
La loi 1905 en France marque une nouvelle étape dans la société française.
Dans la société d'alors marquée par des conflits et crises et l'ingérence forte de l'église.
Dans cette société où l'éducation des enfants est dominée par l'église, l'adoption de cette loi met fin à cette crise en séparant l'Etat de l'église. La laïcité cherche à pacifier les relations dans la société en définissant une nouvelle position pour la religion. Elle n'est pas contre la religion, elle respecte les croyances des individus mais clairement s'oppose à l'ingérence de l'institution religieuse dans las affaires de la société.
La religion ne doit pas intervenir dans la décision gouvernementale, elle ne doit pas définir les lois et les politiques pour la société. Les responsables politiques ne doivent pas mélanger le religieux et l'action politique et publique. Ils ne doivent pas faire de la promotion et financer les religions ou les associations cultuelles. Ces religions continuent à exister et le pouvoir politique garantit le cadre nécessaire aux activités religieuses. Le pouvoir politique démocratique ne fait pas de la propagande pour une religion, l'Etat est le résultat de l'action et du choix des citoyens croyants et non croyants.
Dans notre société où il existe des catholiques, des musulmans, des protestants, des juifs, des bouddhistes et aussi des agnostiques, des athées non croyants, la promotion d'une religion inévitablement crée du conflit, de la tension, de la jalousie et des fractures. Cet acte est contre la laïcité car celle-ci propose la neutralité et la tolérance. Privilégier une religion c'est provoquer les tensions entre les religions.
Lors de la visite du Pape en France Sarkozy va plus loin dans la négation des principes de la laïcité ; sa conception est semblable à celle des néo-conservateurs américains qui a pour objectif d'influer la politique à partir des valeurs et croyance religieuses. La présence du chef d'Etat, accompagné par ses ministres et la forte médiatisation ne sont pas compatibles avec les lois et l'esprit des la République laïque. Au moment de cette visite Sarkozy dit :
« Il est donc naturel, que le Président de la République, que le Gouvernement, Mr le Premier Ministre, que l'ensemble des Responsables politiques de notre pays, s'associent à cette joie ». « Aussi, est-il légitime pour la Démocratie ... la laïcité de dialoguer avec les religions ?
Les religions et notamment la religion chrétienne, avec laquelle nous partageons une longue histoire... sont des patrimoines, des patrimoines vivants ...de réflexions et de pensées. Pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l'Homme, sur la société, et même cette préoccupation centrale aujourd'hui qu'est la nature ».
Non, il n'est pas naturel qu'un chef d'Etat renonce aux principes républicains. Les responsables politiques ne sont pas au service de la théocratie et une autorité religieuse. Que veut dire dialoguer avec les religions ? Nous sommes dans une société où la liberté de culte existe, il n'est pas interdit d'aller dans un lieu de culte et pratiquer librement sa foi. Dans la logique de Sarkozy le dialogue signifie faciliter davantage l'ingérence du catholicisme dans les affaires de la société et propager davantage les valeurs catholiques.
L'histoire de la France est marquée par la guerre des religions et le processus de sécularisation. Cette histoire est marquée également par les Lumières et la lutte pour la laïcité. L'intégrisme catholique a toujours recherché de remettre en cause les valeurs culturelles de la République. Son combat contre l'avortement, contre le port du préservatif, contre la liberté sexuelle, contre les couples divorcés, contre certains films (La dernière tentation du Christ de Martine SCORCESE) est une réalité insupportable. Il ne s'agit pas de nier le rôle des croyances dans l'histoire ; les historiens ont toujours traité cette question, mais un chef d'Etat doit valoriser la culture de liberté et de démocratie, doit privilégier les valeurs orientées vers l'intérêt général, les valeurs communes et laïques. La vision de la religion sur l'Homme et la société n'est pas celle d'un responsable politique élu au suffrage universel par des citoyens.
Nous sommes libres de croire ou de ne pas croire ; la démocratie soutient la liberté de pensée et dans une société laïque les individus n'ont pas besoin des consignes ou recommandation d'un chef d'Etat de croire dans une religion. Nicolas Sarkozy, en contradiction avec un comportement responsable et laïque, dit « ... ce serait une folie de nous en priver » et évoque l'importance d'une « ...une laïcité positive, Une laïcité qui respecte, une laïcité qui rassemble, une laïcité qui dialogue et pas une laïcité qui exclu, ou qui dénonce ! ».
On n'a pas besoin d'employer l'adjectif « positive » pour parler de la laïcité. Dès l'origine la laïcité en France est positive et constructive et elle est pour la tolérance ; elle ne rejette pas, elle définit le cadre de coexistence. Elle s'est opposée à la domination des curés et l'ingérence de la religion dans la société démocratique afin de réunir les conditions de paix sociale et de vivre ensemble.
Sarkozy évoque « la doctrine sociale de l'Eglise », concluant envers Benoît XVI « notre devoir est donc d'entendre ce que vous avez à nous dire sur cette question » et enfin dit :
« Oui, je reconnais les religions et je respecte les religions le rôle qu'elles ont joué dans l'édification de l'humanité, pour répondre au besoin d'espérances des hommes ».
L'Etat républicain n'a pas la même doctrine sociale que l'église ou une autre religion et il ne peut pas et ne doit pas sous traiter cette question fondamentale. La vision sociale républicaine n'est ni communautariste, ni charitable. Elle est fondée sur la justice sociale et le respect de tous les citoyens indépendamment de leur conviction religieuse. Cet Etat est garant de la liberté pour tous et s'efforce de promouvoir les valeurs laïques, humaine et solidaires dans la société, ce qui n'empêche personne d'avoir sa conviction spirituelle spécifique.
La conception de Sarkozy est véritablement en contradiction avec l'esprit et les principes de la laïcité. D'ailleurs ce type de vision est malheureusement répandu dans le pays et cela nécessite une mobilisation intellectuelle et politique forte. N'oublions pas que les intégrismes religieux, catholique, islamique et juif constituent un danger permanent. Certains responsables politiques au niveau national ou local pour satisfaire leur politique néfaste et anti-laïque n'hésitent pas à passer des accords avec des courants non respectueux de la laïcité et voire « les diables ». Cette situation demande une vaste vigilance des responsables, militants et tout citoyen respectueux de la laïcité.