
Après leur très courte défaite (de cinq voix) dans une législative partielle, les écologistes font craindre le pire aux socialistes et inquiètent la droite, à six mois des régionales.
Les écolos n’inquiètent plus seulement le Parti socialiste. Abasourdis de ne l’avoir emporté que de cinq voix sur Europe Ecologie dimanche au second tour de la législative partielle des Yvelines, les élus UMP tirent la sonnette d’alarme : Daniel Cohn-Bendit et les siens ne sont plus seulement un danger pour les socialistes, ils menacent aussi la droite.
Certains jugent même Nicolas Sarkozy en partie responsable de la montée en puissance des Verts. « Leur dérouler le tapis rouge peut se retourner contre nous », assure un élu UMP, reprochant au chef de l’Etat d’avoir reçu la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, à l’Elysée le 3 septembre au sujet de la taxe carbone. L’ancienne députée de la circonscription de Christine Boutin, elle, accuse le ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo d’avoir « claqué la bise à son copain Dany » lors d’un débat, le jour même du scrutin.
Ces polémiques ne sont pas pour déplaire aux écolos, de moins en moins modestes. Pour eux, le résultat de dimanche est la preuve que « la dynamique » se poursuit en leur faveur. « Cela montre que ce qui s’est passé le 7 juin n’est pas un feu de paille », a ainsi assuré hier sur Canal + le député Vert Noël Mamère.
Le 7 juin, Europe Ecologie, réunissant le parti des Verts et des associatifs, avait créé la surprise avec 16,28 %, juste derrière le PS. Mais beaucoup de politologues mettent en garde les écolos contre le risque d’emballement. « Il est difficile de généraliser ce qui se passe lors d’élections partielles, notamment en raison de la très faible participation », assure ainsi Vincent Tiberj, professeur à Sciences-po.
Pour refroidir l’enthousiasme des écolos qui les défieront au premier tour des régionales, les socialistes mettent en avant des partielles où le score des Verts s’est largement effrité. « Lors de la municipale de Carcassonne début septembre, ils n’ont obtenu que 5,42 % des voix contre 12,38 % aux européennes », relève par exemple le socialiste Christophe Borgel.
L’équipe d’Europe Ecologie a encore quelques semaines pour peaufiner ses listes et son programme en vue des élections régionales. On ne saura qu’alors si Europe Ecologie a fidélisé son électorat.
Le Parisien du 30 septembre 2009
Quelques "ecolos" connu(e)s

Daniel COHN-BENDIT, 64 ans, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen.
L’initiateur du rassemblement Europe Ecologie a tiré la campagne des européennes de juin. Il ne se voit pas comme un chef de parti, mais entend veiller à la poursuite du rassemblement des écolos. C’est notamment lui qui les pousse à présenter des listes autonomes au premier tour des régionales.
Surtout, Cohn-Bendit veut continuer à « faire bouger les lignes » en politique, en discutant par exemple avec le MoDem ou, comme dimanche dernier, avec le ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo.
Cécile DUFLOT, 34 ans, secrétaire nationale des Verts depuis novembre 2006.
Elle a réussi à calmer les Verts, jusqu’alors réputés pour leurs querelles internes, et a su imposer, malgré de forts grognements, l’idée d’un rassemblement de tous les écolos. Cécile Duflot a pris de l’envergure lors des européennes.
Nicolas Sarkozy lui a offert une exposition médiatique (pour gêner le PS) en la recevant à l’Elysée sur le dossier de la taxe carbone, tout en la tâclant ensuite en l’appelant « Mme Souflot ». Sa candidature comme tête de liste aux régionales en Ile-de-France sera pour elle un vrai test.
Noël MAMÈRE, 60 ans, député de Gironde et maire de Bègles.
L’ancien journaliste a créé Génération Ecologie en 1990 avant de rejoindre les Verts en 1998. Il est, avec Yves Cochet et François de Rugy, l’un des trois députés écolos. Mais, s’il a animé des meetings pour les européennes, Noël Mamère n’est pas dans le cercle décisionnaire.
Il est toutefois très consulté et garde de l’influence grâce à ses interventions médiatiques.
François DE RUGY, 35 ans, député de Loire-Atlantique.
Il fait partie de la génération montante des Verts. Depuis une semaine, il coanime à l’Assemblée le nouveau groupe d’action parlementaire réunissant les trois députés verts et les écolos du PS afin, dit-il, de « faire avancer le débat » entre les deux partis.
Il plaide aussi, comme Cohn-Bendit, pour un rapprochement avec François Bayrou. Début septembre, il a été le seul élu non MoDem à participer à l’université d’été du parti centriste à La Grande-Motte.
Jean-Vincent PLACÉ, 41 ans, conseiller régional d’Ile-de-France.
D’abord membre du Parti radical de gauche, il entre chez les Verts en 2001 et en est aujourd’hui le numéro deux. Homme de réseaux, il a appuyé la candidature de Duflot à la tête du parti et l’a aidée à imposer l’idée d’Europe Ecologie.
Président du groupe des Verts au conseil régional d’Ile-de-France, il se serait bien vu tête de liste en mars.
Yannick JADOT, 42 ans, député européen.
Longtemps membre de Greenpeace, il est l’une des figures des associatifs qui ont rejoint Europe Ecologie. Il se bat pour que toutes les places ne soient pas réservées aux Verts. « Il raisonne maintenant comme un apparatchik », raille un membre du parti. Cohn-Bendit, qui le verrait bien ministre, en a fait l’un des gardiens d’Europe Ecologie avec Duflot.
L’ambition des deux « héritiers » crée parfois des tensions entre eux.
José BOVÉ, 56 ans, député européen.
Le leader paysan a été la caution de gauche lors de la campagne des européennes. Il a multiplié les meetings dans toute la France au côté de Cohn-Bendit et participera également à la campagne des élections régionales de mars. En attendant, il est devenu vice-président de la commission de l’Agriculture au Parlement européen, où il entend bien donner de la voix.

Éva JOLY, 65 ans, députée européenne.
L’ancienne juge d’instruction franco-norvégienne n’est pas encore assez identifiée écolo pour certains, mais tous les Verts sont séduits par son combat contre les paradis fiscaux. « C’est notre conscience morale », assure un élu. Lors des européennes, elle a fait un tabac dans les meetings et a promis de s’impliquer tout autant pour la campagne des régionales.

Dominique VOYNET, 50 ans, maire de Montreuil, sénatrice de Seine-Saint-Denis.
Elle a fait partie en 1984 des fondateurs des Verts. Ministre de Jospin de 1997 à 2001, Voynet a été deux fois candidate à la présidentielle. Son score de 2007 (1,57 %) l’a fortement affaiblie. Rétive au rassemblement des écolos, elle s’est peu impliquée dans les européennes.
Mais elle reste la seule écolo à diriger une ville de plus de 100 000 habitants.