
Il écrivait, en 1995, dans la revue Naturopa du Conseil de l'Europe « ... Faisons un rêve. Nous sommes dans les premières années du XXIème siècle, aux environs de l'an 2010. Tous les pays d'Europe sont Parties à la Convention de Berne. Dans tous ces pays, il n'y a presque plus d'espèces de vertébrés et de plantes supérieures en danger d'extinction. Tous les types d'habitats naturels et semi-naturels menacés ont été identifiés ainsi que les processus qui sont à l'origine de leur destruction ou de leur dégradation. La présence d'un milieu naturel est devenue une chance et non plus une charge. Ce succès éclatant qu'il était difficile d'imaginer quinze ans plus tôt, est, bien entendu, pour sa plus grande part dû à l'évolution de l'opinion publique qui, à la sortie de la crise, a pris avec de plus en plus d'insistance la défense de la diversité biologique et des milieux naturels. La démocratie a fait le reste. »
En 1995, l'Europe qui constitue le terrain de nos travaux pour la protection de la nature ne se réduit pas à l'Union européenne des 15, nouvellement élargie à l'Autriche, la Finlande et la Suède. C'est l'Europe des 32 états signataires de la Convention de Berne de 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe. C'est une Europe qui ressemble déjà un peu à notre Europe des 27.
En 1999, Cyrille nous quitte subitement et débutent pour moi, avec Alsace Nature et France Nature Environnement, mes premiers combats pour la mise en œuvre du réseau européen Natura 2000 en France et l'application de la Convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public et l'accès à la justice en matière d'environnement. Nature et démocratie : je puise dans les impulsions européennes.
Ce rêve qu'il m'a transmis et que j'ai fait mien, c'est une Europe qui respecte la Vie, une Europe qui réconcilie l'homme et la nature. C'est une Europe qui fait le lien entre la protection de la nature et la protection des droits de l'homme. C'est une Europe qui reconnaît et permet à toute personne le droit à des conditions de vie satisfaisantes ... permettant de vivre dans la dignité et le bien-être. C'est une Europe qui propose d'englober dans la notion du patrimoine commun de l'humanité, la biodiversité et le système climatique mondial, ressources essentielles de l'humanité.
Si les objectifs « écologiques » de l'Europe n'ont jamais été coupés de ses objectifs « économiques », l'Europe d'après juin 2009, ce sont des Etats et des citoyens européens auxquels on offre l'opportunité de changer le sens de leurs priorités, leur manière de penser, de produire et de consommer. C'est une Europe qui respecte et qui inspire le respect. C'est une Europe qui assume sa responsabilité particulière dans la construction d'une nouvelle société fondée sur l'interdépendance entre les états et les peuples, sur la solidarité des citoyens et sur la solidarité avec les générations futures.
Mon rêve d'Europe, c'est une Europe moteur d'un nouvel essor de notre pensée susceptible de nous conduire à un nouvel humanisme et une nouvelle démocratie. C'est une Europe qui a fait le tri dans les leçons du passé, affronte le présent pour préparer et assurer un futur viable, enviable et durable.
Sandrine Bélier. Tête de liste Europe Ecologie eurorégion Grand Est