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La fin des transhumances d’été coïncide cette année avec quelques bonnes nouvelles pour une gauche fissurée, décomposée, désespérante. Depuis le 7 juin, la gauche est de retour. Pour une fois, la nouvelle défaite en rase campagne du parti Socialiste n’a pas profité à Le Pen, Sarkozy ou Bayrou, mais aux écologistes rassemblés autour d’Europe Ecologie. La possibilité d’une relève politique et générationnelle est devenue crédible.


Bref, le paysage commence à bouger. Les universités d’été des partis et courants de la gauche ont confirmé cette impression.


Pour une fois, les Verts ne se sont pas chamaillés et ont préparé sérieusement la nouvelle étape de leur transformation d’un petit parti d’élus en rassemblement porteur d’un projet majoritaire. A Marseille, l’annonce d’un possible ralliement du Modem à la gauche par Marielle de Sarnez a montré que la victoire de Sarkozy en 2012 n’est pas inscrite dans le marbre. Je ne suis pas un fan du Béarnais mais, à condition qu’il s’inscrive dans la tradition des républicains de progrès et qu’il ne fasse pas fuir la gauche de gauche, celui-ci représente un électorat qui ne se reconnaît plus dans la droite pour des raisons éthiques mais qui hésite devant une gauche repliée sur elle même. Nous aurons besoin de ce ralliement au deuxième tour des élections législatives, régionales et présidentielles. Il n’est pas choquant d’en discuter les contours, comme François Mitterrand l’avait fait en son temps avec les radicaux de gauche. Ils provenaient eux aussi d’une scission au sein d’un parti historiquement républicain et centriste.



L’université du PS, à la Rochelle, a permis à Martine Aubry de sortir de son silence pesant, en débloquant le dossier des primaires pour désigner le candidat des socialistes. En même temps que Cécile Duflot, notre jeune et talentueuse secrétaire nationale des Verts (qui sera tête de liste aux élections régionales en Ile de France), ravissait la parole aux éléphants et aux éléphanteaux barrissant dans leur jungle. Comme l’a titré le Journal du Dimanche : "a star is born".

Elle n’est pas socialiste mais écologiste pur jus. En termes simples et clairs, elle s’est contentée de rappeler aux socialistes qu’après avoir signé le pacte écologique de Nicolas Hulot, ils ne pouvaient plus considérer l’écologie comme un supplément d’âme, et assassiner la taxe carbone pour des raisons populistes, sans considération aucune pour la lutte contre le réchauffement climatique, la plus grande menace qui pèse sur l’humanité et la planète. Défendre ceux qui se battent contre les fins de mois difficiles n’est pas incompatible avec la lutte contre la fin du monde.



Ségolène Royal devrait demander "pardon" pour sa condamnation sans appel de la contribution « climat énergie » qu’elle avait pourtant soutenue durant sa campagne présidentielle. Ce n’est pas parce ce que cette taxe, telle que considérée par le Gouvernement, n’est pas juste du point de vue de la redistribution sociale qu’elle doit être condamnée dans son principe. La question de la fiscalité écologique comme, jadis, celle de l’impôt sur le revenu devient un élément de refondation des politiques publiques. Si les dirigeants du PS se défilent face à ce problème majeur, toutes les procédures électorales qu’ils pourront inventer pour choisir leur champion n’apparraîtront que comme des substituts à la vacuité de leur projet. C’est ce qu’ont commencé à comprendre des centaines de militants regroupés dans le "Pôle écologique" du PS ; ils se posent la seule question qui vaille : l’écologie est elle soluble dans la social- démocratie ?



Poser la question, c’est y répondre. Les politiques publiques des « trente glorieuses » ont surfé sur une vague d’industrialisation sans précédent, au nom d’une croissance sans fin où la course au gaspillage des ressources était considérée comme un pilier du Progrès érigé en Idéologie. La mondialisation capitaliste a conduit à la surenchère en ouvrant d’immenses territoires, comme la Chine, la Russie ou l’Inde, à la destruction des biens communs. En précipitant le monde dans une barbarie annoncée, la crise écologique a démontré les limites de la social- démocratie. Les héritiers de Jaurès et de Blum sont devenus les gérants loyaux d’un capitalisme de la destruction ; leurs cousins anglais se sont alignés sur Bush tandis que, dans toute l’Europe, leurs solutions apparaissaient comme obsolètes et dépassées par le libéralisme triomphant. Même Jacques Julliard, le thuriféraire de la deuxième gauche et d’un néolibéralisme tempéré, le constatait dans un de ses éditoriaux du Nouvel Observateur.



