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Cinq ans après le cyclone Katrina qui avait ravagé la Nouvelle-Orléans et sa région, la Louisiane est de nouveau meurtrie dans sa chair. Le pays Cajun est violenté. Cette fois ce n’est pas une « catastrophe naturelle », suivie de l’impuissance de l’administration américaine qui frappe le Bayou, mais une marée noire de plus de 9 000 km2 provoquée, une fois de plus, par une des majors du pétrole, British Petroleum.

 


Même le Gouverneur de la Louisiane le reconnaît : ce fléau des temps modernes ne menace pas seulement la pêche et le tourisme, mais il met aussi en cause le mode de vie des habitants. On ne saurait mieux dire ; les marais de la Louisiane, ce terreau unique de la biodiversité, sont en train de mourir sous nos yeux, entraînant le déclin de toute une région et la mort sociale de milliers de ses résidents qui vivaient de cette richesse. En cette « Année de la Biodiversité », c’est une flétrissure de l’humanité qui atteint cette région si belle et si riche en faune et en flore, qui contient 40 % des marais côtiers des États-Unis et abrite plus de 400 espèces différentes.

 


Depuis des décennies maintenant, les pétroliers n’arrêtent pas de se moquer de la planète et de ses écosystèmes. A chaque fois, on dit : « c’est la pire catastrophe écologique du siècle » mais, à chaque fois on oublie de comptabiliser les conséquences concrètes de ces catastrophes, parce qu’on refuse de payer la dette écologique de l’industrie pétrolière à son véritable coût. Les nappes d’hydrocarbures, les boulettes, galettes ou plaques de pétrole, polluent la mer et les côtes, la faune et la flore en sont durement affectées, les animaux marins, les oiseaux qui pêchent leur nourriture, les algues et les micro-organismes subissent les effets du pétrole. Destruction du plancton, engluement des algues, ingestion de boulettes par les poissons, souillure du plumage pour les oiseaux...

 


De nombreuses espèces périssent lors des marées noires. Les écosystèmes du littoral sont également touchés par les engluements et les souillures, notamment les algues, crustacés, coquillages, poissons et oiseaux qui vivent dans les mares du littoral, ainsi que les marais, les cultures piscicoles et les mangroves tropicales.

 


Le coût environnemental, humain et économique est élevé, puisque les effets sur la biodiversité peuvent durer de plusieurs mois à plusieurs années. Les activités de pêche, d’ostréiculture et de conchyliculture sont fortement affectées par les pollutions, ainsi que les activités touristiques et l’image de la région touchée. Le coût financier est aussi considérable : le nettoyage, la depollution, l’indemnisation des victimes de dommages coûte également très cher. Pour le naufrage du pétrolier Erika, les frais de nettoyage et les dommages économiques ont été estimés à 99,258 millions d’euros. Pourtant, depuis 1967, date de la première grande marée noire, personne n’arrête les barbares qui assassinent la mer.

 

 

 

Les faits sont là :

- 1967, la Marée noire du Torrey Canyon au large des Cornouailles, déverse 119 000 tonnes de pétrole sur les côtes britanniques ;

 

- 1978, la Marée noire de l’Amoco Cadiz, déverse 223 000tonnes sur les côtes de Bretagne ;


- 1989, marée noire de l’Exxon Valdez, 37 000 tonnes de pétrole souillent les côtes de l’Alaska ;


- 1999, la France est de nouveau touchée par la Marée noire de l’Erika sur les côtes de Bretagne ;


- 2002, la marée noire du Prestige pollue les côtes de la Galice en Espagne, avec 77 000 tonnes de pétrole.

 


Ce triste bilan ne fait que répertorier les plus grandes catastrophes mais ne recense pas les dizaines de petits ou grands déversements clandestins d’hydrocarbures dans les mers du monde entier. On ne recense pas les dégazages et déballastages sauvages, ou encore les déversements à terre, causés par l’industrie et les guerres. Malgré l’existence d’un système de gardes-côtes aux Etats-Unis, la folie des pétroliers continue à mettre en danger nos océans et nos côtes. Et cela risque de continuer et de s’amplifier, car l’industrie pétrolière qui refuse de se remettre en cause, est confrontée à la raréfaction des ressources.

