Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité



Edito du 2 juin 2008 de Noel Mamère

Tandis qu'au Sud les émeutes de la faim contre la hausse du cours des matières premières, dopé par la production d'éthanol, de maïs ou de soja, continuent à s'amplifier, au Nord les colères populaires s'en prennent à la hausse du prix du carburant. Des marins pêcheurs aux routiers, des agriculteurs aux taxis, des professions entières se trouvent prises dans un engrenage qui les broie. Sur les écrans de nos télévisions, nous voyons brandir les premières banderoles dénonçant "la dictature européenne", nouveau bouc-émissaire de groupes sociaux abandonnés face à la crise.
Sans être devins, les écologistes avaient anticipé ce nouveau choc pétrolier qui, cette fois, devrait culminer avec l'épuisement des énergies fossiles dans les années 2040-2050. D'ici là, nous allons donc entrer dans une période de transition entre deux modèles de développement. La seule nouveauté de ce scénario - typique du "catastrophisme éclairé", décrit par jean pierre Dupuy - tient à la rapidité avec laquelle doit s'opérer ce changement, dans les pratiques, les mentalités, les modes de vie des populations concernées. Depuis une centaine d'années, le progrès c'était la bagnole, le pétrole et les transports individuels. Cette idéologie accompagnait l'individualisation, synonyme de liberté. Nous nous sommes tous shootés à ce mythe.( A ce sujet, lisez ou relisez "L'hommauto", écrit par Bernard Charbonneau en 1967 !) Nous allons devoir maintenant en payer le prix. Ce qui s'est passé chez EXXON, l'autre semaine, est significatif du déboussolage des certitudes qui fondaient l'ancien monde. Ce major pétrolier, fondé par la famille Rockfeller, entretient une armée de lobbyistes niant le réchauffement climatique et la nécessité des énergies renouvelables. Les héritiers de la famille fondatrice s'opposent aujourd'hui au PDG ; ayant pris conscience des dangers d'un tel immobilisme, ils ne veulent pas voir Exxon continuer dans une voie sans issue. Cet affrontement entre le profit court-termiste et la prise en compte des paramètres de la transition est proverbial de ce qui va se passer à l'échelle planétaire au cours des années 2010. Une course de vitesse entre un effondrement de la civilisation pétrolière et une société d'économie mixte et verte, est engagée. Ce n'est plus une prédiction mais une réalité politique, sociale, économique, culturelle qui nous saute à la gueule chaque jour : Changer ou ne pas changer les méthodes de pêche ? Changer ou ne pas changer nos moyens d'acheminer nos marchandises ? Changer ou ne pas changer nos modes de déplacements urbains ? Changer ou ne pas changer notre mode de production agricole ? Chaque mouvement, sectoriel, corporatiste, est désormais soumis à ces questions qui ne sont plus destinées à un cercle restreint d'économistes distingués ou de philosophes branchés. Le débat public sur les questions soulevées au quotidien n'est plus un débat quantitatif mais porte sur les conditions du développement, sur l'organisation même de la société, sur le mode de production.
Paradoxalement, alors qu'elle a été l'initiatrice de tous ces questionnements, l'écologie politique est dépassée, parce qu'elle se confine dans un élitisme qui n'est plus à la hauteur des enjeux. Désormais, nous avons besoin d'outils d'éducation populaire, pour transformer en un projet culturel et politique majoritaire, des propositions qui jusque là étaient structurellement minoritaires. Au début du XXéme siècle, le socialisme a rencontré le même problème. Il y a répondu par la création des Bourses du travail, des Universités populaires, par la Ligue de l'enseignement, le développement des colonies de vacances et des Maisons de jeunes... L'écologie a un besoin urgent de créer des dispositifs de ce type et de ne pas laisser aux seuls lobbies du nucléaire, du pétrole, des routiers ou des Travaux Publics, et à leurs médias affidés, le soin d'organiser le débat public. Cela renvoie à un paradoxe de la société française : Au début du XXème siècle les anarcho-syndicalistes, qui étaient majoritaires dans la CGT et les Bourses du travail, se défiaient à juste titre des socialistes, (déjà) prêts à vendre pour un plat de lentilles ministérielles le projet d'une société libérée de l'exploitation et de la guerre. Par le biais de la Charte d'Amiens, ils instituèrent une indépendance absolue entre le mouvement social (associations, syndicats) et les partis politiques. Ce fût une des raisons de la faiblesse structurelle des partis en France, contrairement à l'Allemagne ou à la Grande-Bretagne. Aujourd'hui, nous avons besoin de dépasser la Charte d'Amiens, en proposant des passerelles entre la forme parti, décrédibilisée et le mouvement social qui peine à traduire politiquement ses avancées.