En commençant cette chronique de rentrée, j’annonçais de bonnes nouvelles pour la gauche. La crise de la social- démocratie en est une, si elle permet l’émergence d’une gauche renouvelée, fermement ancrée à gauche, c’est- à-dire dans le temps long du mouvement social pour la justice et la dignité, mais qui considère désormais que la contradiction capital/ travail n’est pas la bonne équation si la nature en est disjointe. Des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus pauvres ne peuvent pus se battre désormais à huis clos dans un Titanic qui coule (cf : le beau film de Nicolas Hulot). Parce que les combattants se noieront tous ensemble. Nous qui défendons les plus pauvres ne pouvons accepter que les plus riches et leurs grands commis d’Etat dansent sur le Titanic en attendant d’illusoires chaloupes pour sauver leur peau. C’est aux défenseurs des pauvres, aux pauvres eux-mêmes, de prendre les commandes du bateau. Rien n’est plus urgent.



Bonne rentrée pour toutes celles et tous ceux qui ne seront pas victimes des plans de licenciement et de la précarisation.


Noël Mamère, le 31 août 2009.


PS/1. Disparitions. Deux passeurs éminents de l’écologie politique viennent de décéder. L’un, Pierre Samuel, accompagna le développement des Amis de la Terre et créa les premières contre-expertises face à l’Etat dans l’Etat qu’est le nucléaire en France. L’autre, Teddy Goldsmith, créateur de la revue "The Ecologist", participa à la convergence entre l’altermondialisme et l’écologie politique, , alimenta le débat entre nos diverses familles, prit la défense des peuples premiers. Ces deux personnalités nous manquent déjà. Respect et chapeau bas.



PS/2. Arnaques médiatiques. Le 17 août, Luc Chatel s’est fait applaudir par des pseudos-clientes, militantes de l’UMP, convoquées à Intermarché pour approuver ses propos sur le maintien des prix des fournitures scolaires. Ce gag rappelle celui d’Olivier Stirn qui avait embauché des intermittents du spectacle pour remplir la salle d’un colloque. A l’époque, le Ministre du tourisme du gouvernement Rocard avait démissionné. Luc Chatel, lui , se pavane dans les médias, pour annoncer... les suppressions de postes dans l’Education nationale. Autres temps, autres mœurs.



PS/3. Changement au Japon. Le tsunami électoral a balayé l’un des plus vieux partis productivistes du monde, le PLD, issu de la guerre froide, fruit du compromis entre les grandes entreprises japonaises, la bureaucratie d’Etat et l’occupation américaine. Les années d’expansion du modèle et du "miracle" japonais sont bien finies. Le productivisme a causé des ravages et les japonais en ont assez d’arbitrer d’obscures querelles de clans. Gageons que ce changement permettra là aussi l’émergence de l’écologie politique.



PS/4. Marina Silva, l’ancienne ministre du l’environnement du Gouvernement Lula, au Brésil, va devenir la candidate officielle des Verts à la Présidence de la République. Au cours de ma campagne présidentielle, en 2002, j’avais organisé à Porto Alegre, une conférence de presse commune avec Marina, alors gouverneur. Notre action s’inscrivait dans la lutte contre la discrimination des afros-brésiliens et pour le droit de réparation. Aujourd’hui, je suis fier qu’elle représente les Verts. C’est un beau symbole pour l’écologie populaire que cette jeune femme, amie de Chico Mendes, victime de la pollution chimique depuis sa jeunesse et, qui a osé démissionné du gouvernement de Lula parce qu’elle n’était pas soutenue contre les lobbies de la déforestation et des agro-carburants... Quand je vous disais que cet été, nous avions des bonnes nouvelles à revendre !



Tag(s) : #actualités nationales

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