Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Par Eva Sas, députée EELV

 

Le rapport Moreau préconise de poursuivre l’allongement de la durée de cotisations en prolongeant le dispositif de la loi de 2003 (2 ans de la durée de cotisation supplémentaire pour 3 années de hausse d’espérance de vie à 60 ans) au-delà de 2020. Faut-il suivre les préconisations de la commission pour l’avenir des retraites sur ce point ?

 

Les précédentes réformes ont déjà largement accru le chômage des seniors

 

Le dernier allongement de la durée de vie au travail, le report de l’âge légal de départ à 62 ans, n’aura pas été sans impact sur le chômage, et notamment celui des seniors. L’UNEDIC a estimé que le premier relèvement de l’âge légal (de 4 mois au 1er juillet 2011) avait engendré 9 000 inscrits supplémentaires à Pôle Emploi parmi les seniors en 2011, 30 000 en année pleine. Même en tablant sur le relèvement du taux d’emploi à 60 ans d’un point entre 2010 et 2018, scénario très optimiste dans la conjoncture économique, le surcoût pour l’Unedic a été évalué à 440 millions d’euros par an.

 

Et les données observées ont plus que confirmé ces évaluations. En 2012, la population active a augmenté de 224 000 personnes (contre +145 000 en 2011), du fait notamment du maintien forcé des seniors sur le marché de l’emploi[1]. Le nombre d’inscrits à Pole Emploi de plus de 50 ans a plus que doublé entre janvier 2008 et janvier 2013 (+50 % pour l’ensemble des demandeurs d’emploi), effet des réformes de retraites en période de crise ! Le taux de chômage des 55-64 ans reste inférieur à celui des autres actifs (7,3 % à fin 2012) mais les seniors peinent particulièrement à en sortir. 58 % des chômeurs âgés de plus de 50 ans le sont depuis au moins un an, contre 42 % pour les 25-49 ans.

 

La situation de l’emploi est donc défavorable à l’emploi des salariés seniors. Les conditions de travail ne sont pas adaptées à la population vieillissante et les entreprises n’ont déjà pas fait les efforts d’évolution nécessaires face à l’allongement de la durée de cotisation et au recul de l’âge de la retraite issus des réformes précédentes. Allonger à nouveau la durée de cotisations, ce serait mettre en oeuvre un principe néfaste de vases communicants, avec, notamment, augmentation du chômage des salariés vieillissants, augmentation des licenciements pour inaptitude, et, à terme, baisse des pensions, car de plus en plus de salariés n’auront pas de carrière complète.

 

Et il faut bien entendu ajouter à cela l’éviction de jeunes demandeurs d’emploi qui ne peuvent être embauchés du fait du maintien dans l’emploi des seniors. Il est d’ailleurs assez stupéfiant qu’aucune étude d’impact de l’allongement de la durée de cotisations sur le chômage n’accompagne ces propositions. Cela paraît le minimum que les écologistes peuvent exiger.

 

L’allongement de la durée de cotisations va à l’inverse du mouvement historique de réduction du temps de travail.

 

En France, entre 1896 et 1997, la production a été multipliée par 12. Dans le même temps la durée annuelle moyenne du travail a été réduite de 46 % (de 2913 heures à 1579 heures) et le nombre d’emplois a augmenté de 9 %. Compte tenu de la progression continue de la productivité (+ 1% par an depuis 2000), nous n’avons que deux choix pour maintenir globalement le niveau d’emploi : soit chercher à faire consommer toujours plus pour absorber une production croissante - c’est le choix qu’ont fait tous les gouvernements productivistes depuis la mise en œuvre des 35h- , soit poursuivre le mouvement historique de réduction du temps de travail. Et parce que nous constatons une baisse structurelle des taux de croissance dans les sociétés occidentales, nous n’avons en fait que le choix de la façon dont nous allons réduire le temps de travail global. De fait, cela s’opère aujourd’hui par le développement anarchique du temps partiel et du chômage. Mais les écologistes ont le projet de le faire de manière équitable par la réduction régulée du temps de travail, sous forme de réduction généralisée, de nouveaux droits au temps libéré (années sabbatiques rémunérées, formation tout au long de la vie, modulation de temps de travail tout au long de la vie), et de la réduction de la durée de vie au travail !

 

Au lieu d’allonger la durée de cotisations, il faut donc au contraire ouvrir les choix en matière de départ à la retraite, et permettre à ceux qui le souhaitent, de quitter leur emploi plus tôt, avec une pension réduite. C’est dans cette ouverture des possibles, dans cette multiplicité de choix que les écologistes se reconnaissent.

 

[1] Le taux d’emploi des 55-64 ans a augmenté de 3,7 points en 2012.

Tag(s) : #Economie

Partager cet article

Repost 0