Ce débat n'est pas éloigné de la crise de civilisation que nous décrivions au début de cette chronique. En effet, il ne peut y avoir d'issue positive que si le projet écologiste se déploie à travers un nouvel espace politico-social. Ce nouveau mouvement devrait à la fois être enraciné dans les institutions, contester dans la rue et proposer des alternatives concrètes, regroupant déjà les milliers d'initiatives pratiques, comme les AMAP, le commerce équitable, les énergies renouvelables, l'économie solidaire, les éco-quartiers, l'agriculture bio... Nous avons besoin d'inventer une sociale-démocratie verte, qui s'autonomise sur le champ social pour être autonome sur le champ politique. C'est ce projet qui doit sous-tendre la proposition que j'ai faite à Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit et José Bové de se retrouver aux élections européennes. Devant la gravité de la conjonction des crises alimentaires, énergétiques, climatiques, financières et la menace de guerre des civilisations, nous ne pouvons rester dans nos chapelles et nous confiner dans nos certitudes.
Il faut un compromis entre l'écologie de « développement durable », de plus en plus récupérée par les tenants de la société de marché, et l'écologie de transformation pour gérer la transition entre les modes de développement productiviste et écosolidaire. Sinon, nous risquons tout simplement de voir les lobbies d'aujourd'hui organiser le rationnement et l'apartheid social à l'aide d'un pouvoir autoritaire sans limites. Tel est l'enjeu du débat réel qui traverse l'écologie de gauche. Il dépasse de loin nos chapelles, nos groupuscules et nos petites personnes. Il exige de s'en mettre à distance pour changer de focal.
Noël Mamère, le 3 juin 2008
P.S. 1 : La hausse continue des revenus des patrons du CAC 40 a évidemment quelque chose d'indécent. Mais, au delà de cette marque de mépris vis à vis de tous ceux et de toutes celles qui ont du mal à joindre les deux bouts, l'annonce de cette augmentation est l'expression de l'accroissement des inégalités de la société française. L'inégalité des revenus entre le capital et le travail progresse, ce n'est pas une loi, nécessaire, de taxation sur les stocks options qui les fera décroître. La gauche, prise dans sa dérive gestionnaire et libérale, a renié ce qui lui servait de boussole : la redistribution des richesses. La droite, qui avait longtemps privilégié la réalité de la production, admire ceux qui aiment et font de l'argent, à l'image de Sarkozy. A ce jeu, les spéculateurs financiers, les patrons de la grande distribution et les managers délocalisés du CAC 40 sont les nouveaux héros de l'imaginaire collectif. Pas du mien en tout cas.
P.S. 2 : Le jugement de la honte, prononcé par un tribunal lillois fera date. Un mari attaque sa jeune femme parce qu'elle « aurait menti sur sa virginité ». Il réclame et obtient l'annulation du mariage civil. Ce déni du droit des femmes, de la libre disposition de leur corps et de leur sexualité, est une marque de régression absolue. Le corps de la femme n'est pas une marchandise, propriété de l'homme, que l'on achète ou l'on vend dans un contrat, fût-il de mariage. Cette régression en dit long sur l'état de la société française, surtout lorsqu'elle est cautionnée par la Garde des Sceaux en personne. Nous ne pouvons croire que ce jugement sera laissé sans appel et pourra faire jurisprudence. Face à ce retour à l'ordre moral, quarante ans après mai 68, la bataille pour l'égalité entre femmes et hommes est plus que jamais nécessaire. D'ailleurs, comment ce tribunal pourra-t-il prouver que l'homme était puceau ?
Publicité
Tag(s) : #La vie des VERTS
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :