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Les élections allemandes ne font que confirmer une tendance lourde du paysage politique européen. La social-démocratie du vieux continent est malade. Naguère triomphante, sortie des « Trente glorieuses » auréolée d’une victoire par KO contre le communisme avec lequel elle avait divergé en 1917, à l’issue de la guerre de 14 et de la Révolution d’Octobre, elle ne se remet pas de la chute du Mur de Berlin et sombre élections après élections, saisie par le doute et rognée à la fois sur sa droite et sur sa gauche.

 


La montée en puissance d’une radicalisation des classes moyennes et populaires, qui furent longtemps le socle du compromis social démocrate et la base sa force électorale, ronge inexorablement ce Grand Corps Malade. L’Allemagne est de ce point de vue un cas d’école. Gerard Schroëder, aujourd’hui propulsé par Poutine au Conseil d’Administration de Gazprom, a imposé les lois Hartz IV, les mesures sociales les plus dures de l’après guerre. Avec lui, la protection sociale a fondu comme neige au soleil. Le résultat immédiat de cette politique fût la création de Die Linke, La Gauche, regroupant les syndicalistes issus du SPD , son propre parti, et les anciens communistes du PDS. Déjà fort de son implantation à l’Est, ce parti est maintenant un concurrent sérieux à l’Ouest de l’Allemagne.



Quant aux Grünen, ils enregistrent leur meilleur résultat aux élections législatives en prenant appui sur les nouvelles générations, les cadres, les aspirations environnementales et sociétales d’une société marquée par le conservatisme de ses aînés. Cette "gauche plurielle" à la sauce allemande aurait pu créer les conditions d’une majorité politique. Or, le SPD, à la fois anticommuniste et social-libéral, peu écologiste et engoncé dans son passé, a refusé cette alliance rose- rouge-verte. Dès lors , ne pouvant constituer une majorité à lui tout seul ou avec l’appui des seuls Verts, il s’est trouvé decrédibilisé, d’autant que les électeurs ne voulaient plus d’un renouvellement de la Grande Coalition, qui verrouillait le paysage social et politique, mais un projet pour l’Allemagne et pour l’Europe. Ils ont refusé un directoire d’hommes en gris, gérant la boutique, sans vision de l’avenir.

 

 


En Italie, le Parti démocrate a connu la même défaite face à Berlusconi, il y a quelques mois, malgré les « primaires » vantées de ce côté-ci des Alpes comme la panacée universelle.

L’Angleterre de Gordon Brown, partielles après partielles, est entrée dans la même spirale.



En France, les scrutins de ce week-end confirment cette tendance : A Corbeil, la liste socialiste est battue dès le premier tour par la liste communiste ; A Rambouillet, notre candidate des Verts, Anny Poursinoff, a largement distancé le candidat socialiste au premier tour. Et n’a été battue que de cinq voix par le candidat de la droite. On a frisé l’exploit ! Mais la seule leçon à tirer de cette performance historique, c’est que, désormais, dans un scrutin majoritaire à deux tours, les écologistes sont en mesure de faire gagner la gauche quand ils en sont le chef de file désigné. A Argenteuil, enfin, le candidat de droite l’emporte et lui permet de regagner le Conseil Général du Val d’Oise.


 

La leçon de tous ces scrutins est claire : La social-démocratie est dans une phase descendante qui apparaît inexorable. Le projet social-démocrate est à bout de souffle ; Construit sur un compromis social et la croyance dans un progrès continu permettant une redistribution équitable des richesses et une protection sociale accrue, il s’est fracassé sur le changement d’ère intervenu depuis vingt ans.



La chute du Mur de Berlin a accéléré le processus de mondialisation initié depuis le début des années quatre vingt ; La libéralisation et l’extension des marchés a permis de baisser le coût du travail par le biais des délocalisations ; Le tissu industriel des pays européens a été cassé sans qu’un projet de reconversion, fondé sur la transformation écologique de l’économie et de la société, ne soit proposé par les gauches européennes. La social-démocratie a accompagné ce processus, livrant au capital financier et aux prédateurs les territoires qu’elle gérait. La célèbre répartie de Lionel Jospin : « l’Etat ne peut pas tout faire », avait déjà ouvert la voix au triste résultat de 2002.



