
«On peut gagner, on va gagner, on sera ensemble pour fêter la victoire !» Veste orange vif et voix enlevée, il y a comme un écho de «yes, we can» dans les mots de Michèle Rivasi, tête de liste du rassemblement Europe-Ecologie dans le Sud-Est.
Lors de la Convention du mouvement écologiste, dimanche au Cabaret Sauvage (porte de la Villette à Paris), l’influence de Barack Obama s’est fait sentir plusieurs fois. Et pas seulement parce que le réseau social du site d’Europe-Ecologie, vitrine et outil d’organisation d’un mouvement tout neuf et sans siège, assume ouvertement sa filiation avec la campagne Web 2.0 du président américain.
Il faut dire qu’avec près de 8 000 inscrits, le succès du site rassure ses créateurs, craignant a priori les difficultés d’un public peu adapté à Internet. La présence, dimanche, de 600 à 800 sympathisants ou membres de comités locaux, venus se présenter et connaître les têtes de listes et porte-parole, atteste d’ailleurs la réussite du réseau.
Mais là où l’influence d’Obama se fait sentir, c’est surtout dans l’image d’un grand rassemblement, que veut véhiculer Europe-Ecologie.
L’annonce majeure de la journée en est un exemple : un Bruxelles de l’emploi, proposé par les écologistes. En avant première du lancement officiel, le 8 avril prochain, l’idée est énoncée : s’inspirer du Grenelle de l’environnement pour proposer une conversion écologique de l’emploi. A terme, l’ambition est de créer 10 millions d’emplois en cinq ans, dont la moitié «verts» (type développement durable) ou tout simplement liés à cette reconversion. Les transports en commun ou l’agriculture biologique sont autant de cibles de ce projet à débattre avec les différents acteurs sociaux.
L’idée d’un revenu minimum à l’échelle européenne ou d’une réflexion sur la santé au travail font partie du lot. Une petite révolution à l’échelle des Verts : «Avant, c’était compliqué pour les écologistes de discuter avec les syndicats, par exemple» , rappelle Pascal Durand, directeur de la campagne. Le Bruxelles de l’emploi se veut donc le miroir de la grande «famille écologiste», réunie pour «orienter la société vers une prise en compte de l’écologie», annonce-t-il.
Opportunisme d’Europe-Ecologie, qui surferait sur la crise sociale pour gagner des voix ?
Non, se défend Yannick Jadot, ancien directeur des programmes de Greenpeace et tête de liste dans le Grand Ouest. «On alertait et proposait déjà des solutions quand la crise n’était pas à son paroxysme. La crise financière a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Puisqu’on a su décrypter la crise, on est bien placés pour y répondre. On est convaincu que les solutions écologiques sont les meilleures pour répondre à la crise» , poursuit-il. «On n’attend pas forcément les écologistes sur la question de la crise sociale. Pourtant, le Grenelle de l’environnement a indiqué la voie à suivre. La question est : est-on prêt pour la rupture ? Soit on fait dans l’automobile comme dans la sidérurgie il y a 20 ans, on met des milliards alors que de toute façon ça va fermer. Soit on repense la mobilité, comme nous avec l’idée de créer des emplois de qualité» .
Il est vrai qu’elle est omniprésente dans les discours, la crise. Ce n’est pas pour rien que l’ombre de René Dumont plane sur l’assistance.
Hommage est rendu dès le début de la séance à celui qui alertait déjà, trente ans plus tôt, sur les dangers d’une consommation effrenée. «Il n’y a pas d’un côté le social, de l’autre l’écologie " .affirme Jean-Paul Besset, tête de liste dans le Centre et collaborateur de Nicolas Hulot. «Nos solutions ne sont pas d’aller vers des plans de relance en surenchère. On propose que l’écologie soit la réponse à la crise économique et sociale».
Du coup, les écologistes ratissent large, dans leurs discours. En vrac, on évoque l’Islande, le LKP et le Cospar - Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de la Réunion - , les paradis fiscaux ou encore Gaza. La conséquence d’un melting-pot de personnalités présentes, ce fameux «arc-en-ciel écologique» qui va de José Bové à Daniel Cohn-Bendit en passant par Eva Joly.
Stéphane Hessel vient même apporter sa sympathie, sous un tonnerre d’applaudissements. Un défilé de «justes, ceux qui s’obstinent, ne plient pas le genou» , comme les appelle Noël Mamère.
L’ancien candidat des Verts à la présidentielle, «recyclé» en animateur du débat - pour reprendre l’expression de Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et porte-parole d’Europe Ecologie, orchestre les interventions, fait constamment le lien avec l’écologie et les élections européennes. «On dit souvent : les écolos, vous nous emmerdez avec les questions écologiques, alors qu’il y a des problèmes beaucoup plus graves. Vous avez ici la preuve, avec quelqu’un qui s’est battu contre les paradis fiscaux, qu’il y a un lien entre la corruption et la prédation de la planète» , annonce-til pour introduire Eva Joly.
L’ancienne magistrate ouvre d’ailleurs son discours en montrant les retombées écologiques qu’a eues l’affaire Elf.
«Chacun a ses problématiques personnelles dans la tête - santé, agriculture, diversité biologique ou protection des animaux. Mais tout converge dans le même sens» , analyse, enthousiaste, un membre du comité local Gentilly-Arcueil-Cachan. «Il y a pas mal de personnalités assez spécialisées, des gens qui maîtrisent la question. Ce ne sera pas juste du vent. Et puis je sens chez les participants une notion d’urgence, que j’ai jamais ressentie de cette manière-là» .
Reste à faire en sorte que tout ce petit monde s’entende, Verts et non-Verts notamment. «Il y a des Verts qui ont pu avoir des doutes, et d’autres qui ont des doutes sur les Verts. Moi, au bout de deux ans, je les aime toujours autant, les Verts» , décrit au micro Cécile Duflot. Et de lancer : «Vous allez voir, vous aussi vous allez les aimer bientôt !»
L’Europe est l’ échelle à laquelle tout paraît possible aux participants.
Le mot de la fin revient d’ailleurs à Dany Cohn-Bendit, chantre historique de cette Europe. «Si on regarde ce qu’a investi Obama., il n’y a que l’Europe qui soit capable de donner une réponse écologique à la transformation de l’économie.» L’eurodéputé avertit sur les difficultés de la crise, à laquelle il n’y pas de réponse «sans transformation de nos modes de vies ». Il fustige Barroso, le président de la commission européenne, «l’un des acteurs les plus néfastes de l’Europe» . Plaisante sur l’alliance de la «carpe» et du «lapin» , José Bové et lui-même. Et invite à tirer les «leçons d’Obama» , encore.
Clémence Holleville sur le site de MEDIAPART