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Pascal-CanfinInterview de Pascal Canfin (Ministre délégué au Développement) par Virginie Robert et Joel Cossardeaux - Les Echos du 15 novembre 2013.

 

Face à la recrudescence d'événements climatiques extrêmes, faut-il plus de prévention ?

 

Il faut travailler sur la résilience, c'est-à-dire la prévention des dommages et la gestion des risques. C'est un des enjeux du succès de la conférence sur le climat qui se tiendra en 2015, à Paris. Il faut mobiliser les assureurs pour mieux protéger les agriculteurs, les entreprises, les collectivités territoriales contre les risques croissants de dérèglements climatiques, inondations ou sécheresse.

 

Aujourd'hui, on continue de réaliser des infrastructures pour une durée de vie de quarante ou cinquante ans, sans intégrer en amont, dans la conception, un « stress test » climat. Un tuyau d'évacuation d'eau, par exemple, n'est pas dimensionné au risque d'inondation dont la probabilité a clairement augmenté. Je souhaite que l'Agence française de développement inclue ce type de « stress test » dans les projets d'infrastructures. On demande bien aux banques de faire un « stress test » par rapport à un risque systémique, or le climat est un risque systémique.


Le typhon Haiyan peut-il être un déclic pour les Etats ?

 

Il faut une prise de conscience. On a vu que l'ouragan Sandy a fait bouger les lignes aux Etats-Unis. Il y a aussi eu des événements dramatiques au Mexique, qui est un des pays les plus offensifs sur le changement climatique. Le typhon Haiyan peut également peser. Il est nécessaire de diminuer nos émissions mais aussi d'intégrer dans nos modèles économiques les effets des catastrophes climatiques. Il est fondamental d'intégrer le risque climat dans la réglementation des banques et des assurances. Car ces dernières ont des portefeuilles d'actifs plus ou moins carbonés qui contribuent à augmenter ou à réduire le risque systémique lié au changement climatique. Le FMI aurait un rôle important à jouer en ce sens.


Beaucoup de pays, dont la Pologne, où se tient la conférence mondiale sur le climat, sont réticents. Comment les faire évoluer ?

 

Pour obtenir des résultats, pour débloquer la situation, il faut travailler sur les conditions qui rendent possible un engagement ambitieux, notamment sur l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables. Ce dialogue sur les opportunités est vrai aussi avec l'Afrique du Sud ou l'Inde.


Quelle est votre politique de développement pour le Sud ?

 

50 % des projets financés par l'AFD doivent avoir des cobénéfices climat. Nous avons fixé comme priorité dans le domaine de l'énergie l'investissement dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique, mais aussi choisi de ne plus financer les centrales au charbon. Au Burkina Faso, par exemple, l'AFD, la BEI et l'Union européenne vont financer la construction de la plus grande centrale solaire. Nous avons prêté de l'argent et apporté des subventions de sorte que le coût de l'opération ne soit pas supérieur à un projet fossile. C'est ce que j'appelle un agenda positif, un agenda des solutions.


L'Europe gèle 900 millions de tonnes de quotas carbone. Est-ce une bonne décision ?

 

Oui, il fallait diminuer l'offre pour faire remonter les prix. Un produit vert devient rentable autour d'une trentaine d'euros la tonne de CO2. Je pense qu'il faut un prix minimum du carbone, que je chiffre entre 10 et 15 euros et qui donne de la visibilité aux entreprises sur 10 ans, et pourquoi pas un prix plafond pour ne pas créer des inquiétudes inutiles Nous devons rechercher un accord sur ce sujet à Paris.

 

Tag(s) : #Déreglement climatique

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