Il est facile de lister les causes de la crise des PS : son incapacité à formuler un projet adapté à notre temps, lié à sa culture politique hégémonique et molletiste ( le discours, à gauche toute, avant les élections et la gestion pépère après l’arrivée au pouvoir), au cumul des mandats, des fonctions et des postes, au refus de dénoncer les pratiques nauséabondes des caciques locaux ( des tripatouillages internes aux déclarations racistes de Frèche, en passant par des cas de corruption avérés), à la course à l’échalotte des écuries présidentielles, à la coupure avec les mouvements sociaux et les classes populaires... Mais si toutes ces raisons convergent maintenant, c’est que, au fond , la social-démocratie s’est laissé enfermer dans le cadre national. Elle avait pourtant un projet mondial, né dans le creuset de la révolution industrielle du XIXème siècle avec le développement de la Seconde Internationale, sous les auspices (déjà !) de la puissante social-démocratie allemande, mais elle n’a pas su penser la mondialisation et le lien entre le global et le local.



Il y a un siècle , ce repli sur les frontières avait laissé la place à la guerre et à la barbarie. Je ne souhaite pas que, face aux défis climatique, énergétique, écologique qui s’annoncent, face à la crise sociale et économique qui est déjà présente, la gauche de gouvernement européenne, procède des mêmes choix qu’en 1914.

Je ne suis pas socialiste, mais ce qui est en jeu dépasse les frontières de la gauche partidaire. Si la social-démocratie faillit, nous devrons, nous les écologistes, prendre nos responsabilités pour que le peuple de gauche ne désespère pas une fois de plus. Je crois profondément que nous y sommes prêts. Il n’y aura pas de grand soir de la recomposition ou de l’Unité ou d’un nouveau Front populaire. Dans les esprits est déjà ancrée la conscience que le capitalisme ne peut être simplement aménagé. Il doit être dépassé si nous voulons qu’une politique fondée sur la gestion des biens communs, de la relocalisation des activités, d’un autre mode de production et de consommation, voit le jour.

 


Pittsburgh a montré que l’incapacité des élites dirigeantes à endiguer la crise systémique est désormais patente. Passés de G8 en G20, les délégués des gérants de ces vingt Etats mandatés par les multinationales, n’ont rien résolu et n’ont fait que discourir en mentant à leurs peuples.



Comme toujours, c’est Sarkozy qui est allé le plus loin dans le mensonge, affirmant que les paradis fiscaux c’était « terminé ». Pourtant, la décision a été prise de confier le sort de l’économie mondiale au FMI dont ils ont donné les clefs à Dominique Strauss-Kahn, représentant de cette social-démocratie impuissante et en fin de course. La boucle est bouclée. L’histoire s’écrit un jour en tragédie, le lendemain en farce. Cette semaine nous avons eu droit aux prémices de l’une et de l’autre.


 

Noël Mamère, le 28 septembre 2009.


 

PS/1. Salauds de pauvres ! Il fallait oser : Coppé l’a dit, Sarkozy l’a confirmé. Is vont fiscaliser les accidentés du travail. Incroyable mais vrai. Et ce , au nom de l’égalité. Ce gouvernement manie décidément l’indécence avec une constance et un aplomb qui font cauchemarder. Jusqu’où iront- ils ?


 

PS/2. Le 3 octobre, votez. Le référendum contre la privatisation de la poste doit être massif. En défendant l’existence du service public postal, nous ne défendons pas seulement les postiers et leur outil de travail mais l’existence de milliers de petites communes, le lien social dans les quartiers, les autres services publics qui sont menacés, de la santé à l’école.


 

PS/3. Coupable, vous avez dit coupable. Si Sarkozy privatise la poste, il privatise aussi la justice. Président de la République, donc du Conseil Supérieur de la Magistrature, cette partie civile pas comme les autres se permet de désigner les coupables devant des millions de téléspectateurs et ce, depuis les coulisses du G20, à New- York , où il est censé représenter un Etat impartial. Ce petit « règlement de comptes entre amis » était digne de l’envoi au bûcher du chef de l’ordre des templiers. Le président s’assoit sur l’indépendance de la justice et délivre des sanctions par lynchage médiatique interposé. Qui le rappellera à l’ordre ?

 

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Tag(s) : #actualités nationales
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