
Il a marqué la fin du communisme soviétique. Son travail littéraire et sa dénonciation du régime ont accéléré la chute du communisme d'Etat.
Certes il a toujours suscité des polémiques. Certains ont admiré son courage contre le système soviétique d'autres ont dénoncé son nationalisme et son regard traditionnel. Je pense qu'il est paradoxal ; il est fatigué, broyé, malade d'un système concentrationnaire, en même temps il cherche de la lumière, du repos, de la tranquillité de l'âme, mais il ne les retrouve pas dans le modèle occidental.
Il est condamné en 1945 à 8 ans de prison dans les camps de travail pour activité contre-révolutionnaire, après avoir entretenu une correspondance critique à l'égard des politiques staliniennes et ses compétences guerrières.
Lors de sa vie dans les camps il découvre la cruauté et le mensonge du système et veut tout raconter. Le génie littéraire de Soljenitsyne est concentré dans "Une journée d'Ivan Denissovitch" publié en 1962. Le héros, Ivan Denissovitch Choukhov est un paysan plutôt simplet et qui croit que chaque mois Dieu émiette la lune pour remplacer les étoiles usagées. La souffrance dans un monde gris et sans espoir devient le sujet principal. Le Premier Cercle, Le Pavillon des Cancéreux, La Roue rouge, L'Archipel du Goulag vont montrer que le socialisme soviétique est une barbarie, un totalitarisme.
Sa vie devient une conspiration permanente pour voler le droit d'écrire en dépit de la surveillance policière de plus en plus assidue du KGB. Une partie de ses archives est saisie chez un de ses amis en septembre 1965, et il manque d'être assassiné en août 1971.
En 1974, paraît à Paris L'Archipel du Goulag où il expose le système concentrationnaire soviétique du Goulag.
Écrit entre 1958 et 1967 sur de minuscules feuilles de papier enterrées une à une dans des jardins et une copie avait été envoyée en Occident pour échapper à la censure. Il décida sa publication après qu'une de ses aides fut retrouvée pendue : elle avait avoué au KGB la cachette où se trouvait un exemplaire de l'œuvre. Cette publication lui vaut d'être déchu de sa citoyenneté et d'être expulsé d'Union Soviétique en février 1974.
Les histoires narrées en détails dans L'Archipel du Goulag rappellent les arrestations et incarcérations injustes des ennemis du système fermé, des prostituées, des trafiquants de drogue, des criminels, de simples citoyens raflés pour répandre la terreur et l'obéissance aveugle devant l'administration totalitaire.
Soljenitsyne décrit des procès baclés et joués d'avance, la machination, la manipulation, le régime d'oppression remontant à l'absorption d'une partie de l'appareil sécuritaire tsariste par les bolchéviques menés par Lénine pour maintenir la révolution pendant la guerre civile et qui s'intensifia sous Staline jusqu'en 1956 à des fins totalitaires.
André Gide s'engage à gauche et il est invité en 1936 en URSS, il revient déçu et dénonce le système soviétique: "je doute qu'en aucun autre pays aujourd'hui, fût-ce dans l'Allemagne de Hitler, l'esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé." Luis Aragon et Romain Rolland se mobilisent pour ridiculiser "l'écrivain bourgeois". Les Français connaissaient Arthur Koestler et sa critique du système totalitaire; mais avec L'Archipel du goulag d'Alexandre Soljenitsyne, ils découvrent l'univers répressif soviétique raconté, cette fois, de l'intérieur. Entre l'idéologie communiste et le système totalitaire, le lien est définitivement établi. Pour l'époque, le choc est considérable. Le voile qui recouvre la réalité de l'URSS est soudain déchiré. L'idéologie de l'homme nouveau, qui justifiait tous les bourrages de crâne planétaires, s'effondre.
En 1954 au retour d'un voyage en URSS, J.P. Sartre rédige une série d'articles à la gloire du régime soviétique. Lors du XXème Congrès du Parti communiste d'URSS en 1956, le Premier secrétaire Nikita Khrouchtchev brosse un bilan désastreux des années Staline (1941-1953). Pendant sept heures, il lira un rapport édifiant sur les "purges staliniennes" et remettra en cause les qualités militaires du "petit père des peuples".
Malgré ces dénonciations l'obéissance idéologique et mentale des intellectuels français continue. Le parti communiste continue son travail afin de garder les gens dans l'ignorance et dissimulent la nature criminelle du pouvoir soviétique. Dans un tel contexte où après une longue période d'aveuglement prosoviétique J.P. Sartre prend ses distances vis-à-vis du PCF; Dans un moment où les trotskistes évoquent « l'Etat ouvrier déformé » et pensent que les bureaucrates privilégiés staliniens, développent les forces productives basées sur l'économie nationalisée et planifiée et ils jouent un rôle relativement progressiste; et dans un moment où les maoïstes qui dénonçaient le « révisionnisme soviétique » avaient peur de Soljenitsyne et restaient complètement méfiants; Oui dans ce contexte le PCF et ses amis présentaient Soljenitsyne comme « agent de la bourgeoisie et anti-communiste » afin de dissimuler les crimes de Staline. En même temps c'est dans ce même contexte que les communistes sentent bien que l'opinion leur tourne le dos. Soljenitsyne provoque le discrédit total du PCF et le contraint, en 1976, d'abandonner l'URSS comme modèle. Malgré tout, Georges Marchais soutient publiquement l'occupation soviétique de l'Afghanistan.
La dissidence politique et littéraire de Alexandre Soljenitsyne provoque la rupture des intellectuels, des artistes et l'opinion avec le socialisme soviétique. Il a réussi là où des générations d'idéologues, d'intellectuels, de philosophes avaient échoué, il a réussi à rendre évidente l'horreur du système de Staline.
Ces élites communistes ou pro-communistes annonçaient le bonheur de la société possible grâce à la dictature du prolétariat, « centralisme démocratique » du parti et le pouvoir de Staline et Brejnev. Soljenitsyne observe et analyse la peur qui règne en maître, cette « gale de l'âme ». Il décrit les métastases que le camp produit dans la société tout entière : avilissement, mouchardage, peur, cruauté, dégradation des sentiments humains, indifférence, égoïsme sacré et veule. Pour Soljenitsyne, on ne peut faire renoncer le communisme à être lui-même : « Demandez à une tumeur cancéreuse pourquoi elle grossit. C'est simple, elle ne peut pas faire autrement. »
Dostoïevski prophétisait déjà les tendances de la révolution socialiste : « Pour résoudre définitivement la question sociale, [le révolutionnaire] propose de partager l'humanité en deux parts inégales. Un dixième obtiendra la liberté absolue et une autorité illimitée sur les neuf autres dixièmes qui devront perdre leur personnalité et devenir en quelque sorte un troupeau ; maintenus dans une soumission sans borne, ils atteindront en passant par une série de transformations, à l'état d'innocence primitive, quelque chose comme l'Eden primitif, tout en étant astreints au travail. » (Les Démons, 1871, Pléiade, page 426).
La gauche et beaucoup d'intellectuels étaient séduits, paralysés, conditionnés par le mensonge soviétique, l'appareil du PCF reproduisait l'assujettissement intellectuel; le travail de Soljenitsyne s'oppose à la soumission et dévoile la nature tyrannique des camps et de la société toute entière. Grâce à ce travail les nouveaux philosophes et des intellectuels français ont pu accentuer leur combat contre le totalitarisme. Ils ont aussi démontré que le système soviétique est un mangeur d'hommes et il s'agit d'une barbarie à visage humain.