 

 

Pourtant, la crise pétrolière est annoncée de longue date. C’est la théorie du « Pic de Hubert » (ou « pic oil ») du nom de ce géologue américain qui l’a énoncée. L’exploitation d’une ressource naturelle épuisable suit une courbe en cloche. Le sommet de cette courbe correspond au moment où l’exploitation atteint un niveau maximal avant de décroître. C’est ce qui arrive dans le cas du pétrole. Au XIXème et au XXème siècle, il a été exploité à un coût relativement bas, mais maintenant, alors que la demande des pays émergents - la Chine et l’Inde entre autres - augmente inexorablement, son exploitation devient de plus en plus chère. Non seulement le prix du pétrole augmentera, mais les risques engendrés pour l’extraire seront de plus en plus importants. Ainsi, après avoir exploité le sous-sol des Etats dépendants, du Moyen-Orient à l’Amérique latine, de l’Afrique noire au Maghreb ; après y avoir provoqué des guerres, de l’intervention contre Nasser en 1956 à l’Irak en 2003 et des coups d’Etats, comme celui intervenu en Iran contre Mossadegh en 1953, après avoir conforté les dictatures, notamment celle de l’Arabie-Saoudite, les magnats du pétrole s’attaquent à la mer. Ses machines forent, forent, forent, tels les Shadoks, en construisant des plates-formes sur tous les océans.

 

 

 

Dans cette course folle au profit, il n’est pas étonnant que se produisent des « accidents » que je nommerais plus volontiers des crimes écologiques Nous n’en sommes qu’au début car il faudra creuser toujours plus profond, toujours plus vite, sans que les normes de sécurité soient toujours bien respectées. Nous savons tous que le risque zéro n’existe pas. Ici, les multinationales de l’or noir cumulent les risques alors qu’elles sont déjà responsables en partie de la crise climatique. Lamar McKay, le président de BP, a osé déclarer que sa compagnie n’avait pas manqué à ses obligations de sécurité. BP fait « tout son possible » pour boucher le puits qui se trouve à plus d’1,5km de profondeur au large des côtes de Louisiane, promet Lamar McKay, tout en disant ignorer quelle quantité de pétrole est rejetée. Confortablement installés dans les sièges luxueux de leurs Conseils d’administration, ces gens-là sont des criminels en col blanc. Barack Obama pourra tenir tous les discours du monde, il ne convaincra pas si, cette fois, les pollueurs ne sont pas vraiment les payeurs et ne sont pas traités pour ce qu’ils sont, un ramassis de canailles.

 


Combien de catastrophes, de nouveaux « cauchemars de Darwin » faudra-t-il encore pour juger ces prédateurs ?

 

Combien d’oiseaux mazoutés, de plages noircies, de mers brûlées faudra-t- il pour qu’un tribunal environnemental planétaire, doté d’un véritable pouvoir de sanctions, condamne ces crimes contre la planète ?

 

 

 

Oui, les riches détruisent bien la planète. Le système productiviste et capitaliste nous menace tous, directement. Il se croit propriétaire de la Terre alors que les biens communs appartiennent à toute l’humanité et aux générations futures. Il faut de toute urgence inscrire dans une nouvelle déclaration des droits, ceux de la Nature, de la Terre-Mère comme la définissent les Amérindiens.

 


Noël Mamère, le 4 mai 2010

 


PS/ La bataille des retraites a commencé. La multitude n’était pas au rendez vous ce Premier Mai. Même si les manifestants étaient combatifs, ils étaient moins nombreux que prévu. Inquiets des nouvelles venant de Grèce, ils attendent de voir quelle sauce leur prépare le gouvernement. Les syndicats fourbissent leurs armes et le Ministre du budget reçoit à la queue leu - leu, les organisations politiques, en restant muet comme une carpe. La bataille promet d’être rude si le gouvernement remet en cause l’âge légal de la retraite et le nombre d’annuités et sans rien changer à l’assiette des cotisations, au travail des seniors et à la pénibilité. Nous en reparlerons.

 

Tag(s) : #actualités internationales
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