtres humains en 2050 ? Comment éradiquer l’extrême pauvreté alors que l’humanité n’a jamais été aussi riche ? On n’a pas le droit de rater ce rendez-vous.

 

Les derniers grands sommets internationaux sur le climat ont été des échecs. Le combat contre la misère est plus consensuel…

 

P. C. : Une grande majorité des pays, dont les 28 membres de l’Union européenne, souhaitent une convergence de la lutte contre la pauvreté et de la question du développement durable.

 

C’est un agenda universel mais pas unique, qui nécessite bien sûr des approches différentes selon le degré de développement des États. Aujourd’hui, 1,3 milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un euro par jour. D’ici à 2030, la première priorité sera de sortir ces personnes de la grande pauvreté. Mais, pour y parvenir, il faut intégrer des sujets comme le climat. La Banque mondiale l’affirme aujourd’hui : la première menace sur la sécurité alimentaire, c’est le changement climatique.

 

Tag(s) : #actualités internationales

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