
De notre envoyé très spécial à Strasbourg le 5 avil 2009.
Drôle d'atmophère dans la ville dont le ciel, tout bleu, est sillonné par des files d'hélicoptères. Déjà la veille, ces noirs oiseaux patrouillaient, peut-être pour couvrir le footing conjoint d'Obama et d'Obanana. Le matin de la manif, on feuillette attentivement les "Dernières nouvelles d'Alsace" pour se faire un plan, déjoué plus tard par les innombrables barrages d'argousins tout caparaçonnés, épaules recouvertes d'écailles protectrices, protège-tibia qui les rendent d'une lenteur telle que les "Blacks blocs" les abrutis qui devaient faire échouer une manif pacifique, n'avaient aucun souci à se faire.
Après une tournée générale des barrages, je parviens à rejoindre la manif-traquenard. Je rencontre sur le chemin les copains de "l'Appel des cent de Bagnolet", yeux rougis, qui rebroussent chemin. La suite dira qu'ils avaient raison. Les policiers nous avaient prévenus. " Si vous entrez dans le périmètre de la manif, vous ne serez plus autorisés à en sortir". C'est gai ! La conscience professionnelle de l'envoyé spécial de l'excellente publication des Verts de Bagnolet l'incite à poursuivre.
Pont barré à gauche, fumée partout et gaz lacrymogène qui, s'ils n'étaient si violents, donneraient à l'atmosphère un petit air de mai 68. Mais la nasse se referme. Nous empruntons la seule voie libre, la rue du port du Rhin, bordée de malteries et d'entrepôts portuaires. Nous arrivons devant un pont ferroviaire derrière lequel flambe l'Hôtel Ibis. Les pompiers s'affairent et nous devons patienter pour passer sous le pont. Une femme de Neudorf prévient, d'une voix émouvante, que nous allons passer dans un quartier très modeste et qu'il faut le respecter par égard pour ses habitants.

C'est alors que la police commet une faute incroyable. Alors qu'elle pouvait facilement contrôler le pont, elle passe, de son plein gré, de l'autre côté, laissant les abrutis en noir maîtres du ballast, source inépuisable de projectiles; les "black-blocks" escaladent facilement le pont et caillassent violemment la police en contre-bas et les installations de l'autre côté du pont. Comment croire à une erreur aussi grossière ? Pour ma part, témoin de proximité je n'y crois pas un seul instant. Il s'agit d'une volonté délibérée de nuire au mouvement anti-Otan.
Après, c'est n'importe quoi, les flics envoient des grenades offensives et des lacrymos, les crétins en noirs refluent courageusement, exposant les manifestants aux fumées et au souffle de grenades. Ils montent une barricade de palettes, poussent des wagons sur la rue, un vrai traquenard. Rien n'avait été sécurisé sur le parcours ! Le cortège du NPA et celui de la CGT tentent de mettre un peu d'ordre, sans succès, les crétins s'attaquent aux vitres d'usines désaffectées, quelle audace! Plus louche encore, des policiers en civil devisent tranquillement avec des collègues en uniforme comme si de rien était !
On leur crie de faire quelque chose, ils regardent ailleurs ! ça pu la provoc à plein nez, nos nez qui en prennent plein les narines. Besancenot qui était sur les lieux, dira le soir qu'il s'agissait d'une provocation policière, le maire de Strasbourg lui répondra qu'il aurait mieux fait de se taire, c'est ce dernier qui aurait du la fermer ! Les forces de police ont interdit le coeur de la ville aux manifestants, ils ont sciemment laissé les crétins noirs dévaster le quartier populaire de Neudorf. Il faut que cela se sache ! D'ailleurs quand je demanderai à un capitaine de gendarmerie, chef de l'un des innombrables barrages, comme sortir de ce guépier, il me répondra, "Débrouillez-vous, mais vous n'irez pas dans le centre ville". Clair, très clair.
On pourra finalement s'échapper en passant sous des wagons puis en traversant des jardins ouvriers. De vieux messieurs en bleus de travail nous renseigneront gentiment.
Chronique des temps présents, une manif pacifiste qui tourne au vandalisme, avec l'évidente complicité des forces de police et de ceux qui les commandent. Une ville aux commerces fermés, barricadée et interdite à ses propres habitants, sans aucun moyen de transport. Une ville morte pour cause d'OTAN. La démocratie est en danger !

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