
Sans expérience dans la dépollution et la déconstruction de navires, sans infrastructures adaptées (notamment une câle sêche garantissant l'imperméabilité du site), la société Able UK a convaincu l'Etat français pour sa facture - 4 millions d'euros - quand les autres prétendants, plus expérimentés, en demandaient près de dix fois plus. Selon de nombreux experts, le seul désamiantage du Clemenceau coûterait près de 25 millions d'euros si toutes les précautions sanitaires et environnementales étaient respectées.
Pour rappel, le précédent contrat de désamiantage du Clemenceau en 2005 avait coûté près de 4 millions pour en enlever 70 tonnes ! L'inquiétude est forte que la santé et l'environnement soient les premières victimes de ce contrat au rabais.
L'Etat français serait-il incapable de tirer les leçons d'une saga déjà grotesque et coûteuse ?
Contraint par une mobilisation internationale opposée à l'exportation du Clemenceau en Inde et une décision de suspension du Conseil d'Etat, le Président Chirac avait ordonné le retour du Clemenceau et s'était engagé à la création d'une véritable filière de démantèlement en France ou en Europe. Après la désinformation et l'opacité, l'Etat semblait vouloir jouer la carte de la responsabilité, alors que l'Europe élabore une stratégie communautaire sur ce sujet.
Le chantier d'Hartlepool et la société Able UK ne correspondent pas, loin s'en faut, à cet engagement. Des associations à Hartlepool combattent également contre l'arrivée du Clemenceau, synonyme pour elles de risques sanitaires et d'une pollution accrue dans une zone déjà très contaminée. Au contraire, de nombreuses associations, syndicats, personnalités et élus de l'Ouest de la France militent pour qu'une filière exemplaire soit créée dans cette région, capable de dépolluer et recycler de manière responsable pour la santé et l'environnement les navires en fin de vie. D'autant qu'il n'en manque pas: 47 navires militaires français à démanteler (dont la Jeanne d'Arc) dans les 5 ans qui viennent et, au niveau mondial, près de 2 000 pétroliers à simple coque qui doivent disparaître des océans en 2010.
Dans cette période de crise économique et sociale, la mise en place d'une telle filière créerait nombre d'emplois qualifiés dans une région particulièrement touchée. Les compétences et la volonté existent, tant que du point des salariés que des entreprises. Encore faudrait-il que l'Etat finisse par assumer ses responsabilités, économiques, sociales, sanitaires et environnementales.
Le rassemblement Europe Ecologie soutient avec force les demandes des associations et des syndicats, en France et en Grande Bretagne. Il demande spécifiquement à l'Etat de cesser de gérer ce dossier avec mépris pour la santé et l'environnement. Au contraire, le gouvernement français devrait soutenir avec détermination l'adoption d'une politique européenne responsable. Yannick Jadot, tête de liste dans l'Ouest pour le rassemblement Europe Ecologie en vue des élections européennes de juin et ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, suit le dossier Clemenceau depuis des années.
Sous réserve de l'agenda de départ du Clemenceau, une délégation comprenant des représentants associatifs (notamment AE2D et Mor Glaz), des élus bretons et accompagnée de Yannick Jadot, se rendra à Hartlepool les 2 et 3 février prochain, pour y rencontrer les associations, syndicats et autorités locales et tenter d'évaluer, de visu, les infrastructures du chantier Able UK.
www.europeecologie.fr
Plus d'infos sur le site de AE2D
