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Frédéric Sarkis, conseiller municipal EELV à Colombes (Hauts-de-Seine) est membre de la commission transnationale. Il connaît bien la Syrie et est en contact avec des membres de la coalition nationale syrienne. Il répond sans fard à 3 questions qui concernent des éléments de controverse fréquents en ce moment à propos de la situation en Syrie.

 

Que penses-tu du poids que l’on prête aux djihadistes au sein de la résistance syrienne ?

 

Il est important de se rappeler qu’au départ, avec les premières manifestations de mars 2011, la révolution est non violente. Face à la répression du mouvement menée par l’armée régulière et ses supplétifs se constitue et structure progressivement en 2011 une « armée syrienne libre » (ASL), sur la base d’un noyau de déserteurs et de citoyens. Elle mène dans un premier temps des opérations défensives, puis, par nécessité, elle est amenée à conduire des opérations offensives.

 

L’ASL dispose de très peu de financements ou d’armement. Elle est constituée de nombreux groupes de combattants qui ne sont pas organisés selon la pyramide des armées régulières, mais plutôt en réseaux plus ou moins coordonnés selon les zones où la résistance s’est développée. Le gros de ses armes vient des casernes du régime pillées ou d’achats auprès d’officiers corrompus ou au marché noir auprès de trafiquants d’armes. Ce n’est que récemment que des livraisons d’armement ont été effectuées, principalement financées par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

 

Actuellement, les groupes armés en Syrie peuvent être classés en trois catégories.

 

Ce qu’on appel l’armée libre qui est structurée autours d’anciens militaires de l’armée syrienne qui ont fait défection. Elle est de plus en plus structurée et contrôle près du quart des zones libérées (Banlieue de Damas, Deraa, Homs, partie de Deir Al Zoor and Idlib, Alep) et représente près de 100.000 personnes mais avec un noyau aguerrit d’environ 20 000 personnes.

 

Les groupes armés indépendants, composés de syriens qui ont pris les armes pour lutter contre le régime. Ils font aussi beaucoup de travail humanitaire auprès de la population, ont une vraie assise populaire et contrôle près de la moitié des zones libres. Ils travaillent souvent conjointement avec l’ALS.

 

Enfin, les groupes dit « djihadistes » comme le front Al Nusra ou les groupes liés à Al-Quaeda composés de nombreux « combattants étrangers ». Ils contrôlent près du quart des zones libres et sont basés principalement à El-Raqaa, Al Hasake et Alep. Ils terrorisent la population là où ils se trouvent, sont relativement épargnés par le régime (sinon infiltrés ou soutenus) et permettent au régime de diaboliser l’opposition et de se justifier comme moindre mal auprès des opinions publiques. Ces groupes bénéficient de beaucoup de moyens par les réseaux Al-Quaeda présents en Iraq et ont pillé beaucoup de réserves d’armes du régime. Ils affrontent souvent les groupes de l’ALS qui sont pris en étaux entre l’armée du régime et ces groupes.

 

Les groupes « djihadistes » ont une réelle présence dont certaines zones mais leur puissance est exagérée dans les médias du fait d’opérations spectaculaires qu’ils réalisent mais aussi par la propagande du régime et de ses alliés.

 

Dans le cadre de la mise en place d’une no-fly zone ou d’une chute du régime, ils seront bien sur source d’instabilité et de conflits comme ils font depuis des années en Iraq, mais rien comparé à ce que fait actuellement le régime et ceci surtout dans un pays comme la Syrie où ils n’ont pas de base populaire et où les autres groupes de l’opposition restent beaucoup plus forts qu’eux.

 

Le conflit est il devenu communautaire ?

 

Le conflit en Syrie n’est pas du tout communautaire même s’il y a évidemment des tensions. Les Chrétiens sont neutres, les Kurdes gèrent leur zone, les deux étant laissés plutôt tranquilles tant par le régime que les opposants. Les principaux problèmes viennent en général de bandes de voyous qui kidnappent, de gens du régime qui menacent les minorités ou de débordements qui surviennent sporadiquement. Mais cela reste très marginal par rapport à la réalité de la répression. Selon des estimations, moins de 1% des victimes seraient chrétiennes alors que les chrétiens représentent plus de 10% de la population. Et ces victimes sont en général tuées par les bombardements du régime….

 

Le cas des Alaouites est plus compliqué. Le régime recrute les « chabihas » (milices du régime) parmi les habitants des villages alaouites et fait tout pour lier le sort de la communauté alaouite au sien. Les révolutionnaires sont conscients du danger et font tout pour limiter au maximum les vengeances. Relativement au nombre des victimes, celles qui le sont en raison de réactions de vengeance communautaire sont très peu nombreuses.

 

Actuellement près de 60% du pays est considéré comme « libéré » ce qui signifie en fait que ces zones ont été rasées par le régime, les populations en partie exilées et celles qui restent vivent dans des conditions catastrophiques et toujours sous les bombardements du régime qui veut empêcher ces habitants de s’auto-organiser pour subvenir à leurs besoins. Malgré cela, beaucoup de liens de solidarités tiennent lieu d’organisation sociale…

 

Le régime contrôle une minorité du pays et est sous pression même à Damas, ce qui explique l’usage de plus en plus régulier des armes chimiques par le régime. Depuis quelques mois, près de 30 000 hommes du Hezbollah et des groupes armés iraquiens ou iraniens ont du entrer dans le conflit pour soutenir le régime dont l’armée est à bout de force. Malgré cela, l’opposition armée est maitresse d’une part de plus en plus grande du pays mais stagne car elle n’a pas de moyen d’action contre les bombardements et l’aviation du régime.

 

On ne le dit pas assez, mais en Syrie, il y a une coalition de pays qui font explicitement la guerre et y compris par des hommes présents sur le sol. Il ne s’agit pas de l’occident mais de la Russie, de l’Iran et de groupes libanais (Hezbollah) et iraquiens… Bizarrement personne n’en parle ou ne condamne cette intervention armée étrangère !

 

Ce sont les populations civiles qui paient le prix principal, en terme humanitaire ou de torture, répression, déplacement, etc.

 

Que demande la résistance syrienne ?

 

Elle fait remarquer qu’il n’y aura pas de solution politique sans construction d’un rapport de force. Aujourd’hui la priorité est d’arrêter les massacres et cela commence par empêcher les bombardements aériens des forces du clan Assad, qui maîtrisent les airs. Pour cela la résistance syrienne formule plusieurs demandes :

 

- Fournir aux rebelles des missiles sol-air pour changer le rapport de force sur le terrain;

 

- Sanctuariser les parties libérées pour permettre un retour des 3 millions de syriens réfugiés ou déplacés et permettre d’acheminer les aides et organiser la vie;

 

- Demander à l’OTAN de faire respecter une « no-fly zone » à l’aide de ses missiles patriot ou par l’aviation comme cela s’est fait en Irak et au Kurdistan irakien.

 

Les Etats-Unis dont l’agenda est plus centré sur la question de la bombe atomique iranienne et la négociation longue ne sont pas favorables à ces propositions, quand bien même les satisfaire permettrait de changer l’équation dans l’objectif de parvenir à une solution politique.

 

La crainte que les armes tombent dans de mauvaises mains me semble largement infondée. Il y a assez de groupes de l’ASL composés ou au moins encadrés par d’anciens militaires pour réduire très fortement le risque sans parler des possibilités techniques de suivre les missiles par GPS ou autres moyens…

Tag(s) : #actualités internationales

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