
Par Jean-Claude Oliva (CAC93)
L'avenue Raspail va être refaite, qu'on se le dise ! Il faut bien quelques
travaux publics pour entretenir la croissance, une recette éprouvée en temps de crise. Cela a commencé fort. Par un vrai massacre à la tronçonneuse !

Lundi 7 septembre en fin de matinée, les habitants stupéfaits découvrent un paysage désolé au pied de leur immeuble : les arbres coupés jonchent le sol, l'avenue est déserte et silencieuse comme un champ après une bataille.

De loin en loin, des trous laissent voir des morceaux de troncs déchiquetés.
Quelques heures après, il n'y aura plus rien, ni troncs, ni branches, tout
aura été "nettoyé", la table rase. Et le lendemain, rebelote un peu plus
loin, dans la rue entre le lycée et le stade de la Briqueterie.

Les habitants sont sous le choc : pourquoi un tel massacre ?
Refaire encore une fois cette rue d'accord, c'est plus facile que de refaire le monde et, en plus, c'est bon pour la croissance... Mais pourquoi les arbres ? Il y a de l'hébétude sur les visages du jogger que je croise ou d'un voisin, je n'exagère pas. Ces arbres étaient quelconques, sans valeur marchande sûrement, mais pour le reste qui sommes-nous pour décider de la valeur d'un être vivant unique ? - Peut-on les considérer pour autant comme de simples objets qui ont fait leur temps, qu'on met au rebut avant d'en acheter de neufs (c'est bon pour la croissance) ?

Une habitante plus âgée m'a dit les avoir toujours vu depuis qu'elle habite dans ce quartier , cela fait près de quarante ans... Quel manque de respect pour le tissu de la vie et le tissu de la ville !

Il y a une mémoire, une histoire des gens qui vivent là.
Comment peut-on prétendre construire une ville humaine, une ville urbaine,
sur leur destruction ? Comment s'étonner des violences qui couvent et peuvent déchirer nos vies, après le déchaînement d'une telle violence ?

Le quartier du Plateau, ses habitants, souffrent déjà de l'absence d'espace public, de l'absence de respiration, des barrières et des piquets qui les enferment. Le camp où nous sommes parqués s'agrandit, les arbres sont abattus; demain, à qui le tour ?

Vous pouvez voir l'ensemble des photos sur le blog dans l'album "massacre à la tronçonneuse".