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La réunion du G20 s'est achevée samedi 15 novembre sans surprise : la très grande satisfaction des participants et des rendez-vous pour le printemps masquent mal la faiblesse de la déclaration finale. Celle-ci se découpe en trois grandes parties : « les réformes nécessaires dans les systèmes financiers du monde » ; la gouvernance mondiale et la réforme des institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) « de manière à ce qu'elles reflètent de façon plus appropriée l'évolution des poids économiques » ; le renforcement de la coopération afin de « travailler ensemble pour restaurer la croissance mondiale ».



1. Régulation financière

Le plan d'action adopté en matière financière, et sur lequel devront plancher les ministres de finances, vise principalement à renforcer la surveillance des marchés financiers, leur transparence et la crédibilité d'opérateurs comme les agences de notation. Les divergences au sein du G20 sur un éventuel renforcement réglementaire, comme l'incapacité, même au sein de l'Union européenne, de remettre en cause les paradis fiscaux, risquent de laisser lettre morte des intentions pour certaines utiles.




2. Gouvernance internationale

En termes de gouvernance, les pays émergents ont obtenu la promesse d'une plus grande place dans les institutions de Bretton Woods, en plus d'une institutionnalisation de fait du G20, au détriment du G8. Cet élargissement du groupe des puissants, si elle met fin au face à face Etats-Unis Europe, ne répond pas aux besoins de réforme de la gouvernance mondiale. Le G20 n'est pas plus légitime que le G8 à diriger le monde. Les principales victimes de la crise globale comme les pays qui ont les besoins les plus urgents en matière de développement sont totalement exclus des lieux de décision. Comment imaginer que les seuls pays riches vont sérieusement élaborer et mettre en oeuvre des règles qui fonderont une mondialisation plus juste ? Le chantier prioritaire devrait être la relative inefficacité des Nations unies. Pourquoi ne pas remettre à l'ordre du jour des négociations l'idée d'un conseil de sécurité économique, sociale et environnementale, avec le même pouvoir décisionnel que le conseil de sécurité mais représentatif de la diversité de la communauté internationale ?




En outre, comment le G20 peut-il envisager une évolution, même minime, de la gouvernance des institutions de Washington sans s'interroger sur leur bilan ? Le FMI et la Banque mondiale ont été, avant l'OMC, des acteurs centraux de la dérégulation économique et financière, en particulier dans les pays en développement qui leur servaient de champ d'expérimentation d'un libéralisme sans entraves. On leur doit notamment la destruction des agricultures paysannes ou la suppression d'une grande partie des outils de politiques douanière, budgétaire et fiscale qui leur permettraient d'exercer une certaine souveraineté sur leur économie et de limiter leur vulnérabilité face à l'instabilité des marchés mondiaux. Les stratégies de dumping fiscal, environnemental et social qui en ont résulté sont au coeur de la crise globale.




Les Européens ont régulièrement renvoyé la responsabilité de telles politiques aux Etats-Unis et à la place prépondérante qu'ils jouent au FMI et à la Banque mondiale... Pour mieux oublier que les droits de vote cumulés des Etats européens sont bien supérieurs à ceux des Etats-Unis (25 contre 17%). Au sein des conseils d'administration de ces institutions, les Etats européens qui possèdent un siège ont toujours refusé une représentation unique et coordonnée de l'Union européenne, préférant à l'efficacité le prestige et les privilèges du siège et la gestion de clientèles (les anciennes colonies notamment). L'Union européenne doit sur ce dossier aussi régler ses faiblesses structurelles si elle veut parvenir à un agenda international de réforme ambitieux.





3. Relance de la croissance


L'aveuglement des pays du G20 et les divergences d'intérêts économiques les ont conduit à limiter le paquet économique au seul objectif d'une croissance retrouvée. Quid de la convergence des crises alimentaire, énergétique, climatique, sociale, économique et financière ? La crise financière a confirmé, après toutes les autres, que notre modèle de développement était construit sur le crédit, seul outil permettant de poursuivre la logique de surproduction en pérennisant la surconsommation, au détriment finalement des consommateurs (et des plus pauvres d'entre eux) et des ressources de la planète. Le G20 a préféré mettre des œillères, en tentant de rétablir la confiance dans le crédit... pour que tout reprenne comme avant.



Pire, le G20 propose de relancer les négociations du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce. Lorsque la surconsommation n'est plus suffisante pour absorber la surproduction, il convient de globaliser la production et d'organiser le dumping social et environnemental. Le laisser-faire commercial pour pallier le laisser-faire financier... il fallait y penser. Car l'OMC a fait du libre-échange une fin en soi. Ce libre-échange contribue à une surexploitation des ressources naturelles (destruction des dernières forêts anciennes, surpêche, appauvrissement des ressources en eau...), à une augmentation de toutes les formes de pollution (toxiques, radioactives, génétiques...) ainsi qu'à une fuite en avant énergétique qui modifie dramatiquement le climat et multiplie les risques de conflits.




Pour rappel l'agenda des négociations commerciales en cours est d'abord celui des entreprises : la France des Vivendi et Suez défend la libéralisation du service de l'eau ; les pays du Nord défendent la libéralisation des investissements pour que leurs entreprises accèdent à l'ensemble des ressources planétaires sans qu'aucune responsabilité sur les dégâts sociaux et environnementaux qu'elles pourraient générer ne puisse leur être opposée ; les Etats-Unis des firmes pharmaceutiques et des firmes semencières transgéniques refusent l'accès des pays pauvres aux médicaments génériques seuls à même d'endiguer les grandes épidémies et menacent tout pays qui tente de s'opposer à l'ordre transgénique mondial qu'ils veulent imposer ; les pays du Nord refusent de remettre en cause les 300 milliards de dollars de subventions publiques annuelles à leur secteur agricole, au mépris des paysans du Sud et du Nord, ou les 350 milliards de dollars de subventions annuelles aux énergies sales (fossiles et nucléaires) au mépris des pollutions et du réchauffement climatique qu'elles entraînent. Les pays comme le Brésil ou l'Argentine défendent une libéralisation absolue des échanges agricoles au détriment d'une majorité de paysans et de leur biodiversité.




L'Union européenne contribue à ce cercle vicieux. Puissance nulle dans les institutions financières, elle se veut puissance hégémonique à l'OMC, prête, à l'instar des Etats-Unis, à user des rapports de force les plus brutaux pour défendre ses intérêts commerciaux. Même si cela doit se faire au détriment des enjeux sociaux et environnementaux, ou du développement des pays du Sud.




Du 29 novembre au 2 décembre prochains se tiendra à Doha, au Qatar, la conférence de développement sur la mise en oeuvre des 15 objectifs du millénaire pour 2015. Aucune mention dans le communiqué du G20.



Juste un oubli ?




Par Yannick Jadot, le 18 novembre 2008 sur www.europeecologie.fr

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Tag(s) : #actualités internationales
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