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p merieuInterview de Philippe Mérieu recueilli par Françoise Marmouyet pour le journal La Croix.

 

À travers une série de mesures, dont la suppression de la semaine de quatre jours ou l’ouverture des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), le ministre de l’éducation Vincent Peillon affiche l’ambition de « refonder l’École de la République ».

 

Pour Philippe Meirieu, spécialiste de l’éducation et de la pédagogie, professeur des universités en sciences de l’éducation et conseiller régional EELV, cette réforme « réaffirme les valeurs républicaines de l’école »

 

Qu’est ce qui dans cette loi va dans le sens d’une véritable refondation de l’école ?

 

Philippe Meirieu : « On voit dans cette réforme une réaffirmation des valeurs républicaines de l’école. C’est important après un moment où on a pu douter de cette ambition, quand un tournant libéral a été pris sous des gouvernements précédents. Je pense à l’assouplissement de la carte scolaire, voulu par Nicolas Sarkozy. Le ministre de l’éducation durcit à nouveau la carte scolaire, ce qui est une mesure plus républicaine. Dans cette loi, la finalité de l’école est clairement affichée : elle insiste sur la formation à la citoyenneté, à la solidarité, à travers un enseignement moral et laïque. »

 

L’une des mesures phares de cette rentrée est la réforme des rythmes scolaires. Vous semble-t-elle bénéfique pour les enfants ?

 

« L’idée d’alléger la journée d’école pour permettre à l’enfant de pratiquer des activités sportives et culturelles me semble bonne. Mais le risque est d’introduire des inégalités territoriales. Les activités périscolaires prévues après les heures d’école sont à la charge des municipalités. Quid des municipalités rurales isolées, quid des villes qui ont peu de tissu associatif pour gérer les activités des enfants ? L’offre ne sera pas la même pour tous les écoliers. Pour l’instant, seuls 22 % des classes expérimentent ce dispositif. Je souhaite qu’un véritable bilan soit fait après le 1er trimestre afin de corriger les inégalités si elles sont constatées. »

 

Selon vous, quels grands chantiers n’ont pas été engagés ?

 

« J’aurais aimé qu’on s’attaque au dossier de l’évaluation. Plutôt que d’attribuer des notes aux élèves, pourquoi ne pas dresser une liste de compétences que l’on attend à chaque niveau ? Songez qu’il est possible d’obtenir le bac avec un huit en français mais un douze en physique… Je suis favorable à la suppression des notes, remplacées par des « unités de valeur » que les élèves devraient obtenir pour passer dans la classe supérieure. »

 

Par ailleurs je ne comprends pas qu’on n’ait pas modifié les programmes du primaire. Ceux qui sont enseignés aujourd’hui sont désastreux. Mis en place par Xavier Darcos en 2008, ils imposent une réhabilitation des méthodes traditionnelles, une valorisation de la mémorisation au détriment de la réflexion.

 

Enfin, il est dommage que l’enseignement de la pédagogie n’ait que peu de place dans la formation des futurs enseignants au sein des nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé). On n’a pas les mêmes enfants qu’il y a dix ou vingt ans. Nos écoliers sont surexposés aux écrans, moins attentifs, plus zappeurs. Il faut prendre en compte cette nouvelle donne. »

 

Tag(s) : #Education

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