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Edito de Noel Mamère du 8 septembre 2008.


Big Brother a encore frappé. Après les tests ADN, le fichier des empreintes génétiques, l'explosion de la vidéosurveillance, la chasse sans pitié aux sans - papiers, le fichier Edvige représente une nouvelle fuite en avant dans une société de surveillance généralisée où nous serons tous fichés.

Les secrets les plus intimes de notre vie privée vont être stockés dans des banques de données concentrant les informations de dizaines de millions de français et, notamment, de tous ceux qui ont une activité politique, associative, syndicale, institutionnelle, donc « susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ».

Cette définition est tellement floue que n'importe qui peut désormais figurer dans ce fichier où, selon la CNIL, des données feront apparaître « directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les origines philosophiques ou religieuses, l'appartenance syndicale, la santé ou la vie sexuelle » ainsi que « les données relatives à l'environnement de la personne, notamment celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes ou non fortuites avec elle ». Un saut de plus est donc franchi, à l'insu de notre plein gré, dans une société libérale-sécuritaire.


Ce basculement ne s'est pas fait au hasard, il intervient au moment où les RG, propriétaires de l'ancien fichier, sont réorganisés dans le cadre de la direction centrale de la sécurité publique, la DST et la DGSE fusionnent, la police nationale et la gendarmerie sont regroupées, un Maître espion est placé directement sous le contrôle du Président alors que, jusqu'ici, le renseignement dépendait du Premier Ministre.

Avec Nicolas Sarkozy, les concepts de défense militaire, de sécurité des biens et des personnes, fusionnent dans la traque de l'ennemi intérieur. Une fois encore, Sarko l'Américain rejoint les conceptions prévalant outre-atlantique après le 11 septembre qui débouchèrent sur le « Patriot Act », cette compilation de lois liberticides sur laquelle les Etats-Unis reviennent peu a peu tant elles ont remis en cause les libertés individuelles des citoyens de ce pays.

Tous ceux qui dès 13 ans pensent, luttent pour leurs droits, vivent différemment, sont transformés en suspects potentiels. Dès 13 ans, l'enfant deviendra donc comptable de ses actes qui pourront lui être reprochés tout au long de sa vie d'adulte, par exemple dans le cas d'une demande d'entrée dans la fonction publique.

Jacques Chirac, qui avait distribué des tracts pour le PCF et le mouvement de la Paix, aurait il pu accéder à ses fonctions ? Et Patrick Devedjian, Alain Madelin, Gérard Longuet, dirigeants du groupe fasciste Occident, coupable d'attaques violentes contre des réunions de gauche, des lycées et des facultés auraient - ils pu devenir ministres ? Lionel Jospin, Jean Christophe Cambadélis, Henri Weber, Julien Dray, François Rebsamen, ou DSK et Pierre Moscovici, anciens trotskistes endurcis de diverses obédiences, auraient - ils pu de même accéder a de hautes fonctions ? Ce totalitarisme technologique veut en finir avec la séparation des pouvoirs et contrôler notre intimité.


En utilisant le 6éme pouvoir, le pouvoir informatique, ce gouvernement réduit les lieux d'intimité où l'on peut se retirer et reprendre contact avec un univers où nous ne sommes plus seulement un numéro de fiche. Au nom de la sécurité, les nouvelles technologies de surveillance rendent les individus de plus en plus assujettis au contrôle d'un Etat qui s'est adapté à la logique des réseaux qui s'interconnectent. Et l'Etat n'est plus le garant de la protection des citoyens.

Au contraire, dès que ces fichiers entrent en connexion, ils deviennent privatisables par n'importe quelle entreprise au profit de n'importe quel objectif. Nous sommes entrés dans l'ère du Panopticon du Cyberespace...

Nous sommes vus par une multitude de contrôleurs virtuels que nous ne pouvons pas voir. Bentham, l'architecte du Panopticon, redécouvert par Michel Foucault, est dépassé dans ses fantasmes de contrôle. Fouché, Jules Moch ou Raymond Marcellin sont des enfants de choeur à côté de MAM et du mari de Carla Bruni. De Hobbes à Voltaire, de Locke à Montesquieu, la limitation des pouvoirs a toujours été une question déterminante en démocratie. Ce fameux libéralisme dont on nous rebat les oreilles pourrait, devrait s'exprimer, mais ceux qui, à droite, le professent sont silencieux... comme ceux qui s'en réclament à gauche ! Ils ont tellement appuyé sur le bouton de la sécurité pendant des années qu'ils sont devenus muets quand l'essentiel est en jeu.


Qui arrêtera Sarkozy dans ses atteintes aux libertés individuelles ? Déjà plus de 11O.OOO signatures ont été recueillies et un collectif national de 7OO organisations propose aux citoyens de distribuer de faux documents à adresser aux autorités. Face à Edvige et au décret scélérat du 1er juillet, la désobéissance civile doit s'étendre. Nous sommes tous des dissidents !



P.S. 1 : L'enquête Corse. Plus de tabous. Quand on a des copains, il faut les protéger quitte a décapiter la police qui fait son boulot. Voilà ce que nous dit le licenciement de Dominique Rossi après l'affaire de l'intrusion un peu forcée des nationalistes corses chez Christian Clavier. Les millions de français qui chaque année portent plainte, dans le vide sidéral, pour des atteintes aux biens et à la personne beaucoup plus graves apprécieront.


P.S. 2 : L'Afghanistan. IL faudra y revenir maintenant chaque semaine. Blair a porté le fardeau de l'intervention en Irak. Sarkozy a désormais celui de l'Afghanistan sur ses épaules. La publication par Paris-Match d'un supplément photos en couleurs de propagande pour les talibans nous l'a rappelé. La guerre tue et elle tue en général des soldats très jeunes et des populations civiles. Je ne suis pas indigné que la presse fasse son travail et cherche le scoop. Ce qui devrait scandaliser la classe politique, ce sont les faits qu'elle rapporte : une armée française d'occupation face a une guérilla qui a le temps devant elle et les pieds ancrés dans son territoire. Nous étions venus pour appliquer un mandat de police de l'ONU contre la bande à Ben Laden. Elle reste impunie, et maintenant, comme au bon vieux temps des guerres coloniales, nous occupons un pays en utilisant des expressions comme « défendre la civilisation » et les « valeurs démocratiques » menacées. Nous boirons la coupe jusqu'à la lie.
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Tag(s) : #La vie des VERTS
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