Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité



Les émeutes qui ont suivi l'assassinat d'Alexandros Grigoripoulos, quinze ans , samedi 6 décembre par un policier grec sont les premières salves de révolte depuis la crise financière mondiale. Elles risquent d'être suivies par beaucoup d'autres. La génération des « 600 euros », comme on la nomme, s'est levée contre la précarité qui maintient des centaines de milliers de jeunes diplômés dans les marges de la société. Les « koukoulofori », les cagoulés, sont jeunes, souvent issus des classes moyennes et savent déjà que leur avenir est bouché. Suréduqués, surinformés, les jeunes grecs, comme le reste des jeunes européens, vivent leur condition comme insupportable. Qui les contredira ? Quand on apprend ce week-end qu'une des idoles de la mondialisation, le président du Nasdaq a escroqué 50 milliards aux banques, collectivités et particuliers ayant fait confiance à cet intouchable, qui faisait de l'argent comme d'autres font la vaisselle, comment ne pas avoir envie de se révolter contre ce monde là ?



Si une grande partie de la société grecque soutient ses enfants, malgré les violences et les pillages, c'est à cause de la colère contre une société qui n'offre plus que la précarité généralisée comme perspective d'avenir. La société grecque n'est pourtant pas si dissemblable que cela du reste de l'Europe. Partout, couvent les brasiers de la colère contre la marchandisation de la vie, la misère et la pauvreté. Pour la première fois, cette colère réunit non seulement les exclus, les « sans » ou les habitants de la rue, les travailleurs pauvres, la classe ouvrière, mais aussi les classes moyennes désemparées devant la fin définitive des acquis des « trente Glorieuses ».



Les feux d'Athènes sont les premiers d'une série qui atteindra la France parce que les conditions économiques et sociales sont les mêmes, partout en Europe. Même impression d'insécurité sociale et d'abandon, même sentiment d'un monde coupé en deux, généreux pour les forts et les riches, dédaigneux pour les faibles et les pauvres, même perception d'une crise sans issue, d'une crise globale, à la fois sociale, morale, politique, écologique.


Toutes les valeurs du vieux monde sont devenues obsolètes. Les jeunes, et pas seulement les « anarchistes », s'en prennent à des symboles du capitalisme, les vitrines des banques et des magasins de luxe ou les voitures, car ils ne voient pas comment la politique, et ceux qui en font profession, pourraient leur offrir des perspectives de changement réel. Le modèle de la démocratie s'est construit sur la colline de l'Acropole, dans l'Agora, la place publique où tous les citoyens, hormis les esclaves (ce qui faisait beaucoup de monde !) pouvaient prendre la parole et influer sur les décisions.


Aujourd'hui, la démocratie est prise au piège de la politique scénarisée par les médias et les cabinets noirs. « Votre vote ne vaut plus grand-chose », témoin cette semaine, l'obligation faîte au peuple irlandais de bien voter, avant la fin 2009. Les Français, eux, n'ont même pas eu droit au respect du parallélisme des formes. Que l'on soit d'accord ou non sur leur réponse à la question posée, leur vote de 2005 avait été jeté aux oubliettes de l'histoire.



Ce qui est en jeu ces jours-ci, dans les rues d'Athènes comme dans toute l'Europe c'est une vieille question qui taraude les peuples du vieux continent, depuis l'Antiquité. Peut on accepter de vivre sous une oligarchie qui décide de tout, à votre place et en votre nom, et à qui vous devez faire un chèque en blanc pour toute garantie sur votre futur, celui de vos enfants et des générations qui leur succèderont ?



Tant qu'une Utopie, celle du progrès infini, du paradis ou du socialisme, maintenait la question sous le boisseau, on pouvait vivre par procuration. Maintenant que le roi est nu et que les illusions sont derrière nous, la réalité s'impose à tous : faire avec, accepter sa condition ou se révolter. En Grèce, où les grandes familles politiques, des Caramanlis aux Papandréou, règnent sur un pays depuis des décennies, où la corruption s'est installée du haut en bas de l'échelle, l'accumulation des raisons de la colère a été peut être plus forte qu'ailleurs. Mais lorsque l'on voit l'Italie de Silvio Berlusconi ou la France de Nicolas Sarkozy, peut-on dire sérieusement que la démocratie fonctionne mieux qu'en Grèce ?



Un seul exemple : J'ai tenu la semaine dernière avec d'autres collègues parlementaires, le Président de la Ligue des Droits de l'Homme et les familles des deux derniers embastillés de l'affaire dite des « 9 de Tarnac ». Une conférence de presse à l'Assemblée nationale. Aucune preuve pour détenir ces jeunes, mais une même rhétorique que celle du pouvoir grec. Le mauvais scénario de série B sur une pseudo mouvance anarcho-autonome, organisée à l'échelle européenne et mondiale. De là à dire que l'on détient Julien Coupat et sa compagne Yldun, pour les empêcher de rejoindre Athènes... eh bien , un journaliste, a relayé cette histoire « tendance » dans son journal. Il fallait oser. le rédacteur en chef du JDD l'a fait en déterrant une note de la Direction centrale des Renseignements généraux consacrée à « une internationale ultra », antiautoritaire insurrectionnelle, « un triangle anarchiste méditerranéen, une mouvance ultra - gauche », déjà évoquée dans les commentaires sur l'affaire des TGV.



On se croirait revenu au temps de Raymond Marcellin et de ses complots. Pourtant le titre de l'article de l'envoyée spéciale du même journal disait à lui seul ce qui anime la révolte de la jeunesse grecque : « Nous voulons vivre et non survivre ». Gageons que demain, le rédacteur en chef du JDD, pourra concourir pour la place de Président de France Télévisions puisque le poste sera bientôt vacant. Ainsi va le monde.



Noël Mamère, le 15 décembre 2008.



P.S. : La bataille de l'audiovisuel dure maintenant depuis trois semaines. Les dizaines d'heures passées dans l'hémicycle pour lutter contre la main-mise par l'Office de Radio Télévison Sarkozyste ne l'auront pas été en vain. L'opinion se réveille, 70 % des français sont contre la nomination par l'Elysée du Président de France Télévisions. Chaque jour, des députés de la majorité, du Nouveau centre comme de l'UMP, se joignent à notre protestation contre ce hold-up sur l'audiovisuel. La preuve est faite que l'opposition a le Ministère de la parole mais que cette parole peut transformer l'état des choses. Je suis fier d'être à mon poste ces jours ci.
Publicité
Tag(s) : #actualités internationales
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :